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08/01/2008
S comme... Simone de Beauvoir

(MFI) L’auteur du mondialement connu Le Deuxième Sexe, qui fut aussi la compagne de Jean-Paul Sartre, est une figure de référence incontournable de la pensée française du vingtième siècle. Son visage de pasionaria caché sous un turban austère hantera longtemps notre imaginaire. Disparue en 1986, Simone de Beauvoir aurait eu cent ans en janvier cette année. De nouveaux livres, des documentaires, des colloques viennent rappeler l’actualité de sa vie et de sa pensée dédiées à un « combat permanent, contre le temps, contre la contingence, contre soi », comme l’a écrit Danièle Sallenave dans une biographie lumineuse et critique intitulée Castor de guerre (Gallimard). Rappel, en forme d’abécédaire, des grands moments du destin de cette femme d’exception.

Commencements : « Je suis née le 9 janvier 1908, à quatre heures du matin, dans une chambre aux murs laqués de blanc. » Née dans une famille bourgeoise et déclassée, Simone de Beauvoir mène une enfance rangée à Paris. Poussée vers les études en raison de l’absence de fortune familiale, elle collectionne les diplômes et fait des études supérieures de philosophie brillantes, qui vont l’aider à s’arracher aux conformismes de son milieu et à se construire en tant que femme indépendante, maître de son destin. Agrégée de philosophie, elle est nommée professeur par la fonction publique en 1931 et n’aura plus désormais à dépendre financièrement de sa famille. Toute sa vie, Simone de Beauvoir restera marquée par la destinée tragique de son amie d’enfance, Zaza, qui disparut brutalement à l’âge de 22 ans, devant se sacrifier aux diktats de sa famille. « J’ai pensé longtemps que j’avais payé ma liberté de sa mort », écrira Beauvoir dans ses Mémoires.

Deuxième Sexe (Le) : Traduit et lu dans le monde entier, vendu à plus d’un million d’exemplaires depuis sa parution en français en 1949, ce livre a révolutionné la pensée de la différence homme-femme et a conféré à Simone de Beauvoir un statut universel. Tout le monde, même ceux qui n’ont jamais eu en main les deux tomes de cet opus, en connaît la formule la plus fameuse : « On ne naît pas femme : on le devient. » Autrement dit, la féminité n’est pas d’ordre biologique ou naturel, elle est une construction sociale. Interrogeant les disciplines aussi diverses que la psychanalyse et l’histoire, en passant par la biologie, le marxisme ou l’anthropologie, Simone de Beauvoir montre comment la société patriarcale a réduit la moitié de l’humanité à la dépendance et à la secondarité au nom d’une essence fabriquée de toutes pièces. Brillante enquête sur l’inégalité des sexes, radical et révolutionnaire, Le deuxième sexe a été à l’origine du militantisme

Mémoires et autres œuvres : Beauvoir est entrée en littérature par la fiction. Ses principaux romans ont pour titres L’invitée (1943), Le Sang des autres (1945), Tous les hommes sont mortels (1946) et Les Mandarins (1954). Ce dernier fut couronné par le prix Goncourt. Inspirés des questions de société et des grands problèmes moraux et philosophiques (jalousie, effritements des valeurs de la résistance, finitude et immortalité), ces romans relèvent de la littérature engagée, dans la grande tradition existentialiste sartrienne. Grand voyageur devant l’Eternel, Beauvoir est aussi l’auteur de plusieurs relations de voyages dont les plus connus sont L’Amérique au jour le jour (1948) et La longue marche, essai sur la Chine (1957). A la fois comptes rendus détaillés des voyages que la philosophe a effectués dans les pays en question et réflexions sur l’histoire, la politique, les plaies ouvertes des sociétés visitées. Racisme en Amérique, pauvreté en Chine. « Ni paradis, ni infernale fourmilière, mais une région bien terrestre, où des hommes qui viennent de briser le cycle sans espoir d’une existence animale luttent durement pour édifier un monde humain », ainsi décrit-elle la Chine de Mao où, en 1955, elle s’était rendue en visite officielle avec Sartre.
Mais ce sont ses mémoires qui constituent sans aucun doute le projet littéraire le plus original de Beauvoir. De 1958 à 1964, elle a publié trois volumes de mémoires (Mémoires d’une jeune fille rangée, La Force de l’âge et La Force des choses), complétés par le récit de mort de sa mère (Une mort très douce). A la fois lyriques et désenchantées, ces pages souvent splendides qui tentent de ressusciter le passé et graver la légende du « soi » dans le marbre, atteignent le sublime avec la prise de conscience tragique de l’échec inhérent à la condition humaine. D’où ces phrases qui closent le dernier volume, en forme de testament : « Je revois la haie de noisetiers que le vent bousculait et les promesses dont j’affolais mon cœur quand je contemplais cette mine d’or à mes pieds, toute une vie à vivre. Tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescente, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. »

Sartreuse : C’est pendant sa préparation de l’agrégation de philosophie, en 1929, que Simone de Beauvoir fait la connaissance de Sartre. A la fin de l’année, tous les deux se présentent aux épreuves. Selon la légende, Sartre est reçu premier, Beauvoir seconde. Il ne s’ensuit aucune rancune, mais une grande et profonde complicité entre les deux. De cette époque date le pacte qui va faire des deux amoureux le couple mythique et avant-gardiste de la gauche française. Peu enclins à s’enfermer dans la routine du couple marié, ils se jurent la fidélité d’un « amour nécessaire », sans s’interdire des « amours contingents ». Au-delà de l’amour physique, il s’agit d’un compagnonnage littéraire et idéologique unique – Beauvoir parle de « gémellité » – qui conduira le couple à participer ensemble, pratiquement main dans la main, aux grandes aventures intellectuelles du siècle : luttes anticoloniales (Algérie, Vietnam...), Mai 1968, manifestations contre le capitalisme. Leur grande affaire, c’est l’existentialisme, philosophie qui fait fureur dans le Paris de l’après-guerre. Si Sartre en est le pape, Beauvoir est son exégète fidèle. Cela lui vaudra le surnom ironique de « la Grande Sartreuse ». Leur relation peu conventionnelle durera cinquante et un ans, jusqu’à la mort de Sartre survenue le 14 avril 1980. Rendant compte de la vie de son compagnon disparu dans une émouvante Cérémonie des adieux, la survivante écrira: « Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C’est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s’accorder. »



L’actualité du centenaire

* Simone de Beauvoir à l’honneur aux éditions Gallimard:
Castor de guerre, par Danièle Sallenave. Collection Blanche, 603 pages, 25 euros.
Simone de Beauvoir - Ecrire la liberté, par Jacques Deguy et Sylvie Le Bon de Beauvoir. Collection « Découvertes Gallimard », 128 pages, 13,50 euros.
La femme indépendante, extrait du Deuxième sexe, par Simone de Beauvoir. Collection « Folio 2 euros ».

** Colloque international sur Simone de Beauvoir.
Organisé par l’Université Paris Diderot, le Centre Roland Barthes et la Simone de Beauvoir Society, à l’occasion du centenaire de la naissance. Du 9 au 11 janvier 2008.


Tirthankar Chanda

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