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09/06/2006
Façons de parler

A PROPOS DE : Nostalgie

(MFI) Le mot nostalgie fait aujourd’hui penser à un état de tristesse et de regret du passé ou d’un objet perdu (son pays natal, sa fiancée, etc.) sans qu’on lui attribue de valeur particulière.
Il n’en a pas toujours été ainsi.
Le mot vient du grec « nostalgia », de « nostos », retour, et « algie », maladie. Il apparaît en français en 1678, et la nostalgie est d’abord considérée comme une maladie. Les thèses de médecine qui en traitent deviennent nombreuses et importantes, dès la Révolution française jusqu’à environ 1870. Les médecins militaires constatent que les soldats, victimes de nostalgie, regrettent, jusqu’à en être physiquement malades, leur village, leur paysage, leur fiancée… La conscription de masse, les guerres révolutionnaires, mais surtout les campagnes napoléoniennes vont démultiplier le phénomène. Comme les médecins militaires traitent presque exclusivement des hommes, ils ont considéré qu’il s’agissait d’une « maladie » uniquement masculine. La versatilité supposée à priori des femmes leur épargnait la nostalgie.
Ce sont les progrès de la psychologie et de ce qui deviendra au 20e siècle la psychiatrie, qui changera radicalement le point de vue des médecins. Et le sens du mot. On n’en a gardé qu’une vague tristesse, un regret de nature romantique, comme en témoignent ces vers de Verlaine : C’est bien la pire peine/De ne savoir pourquoi/Sans amour et sans haine/Mon cœur a tant de peine.
Le seul remède que préconisaient les médecins était le rapatriement vers son village natal du soldat atteint de nostalgie.


JEU DE MOTS : Devinette

(MFI) Question : Doit-on dire : Javelage ou javellisation ?
Réponse : En fait les deux mots existent en français. Ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre et désignent des actions radicalement différentes.
Le javelage, c’est le temps pendant lequel on laissait sécher à terre les céréales coupées et non liées. Une javelle étant la brassée de céréales coupées et laissées à terre. C’est aussi un fagot de sarments ou un tas de sel tiré d’un marais salant.
La javellisation c’est la stérilisation par l’eau de javel qui tire son nom d’un ancien village près de Paris, , aujourd’hui un quartier du 15e arrondissement. L’eau de javel est une préparation à base de chlore.


DES MOTS ET DES FAUTES

(MFI) Cauchemar, cauchemardesque, cauchemarder.
Le mot cauchemar vient de l’ancien français « quauquemaire », qui vient lui-même du picard « cauche » (fouler, presser), et du néerlandais « mare », (fantôme). Etymologiquement, c’est un rêve dans lequel on est poursuivi (pressé) par des fantômes. Le mot cauchemar ne prend pas de d final. Beaucoup se laissent tromper par l’adjectif ou le verbe dont la fin s’articule avec un d.


DES MOTS VOYAGEURS

(MFI) Voici quelques mots français partis en Angleterre (et dans le reste du monde avec la langue anglaise) :
Apron (tablier), provient de l’ancien français naperon. Cela a donné en anglais a naperon, puis an apron.
Cabbage (chou) vient de caboche, mot d’origine normande qui signifie tête. (Serge Gainsbourg : L’homme à la tête de chou.)
Curtain (rideau) vient de l’ancien français cortine, rideau de lit.
Match (allumette) est dérivé de l’ancien français meiche (ce qui donne en français moderne : mèche).


MOTS DU CORPS : les sourcils et les cils

(MFI) Sourcils : le mot vient du latin « supercillium », mot à mot au-dessus des cils. Cil provient de « cillium ». Le mot sourcil désigne la saillie arquée garnie de poils au-dessus de l’orbite de l’œil. Froncer les sourcils.
Les cils sont les poils qui garnissent le bord des paupières. Ciller : battre des cils. Ne pas ciller, ne pas bouger un cil, rester imperturbable.
Pour dresser les faucons, on leur cousait les paupières, ce qui les rendait temporairement aveugles. Quand on leur ouvrait les paupières, on les décillait, (13e siècle), en français moderne : dessiller. C’est ouvrir les yeux de quelqu’un, lui révéler la vérité, le désabuser.
« Mes yeux se dessillèrent ; je sentis mon malheur », écrivait Jean-Jacques Rousseau.

Jean Guiloineau

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