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09/03/2007
Sexe, mensonge et trahison

(MFI) Théo Ananissoh est Togolais. Un reptile par habitant est son deuxième roman. A mi-chemin entre roman noir et récit politico-érotique, le nouvel opus de ce jeune auteur nous entraîne au cœur de l’Afrique des Lopes et des Kourouma, mais revisitée par la nouvelle génération.

En pleine nuit, Narcisse est réveillé par l’appel au secours d’une de ses nombreuses maîtresses. « Quand Narcisse passa la porte du salon d’Edith, la surprise le figea net. Le corps gisait sur le dos, la tête au pied d’une grande table, et les vêtements inondés de sang. Du sang maculait également le sol carrelé autour. » Très vite, la surprise va laisser la place à l’affolement lorsque Narcisse se rend compte que la victime n’est autre que le colonel Katouka, chef d’état-major de l’armée et beau-frère du président de la République. Soucieux de ne pas être mêlé dans des histoires qui le dépassent, Narcisse accuse sa maîtresse de vouloir l’impliquer dans une affaire qui ne le regarde pas, avant d’aider celle-ci à se débarrasser du cadavre encombrant. Cette affaire va profondément perturber le petit professeur de lettres dont la vie était jusqu’ici rythmée par ses cours au lycée et ses conquêtes féminines. Narcisse sera d’autant plus perturbé que les services secrets se saisissent de l’affaire, maquillent le meurtre en une affaire de haute trahison pour se débarrasser des opposants au régime. Le jeune homme qui est le seul à connaître la vérité sur cette affaire, saura—t-il surmonter ses propres faiblesses et ses angoisses pour dénoncer le mensonge et la manipulation ?
Raconté avec une économie de mots et de narration, digne des meilleurs polars, ce récit tient le lecteur en haleine jusqu’au bout, lorsque les mobiles du crime sont enfin éclaircis. Ce motif de meurtre et de turbulences politiques était déjà présent dans le premier roman d’Ananissoh, mais devient ici la métaphore centrale d’un récit qui se veut avant tout fable de la condition africaine. La condition africaine que dénonce l’auteur n’est pas seulement celle des Etats, mais elle est aussi celle des individus qui n’ont ni le courage ni l’intégrité nécessaires pour se révolter contre le totalitarisme. Visiblement, dans l’Afrique qu’Ananissoh met en scène, les intellectuels n’assument plus leurs responsabilités et cherchent seulement la satisfaction de leurs pulsions immédiates. Narcisse, Katouka, Zupitzer, personnages principaux d’Un reptile par habitant, sont représentatifs de cette élite aliénée et dépourvue de tout sens moral et de responsabilité.
Né en République Ccntrafricaine, mais de nationalité togolaise, Théo Ananissoh appartient à la jeune génération d’écrivains togolais qui sont en train de renouveler la littérature africaine de langue française. Moins révolutionnaire que ses aînés (Kangni Alem, Kossi Effoui), son écriture frappe par son classicisme, sa concision, sa retenue, qualités qui n’empêchent pas Ananissoh de s’évader parfois dans le sensuel et l’érotisme pour évoquer l’ivresse et la fièvre du désir.

Tirthankar Chanda


Un reptile par habitant, de Théo Ananissoh. Collection Continents noirs, éditions Gallimard, 106 pages, 11,90 euros.



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