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09/05/2007
Chronique Musique

Mamadou Diabate au pays de l’oncle Sam

(MFI) Il a choisi les Etats-Unis plutôt que l’Europe pour mener sa carrière internationale. Installé outre-Atlantique depuis une dizaine d’années, Mamadou Diabate est l’un des rares griots à faire résonner sa kora au pays de l’oncle Sam. Après son album « Behmanka » récompensé par une nomination aux Grammy Awards en 2005, l’artiste malien revient avec « Héritage » (World Village/Harmonia mundi). Un opus entièrement instrumental singulier quand on sait que la tradition griotique est toujours basée sur la parole. Mais le musicien préfère faire parler sa kora à 21 cordes. Le résultat est stupéfiant et chaque pièce est une histoire. Comme Foulaya, adaptation d’un chant traditionnel de fête sur lequel le koraïste excelle avec un solo vertigineux. Dans Segou blues, Mamadou Diabate palabre avec la basse acoustique du jazzman américain Noah Jarrett. Tandis qu’avec Behni Djayemoko, il privilégie l’échange avec la guitare acoustique du Guinéen Djikoryam Mory Kante. Ce dialogue de cordes doit aussi son salut à Balla Kouyate, dont le balafon apporte une respiration rythmique, notamment sur le mélancolique morceau African Orphans dédié aux enfants orphelins en Afrique. Grâce à ces collaborations, la musique mandingue de Mamadou Diabate s’ouvre à d’autres horizons comme le blues américain ou le jazz. Né à Kita, non loin de Bamako, Mamadou Diabate a grandi dans la culture mandé sous la coupe de son père, Djelimory N’fa Diabate, joueur de kora au sein du prestigieux Ensemble instrumental du Mali. Un apprentissage classique qui ne l’a pas empêché d’adapter avec brio le patrimoine malien à d’autres terreaux musicaux, comme le prouve « Héritage ».

M’Passi et Chébli, le duo comoro-congolais

(MFI) L’une est originaire du Congo-Brazzaville et l’autre des Comores. M’Passi, cousine du célèbre rappeur Passi, et Chébli forment le premier duo comoro-congolais. Une rencontre qui a donné naissance à « Jua » (Wedoo music/Cantos/Pias), un album convainquant. En effet, le mariage des deux voix en shicomore, langue dérivée du swahili, ou en munukutuba, langue parlée au Congo, est parfaitement réussi. « Nous partageons les mêmes goûts en matière de musique. Tous les deux, nous avons été bercés par la soul des Jackson Five et la rumba congolaise de Tabu Ley. C’est pourquoi nous sommes très complices », précise Chébli. Auteur principal de cet enregistrement, ce troubadour insulaire aborde des sujets censés et variés. Sur Uhuru, il rappelle les devoirs des nations africaines. Le chanteur rend également hommage dans Saïla à une femme exceptionnelle de 80 ans qui, ayant eu 11 enfants, mène un combat pour l’éducation et le respect des autres. Chébli prône aussi dans Amani la paix et l’amour pour les couples même s’ils traversent des difficultés. Enfin, l’artiste rappelle ses racines comoriennes dans Anda na mila, dont le propos est de vanter la beauté des grands mariages, une pratique réputée dans l’archipel de l’océan Indien, surtout à Ngazindja (Grande Comore). Musicalement, le tandem apporte à tour de rôle son savoir-faire. Issue du trio féminin Melgroove, M’Passi est plutôt dans le répertoire R&B avec son timbre sensuel. Pour sa part, Chébli s’inscrit dans la tradition des douces ballades aux accents blues. Bref, « Jua » est un enregistrement original qui apporte un souffle nouveau tant du côté de l’océan Indien que de l’Afrique centrale.

Daniel Lieuze

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