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| 10/06/2008 | |||
| Retour à Mogadiscio pour l'héroïne de Nuruddin Farah | |||
| (MFI) Dans son nouveau roman intitulé Knots (« Nœuds »), le Somalien Nuruddin Farah raconte, à travers le destin recomposé de sa belle héroïne Cambara, les misères et les espoirs de son pays qui refuse de disparaître dans le chaos de la guerre civile. Malgré l’importance que revêt la parole de cet écrivain exceptionnel, ses romans n’ont plus d’éditeur en France et ne sont pas traduits. | |||
| « Il n’y a qu’une histoire que l’on raconte encore et encore et encore », rappelait Nuruddin Farah lors des Assises internationales du roman dont la deuxième édition s’est tenue du 26 mai au 1er juin 2008, à la Villa Gillet de Lyon. Il y était question de l’art du romancier et de la prodigieuse inventivité de la forme romanesque. L’affirmation de Farah décrit parfaitement la démarche littéraire de ce grand écrivain somalien qui, depuis son tout premier roman Née de la côte d’Adam, paru il y a quelque quarante ans, interpelle les consciences de ses lecteurs en leur donnant à lire encore et encore les drames et les souffrances de son peuple piégé par une histoire éminemment tragique. L’histoire post-coloniale de la Somalie a été une série de catastrophes, malgré l’unité ethnique et linguistique (le somali) de ce pays né il y a presque cinquante ans de la colonisation britannique et italienne. Le putsch militaire de Siyad Barré, impulsé par les Soviétiques en pleine guerre froide, puis la guerre civile violente et interminable qui a éclaté en 1991 opposant les clans et les seigneurs de guerre affamés de pouvoir, sont les principaux moments de la descente aux enfers de la Somalie qui n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé au Liberia ou en Sierra Leone. A la fois historique et imaginative, l’œuvre de Nuruddin Farah donne à lire les étapes de ces turbulences qui ont précipité la Somalie dans le chaos. La belle capitale cosmopolite réduite en gravats L’essentiel de son œuvre, Nuruddin Farah l’a composée au cours du long exil auquel il a été condamné dès 1976 par le régime autoritaire de Siyad Barré. Farah a souvent raconté dans ses essais autobiographiques et interviews comment il avait appris, pendant son séjour en Europe occidentale où il s’était rendu pour faire des études, que ses écrits avaient profondément déplu au dictateur qui s’était juré de le « réduire en charpie » s’il osait remettre les pieds en Somalie. C’est le début d’une vie d’errance semée d’embûches et de drames, mais féconde en production littéraire avec pour thème une patrie imaginaire que l’écrivain reconstitue inlassablement du fond de son exil. Il a écrit une dizaine de romans organisés en trilogies aux titres évocateurs: « Variations sur le thème d’une dictature africaine », « Du sang au soleil » et « L’effondrement ». Les derniers romans que Farah a fait paraître Links (2004) et Knots (2007) puisent leur inspiration dans les turbulences d’un pays sans Etat, livré à la rage meurtrière des milices qui s’affrontent et qui ont réduit Mogadiscio, la belle capitale cosmopolite de la Somalie d’avant la guerre, en ruines et gravats. Une femme lumineuse et assoiffée de dignité C’est dans cette Mogadiscio ravagée par la guerre civile que débarque Cambara, la protagoniste de Knots. Grande et belle, s’abritant à son corps défendant derrière une burqa qui la couvre de la tête aux pieds, elle est déterminée à recouvrer la maison au bord de la mer de ses parents, occupée par un chef de guerre violent et peu commode. Cambara a grandi en Occident, au Canada plus précisément, où ses parents ont émigré au début de la guerre civile. Elle appartient à cette famille de femmes qui peuplent l’univers romanesque de Farah, femmes lumineuses et assoiffées de la dignité que leur refuse une société patriarcale et misogyne. Après avoir connu deux mariages malheureux et les douleurs de la perte de son fils unique, Cambara veut faire le deuil du passé et tente de reconstruire sa vie dans son pays natal. L’état du pays la désespère, mais l’espoir revient lorsqu’elle fait connaissance des hommes et femmes de bonne volonté qui s’organisent derrière le chaos pour arracher leur pays à son destin tragique. Cambara les rejoint et avec leur soutien parvient à prendre pieds dans le pays, mais aussi dans sa maison ancestrale en déshérence, symbole de la tragédie d’un peuple en dérive. Roman optimiste, comme le sont souvent les récits de Farah, Knots frappe par sa symbolique complexe et sa narration ironique, servi par une magistrale économie de langage et d’images. Dommage que depuis la disparition de son éditeur français, Le Serpent à plumes, les lecteurs francophones ne puissent plus accéder en traduction aux productions récentes de Farah, tenu par la critique pour « l’un des interprètes les plus fins de l’expérience troublée du continent africain ». Knots, par Nuruddin Farah. Penguin, 422 pages, 15 dollars. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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