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MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

14/04/2006
Les nouveaux visages de l’esclavage

(MFI) Les Cahiers d’études africaines ont consacré un numéro à l’esclavage moderne : 22 articles de chercheurs où se mêlent analyse et approche historique du phénomène ainsi qu’un tour d’horizon des situations de « travail forcé » et de « traite » des êtres humains en Afrique.

Esclavage ou travail forcé ? Pour Roger Botte, anthropologue à l’EHESS, s’il existe des zones résiduelles d’esclavage en Afrique (Mauritanie, Niger), on ne peut plus parler d’esclavage en tant que tel sur ce continent. Mais de nouvelles formes d’assujettissement sont apparues comme le travail forcé, l’exploitation de travailleurs migrants, de la main d’œuvre enfantine ou l’esclavage domestique. Inventée par le BIT (Bureau international du travail) en 1993, la notion d’esclavage moderne a été ensuite abandonnée pour retenir celle de travail forcé, qui ne fait pas intervenir la notion de propriété. Mais utiliser le terme d’esclave à la place de celui de travailleur exploité porte préjudice au combat contre le travail contraint illégal, souligne Roger Botte. Un point de vue partagé par plusieurs chercheurs comme Alain Morice (CNRS-URMIS, Paris), qui critique cette notion fourre-tout où se trouvent rangés pêle-mêle un ensemble hétéroclite de rapports d’oppression et de mise au travail basés sur la contrainte et la menace. De même, pour le chercheur brésilien Eduardo França Paiva, l’esclavage n’existe plus dans le Brésil contemporain : si le choix de ce terme est efficace pour toucher l’opinion publique nationale et internationale, cette stratégie n’aide pas en définitive à l’éradication rapide du problème.
Cela n’empêche pas Mike Dottridge, ancien directeur de l’ONG Anti-Slavery International, de dresser une typologie des différentes formes de travail forcé et de violations analogues à l’esclavage en Afrique subsaharienne. De son côté, Suzane Miers (Ohio University, Etats-Unis) fait un point sur le nouveau visage de l’esclavage contemporain, de la servitude pour dettes, à la prostitution forcée, en passant par le trafic d’êtres humains, le travail des enfants, l’exploitation de la main d’œuvre, le tourisme sexuel, les enfants-soldats et l’adoption d’enfants en vue de leur exploitation. Enfin, signalons l’article de Françoise Vergès, professeur au Goldsmiths College (Londres), qui s’interroge sur les raisons des « troubles de la mémoire » concernant la traite négrière et l’esclavage et les moyens d’y remédier.

Isabelle Verdier


Esclave, du Niger à Madagascar

(MFI) Plusieurs articles de la revue étudient en détail les pratiques d’esclavage qui perdurent en Afrique ainsi que leur prolongement dans les pays traditionnels d’émigration. Florence Boyer (France) parle de l’esclavage chez les Touaregs de Bankilaré (Niger). Issa Saïbou (Cameroun) évoque la survivance de l’esclavage royal dans la partie nord du Cameroun. Mathias Deshusses (Genève) livre les résultats d’une étude menée sur les petites bonnes ivoiriennes victimes d’esclavage domestique en France. Fabio Viti (Italie) parle de l’exploitation de jeunes apprentis déqualifiés dans les métiers artisanaux du secteur informel urbain en Côte d’Ivoire. Nasima Moujoud et Dolorès Pourette (France) évoquent la « traite » des femmes migrantes originaires de pays défavorisés orientée vers la domesticité et la prostitution. D’autres articles constatent également la survivance de liens de dépendance et de clientélisme entre descendants d’esclaves et descendants de maîtres comme à Madagascar, en Tunisie ou en Mauritanie.

I. V.


Esclavage moderne ou modernité de l’esclavage ?, Cahiers d’études africaines, n°179-180, 2005, 584 pages, éditions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Sous la direction de Roger Botte.



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