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| 26/05/2006 | |||
| Façons de parler | |||
| A PROPOS DE : Retour à l’orthographe (MFI) L’orthographe du français évolue, mais on rencontre fréquemment à l’heure actuelle des fautes qui… restent des fautes et dont des moyens mnémotechniques ou la prise de conscience de leurs conséquences peuvent venir très vite à bout. Même si marcher agréablement peut donner des « ailes », balade ne prend qu’un « l » lorsqu’il désigne une promenade ; se balader aussi. On a besoin de souvent manger pour vivre (nourrir s’écrit avec deux r), mais on ne meurt qu’une fois (mourir ne prend qu’un r). Cela ne comporte pas d’accent. A priori ou a posteriori non plus (ces expressions viennent du latin, langue sans accent). Quelque chose de joli ? Oui : pas de jolie. C’est un peu troublant car « chose » est un mot féminin. Se rappeler tout simplement que « quelque chose de » est une expression figée, dans laquelle on perd de vue le genre du mot « chose ». Plus simple encore, se fier à son oreille : quelque chose de beau, d’intéressant, de particulier, de révoltant. Ou encore, apprendre le début du poème de Jacques Prévert « Pour faire le portrait d’un oiseau » : Peindre d’abord une cage/ avec une porte ouverte/ peindre ensuite/ quelque chose de joli/ quelque chose de simple/ quelque chose de beau/ quelque chose d’utile/ pour l’oiseau. Passons maintenant à la conjugaison… La deuxième personne du singulier de l’impératif des verbes ayant un infinitif en « er » ne prend pas de « s » : « Écoute !» ou, comme le disait le Petit Prince, « Dessine-moi un mouton ! ». Plus gênante, une faute fréquente au futur. « Je changerai de voiture » (futur) ; pas de « s » contrairement à « je changerais de voiture si j’avais de l’argent » (conditionnel). Attention : le sens peut varier avec l’orthographe : imaginons deux personnes qui, pendant une réunion de leur entreprise ou une négociation, échangent des petits bouts de papiers pour ajuster leur stratégie. A fait une proposition. B lui demande : «Et en cas de problème ?». Si A répond « Je démissionnerai », il envisage sérieusement l’éventualité. Un « Je démissionnerais » voudrait dire : « J’accepte de te répondre, mais je considère ton hypothèse comme hautement improbable ». Mais pour que A puisse apprécier la situation globale et agir en fonction, encore faut-il que A et B maîtrisent les conjugaisons… JEU DE MOTS : Devinette (MFI) Qu’est-ce qu’un « broyeur d’ivoire » ? - Un adepte de médecine naturelle ? Un braconnier ? Un pianiste ? Réponse : Il est vrai que d’après certaines croyances, boire de la poudre d’ivoire mélangée avec du sang de chèvre est un excellent moyen pour voir ses douleurs soulagées. Par ailleurs, on continue, de par le monde et en toute illégalité, à abattre des éléphants pour vendre leurs défenses. Mais l’expression « broyeurs d’ivoire » désigne les pianistes… Pourquoi ? Parce que les touches du piano sont traditionnellement recouvertes d’une plaquette d’ivoire. Drôle d’expression, pourtant, et à utiliser avec circonspection. Il s’agit quasiment d’une insulte proférée à l’égard des pianistes par les autres instrumentistes, en particulier ceux qui font de la musique de chambre et qui ont souvent l’impression que les pianistes jouent trop fort ! Ces chambristes, il faudra trouver une expression pour les « chambrer ». DES MOTS DU CORPS : Dos (MFI) Lombalgies, lumbagos, tours de reins, hernies discales : nous sommes nombreux, de par le monde, à souffrir aujourd’hui de notre dos. « Le mal de dos, c’est le mal des temps modernes ! » peut-on lire régulièrement dans les magazines. Pourtant, il y a belle lurette que la langue française a affecté d’une charge négative quasiment tout ce qui touche au dos. Si la colonne vertébrale est souvent valorisée (pour certains, l’éducation, la famille ou l’armée sont « la colonne vertébrale » d’un pays et aux yeux de Victor Hugo, « La conscience est la colonne vertébrale de l'âme ») et si son défaut est stigmatisé (« il n’a pas de colonne vertébrale » désigne un être lâche ou inconsistant), le dos n’échappe pas à un destin calamiteux. Nombre d’expressions auxquelles il est associé connotent la faiblesse : plus que la pénurie matérielle (« ne rien avoir à se mettre sur le dos » indique une grande pauvreté) elles désignent une situation que l’on subit. Dans la peur (« ça me donne froid dans le dos »), avec le sentiment d’être acculé (« il est dos au mur »), d’être exploité (« il se laisse manger la laine sur le dos ») ou de se voir attribuer injustement des charges ou des responsabilités (« j’ai bon dos ! »). Rien d’étonnant à ce que l’on soit excédé de cette situation, qu’on « en ait plein le dos », ou – comme on le dit au Québec – « plein son capot »… Pourtant, le plus souvent, la réaction est assez pitoyable : on « fait le dos rond », on le courbe : parfois même on le tend – parce qu’on sait que le coup (la sanction, la mauvaise nouvelle) va venir. Si l’on n’est pas du côté du faible, cela n’est guère mieux moralement… Égoïste, « on tourne le dos à quelqu’un » dès qu’on n’en a plus besoin. Obséquieux, « on passe la main dans le dos », pour le flatter, à qui peut vous servir. Sournois, on « agit dans le dos de quelqu’un » – souvent dès qu’il « a le dos tourné » : on peut aller jusqu’à lui « faire un enfant dans le dos » (au propre ou au figuré). Malhonnête, on peut « s’accorder, sur le dos de quelqu’un », avec une tierce personne … Car le dos est souvent lié au jeu du pouvoir. L’employé se plaint « d’avoir son patron sur le dos » ou dit qu’ « il est sans cesse dans son dos ». L’enfant se révolte parce que son père « lui tombe sur le dos inopinément » et déclare à ses copains que lorsqu’il le réprimande, « il n’y va pas avec le dos de la cuillère » (le côté arrondi de la cuillère étant moins contondant que le bord…). Quant à « se mettre quelqu’un à dos », c’est s’en faire un ennemi. Le meilleur moyen pour garder le pouvoir étant par ailleurs pour un politicien de « renvoyer dos à dos ses opposants ». Assez bizarrement, pour qu’il soit positif, le dos ne doit pas être associé à un verbe. Le « dos d’âne » n’est un peu désagréable que si l’on n’a pas anticipé la bosse un peu brutale qu’il fait sur une route et le « sac à dos » annonce la joie des escapades. Sans parler des rêveries béates dans lesquelles peut plonger l’évocation du « lave- » (brosse dont le long manche permet de se laver et se frictionner le dos) ou mieux encore, du « gratte-dos » : cette baguette terminée par une petite main qui - en ivoire, en os et même en plastique - permet de se gratter le dos et qui ajoute à cette jouissance le flirt avec le pouvoir royal symbolisé par le sceptre et le plaisir de la rêverie érotique… | |||
| Marie-Claudette Kirpalani | |||
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