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| 24/12/2007 | |||
| Chronique Livres : Bessora raconte les mésaventures d’une romancière amnésique | |||
| (MFI) La romancière helvéto-gabonaise revient à la charge avec un nouvel opus. Cette fois, c’est le milieu littéraire qui est la cible privilégiée de son imagination débridée. Un roman à clef dont les personnages sont des auteurs et des éditeurs en vue, qui ont pour noms Edmond VII, Angélique et Mona Lisa... | |||
| Depuis le Renaudot d’Alain Mabanckou en 2006, il n’y a pas eu de productions notables en littérature africaine francophone. Mais la nouvelle année qui pointe son nez s’annonce riche en parutions. Léonora Miano, Nimrod, Sami Tchak, Edem, Raharimanana... Tous, de grandes pointures de la jeune génération qui a redessiné en l’espace de quelques années les contours des lettres noires. C’est la Gabonaise Bessora qui ouvrira le bal avec un nouveau roman au titre insolite : Et si Dieu me demande, dites-lui que je dors. Ce nouvel opus sous la plume de cette romancière particulièrement talentueuse ne déroge guère à la veine décalée et sarcastique que celle-ci a su installer au fil de ses cinq romans d’une inventivité narrative et d’un ton rafraîchissant. S’inspirant des turbulences d’une société africaine aux prises avec ses maux de sous-développement et de corruption, Bessora fait le récit des tribulations de ses personnages de séropositifs, de sans-abri et autres laissés-pour-compte de la modernité. Les angoisses de trois romancières en tournée promotionnelle Née d’un père diplomate africain et d’une mère suisse, passée par les grandes écoles pour devenir consultante financière ou banquière, Bessora est venue à la littérature par effraction. « Je me suis rendue compte que ce n’était pas moi. » Elle a alors lâché sur un coup de tête ses rapports d’audit et ses salaires mirobolants pour venir étudier à Paris l’anthropologie, qui sera sa porte d’accès à l’écriture. Son premier roman s’intitule 53 cm (Editions du Serpent-à-Plumes). Paru en 1999, ce récit de l’émigration avec au centre un personnage de métisse en quête d’une carte de séjour et de travail française se signale par sa verve et son impertinence. Depuis, Bessora, pseudonyme signifiant en fang « celle qui partage », a publié quatre autres romans dont Pétroleum (Denoël) qui est un réquisitoire impitoyable de l’exploitation de l’Afrique en général et de l’or noir gabonais en particulier par les multinationales occidentales. Un thème cher au cœur de cette demi-gabonaise qui a grandi dans un Gabon soumis à la logique pétrolière. C’est à la fois en tant qu’observatrice des maux et les dérives de sa société et en tant qu’anthropologue qu’elle s’intéresse à sa soumission séculaire. Faisant l’historique de la mise en coupe réglée de son pays, elle évoque la traite négrière, le troc du caoutchouc et de l’ivoire, les méfaits de grandes compagnies concessionnaires, l’exploitation du bois et aujourd’hui le pétrole qui, selon Bessora, relèvent de la même logique d’exploitation économique et humaine d’un peuple par les puissances impériales, avec la complicité de sa soi-disant élite. Avec le sixième roman de Bessora, nous quittons les rives gabonaises pour l’Ouest Cameroun où se déroule l’essentiel de ce récit de voyage. Un voyage avant tout littéraire car il met en scène les fantasmes et les angoisses de trois romancières en tournée promotionnelle dans le pays bamiléké. Il y a tout d’abord Rosie Parks, la narratrice qui se prend pour Prométhée. Tel le héros légendaire, c’est une voleuse : elle a volé le feu à la forge des mots. Angélique est la deuxième de ce trio infernal : « Charpentée comme une castafiore d’ébène, assoiffée d’azur et d’absolu ». Il y a, enfin, Mona Lisa, « une longue femme à lunettes rondes, vêtue d’un sari de soie rouge drapé sur un corsage brodé ». Caricature de la Mauricienne Ananda Devi, celle-ci est la cible d’un règlement de compte mené avec une férocité qui n’est pas toutefois dénuée d’humour et de tendresse. Ces trois femmes, réunies par leur éditeur Son Altesse Sérénissime, Edmond VII (sic !), pour la qualité de leurs contributions à un recueil de nouvelles sur le thème « La femme que j’ai rêvé d’être et celle que je suis », parcourent le Cameroun à la recherche du lecteur idéal. Avec brio, Bessora conduit son intrigue, mêlant thèmes (féminisme, littérature africaine, polygamie...) et genres (prose, poésie...), contant un voyage littéraire doublé d’une quête identitaire déchirante et endiablée. Elle est d’autant plus déchirante que le personnage principal, Rosie Parks, qui est aussi la narratrice, se révèle être amnésique. Une amnésie dangereuse car elle va jusqu’à mettre en danger la cohérence et la fiabilité même de la narration. Les aficianados de Bessora retrouveront ici l’imagination baroque et la fluidité du style, devenues les marques de fabrique de cette conteuse hors pair. Et si Dieu me demande, dites-lui que je dors, par Bessora, « Continents noirs », Gallimard, 352 pages, 19,50 euros | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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