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| 06/05/2008 | |||
| Chronique Livres : Coetzee, Mongo Béti, Cultures Sud n° 168 | |||
| Quand Coetzee s’interroge sur l’appréhension de la nature africaine (MFI) On connaît les rapports conflictuels qu’entretient l’écrivain sud-africain John Michael Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, avec son pays natal. D’ailleurs, il vit aujourd’hui en Australie. Or si Coetzee a quitté l’Afrique du Sud, c’est peut-être moins pour incompatibilité politique avec le régime actuel que pour des raisons plus profondes telles que cette « incertitude historique dans laquelle se trouve l’artiste de patrimoine européen quant à sa place dans le paysage africain » dont l’écrivain parle dans son récent texte, Paysage sud-africain, paru dans la collection « Détours » de l’édition Verdier. Ce texte bref d’une soixantaine de pages est une réflexion pénétrante et originale sur la nature, l’art et l’imagination. S’appuyant sur l’exemple du peintre-voyageur anglais William Burchell, qui avait parcouru la colonie du Cap au début du XIXè siècle et avait écrit sur le paysage de l’Afrique australe et sa singularité, Coetzee s’interroge sur l’appréhension de la nature africaine par l’artiste de patrimoine européen et la validité de sa constitution en paysage selon les normes fixées par les maîtres du paysage classique tels que Le Lorrain ou Gainsborough. Le paysage africain avec ses spécificités (« une variété de couleurs fauves, de bruns et de gris », « le feuillage adapté à un climat sec transpire très peu, il manque de lustre », « la lumière tend à être drue et uniforme, les transitions entre ombre et lumière abruptes ») pose problème à l’artiste européen. Rappelant combien la perception que nous avons de l’environnement qui nous entoure est culturelle, l’homme de lettres sud-africain attire l’attention sur l’inefficacité des termes comme « pittoresque » ou « sublime » étroitement liés à un code d’appréhension européen du paysage pour rendre compte de la nature africaine. « Comment devons-nous lire le paysage africain ? Est-il même lisible ? N’est-il susceptible d’être lu que par un regard africain, décrit que dans une langue africaine ? » s’interroge Coetzee. Cela nous ramène à cette « incertitude qui n’est pas sans cause » sur laquelle se clôt le texte de Coetzee, une incertitude qui est essentielle à toutes les littératures « europhones » d’Afrique : les idiomes de l’Europe, abreuvés d’une esthétique et d’une idéologie venues d’ailleurs, peuvent-ils saisir l’Afrique dans sa richesse et sa spécificité ? * Paysage sud-africain, par J.-M. Coetzee. Traduit de l’anglais par Anne-Laure Jourdain. Collection « Détours », éditions Verdier, 64 pages, 9,80 euros Les rébellions politiques et littéraires de Mongo Béti (MFI) A la fois politiques, idéologiques et littéraires, les rébellions de Mongo Beti constituent le fil rouge des trois volumes du Rebelle dont le troisième tome vient de paraître. Rappelons l’ambition de l’éditeur de ces volumes posthumes : « Les trois tomes du “Rebelle” visent à préserver les écrits épars et/ou inédits de Mongo Beti(...) rédigés depuis son entrée en littérature, en 1953, avec la parution de son premier article dans Présence Africaine, à Paris, jusqu’à sa mort à Douala. Ils pourraient constituer une sorte de mémoire posthume du célèbre écrivain. » Consacré essentiellement à la période qui va de 1995 à la mort du romancier-polémiste en octobre 2001, le Rebelle III est composé de textes dénonçant d’une part le scandale de la Françafrique, incarnée ici par le personnage inquiétant et ambigu de Jacques Chirac, et la dérive camerounaise d’autre part. Le Cameroun est le pays d’origine de Mongo Beti où celui-ci est revenu s’installer en 1994, après avoir exercé pendant quatre décennies son métier d’enseignant en France. Le texte le plus émouvant du volume est celui d’Odile Biyidi racontant les obsèques de son mari. C’est d’une plume acérée que celle-ci dissèque l’avidité des proches ainsi que le cynisme de l’Etat camerounais, magistralement illustré par « l’immense couronne barrée d’une bande rutilante, portant le nom du chef de l’Etat et de son épouse », écrasant la modeste pièce où était posé le cercueil du défunt. D’une efficacité redoutable! T. C. * Le Rebelle III, par Mongo Beti. Collection « Continents noirs » , Editions Gallimard, 400 pages, 23 euros Cultures Sud et l’identité caribéenne (MFI) Ce numéro exceptionnel de 400 pages et trilingue (espagnol, anglais et français) de la revue Cultures Sud fait le point sur l’état des arts (musique, arts graphiques) et des littératures dans l’aire caribéenne. Il fait écho aux rencontres de « Caraïbes en création » qui se sont déroulées en juin 2007, en Haïti, à l’initiative de l’organisation Culturesfrance. Coordonné par Delia Blanco et Romuald Fonkoua, ce précieux volume de Cultures Sud est composé d’articles de présentation des différents champs représentés à la rencontre d’Haïti, mais aussi d’inédits et de textes de réflexion sous la plume des auteurs renommés : Edouard Glissant, Lyonel Trouillot, Rodney Saint-Eloi, Earl Lovelace, Frankétienne, Simone Schwarz-Bart, pour ne citer que ceux-là. L’objectif : « Elucider ce qui fédère et ce qui sépare les différents pays du bassin Caraïbe, (...) dégager une identité commune (...) au-delà des divergences linguistiques et des aléas politiques ». Un DVD accompagne ce numéro restituant l’esprit des rencontres haïtiennes qui ont été à l’origine de cette publication. T.C. * Caraïbes: un monde à partager, revue Cultures Sud n°168, janvier-mars 2008 (1 bis, avenue de Villars, 75007 Paris). | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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