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| 12/05/2009 | |||
| Les élections qui ont fait brûler le Kenya | |||
| (MFI) Alors qu’un livre donne à voir le travail remarquable de deux photographes pendant les événements tragiques qui ont suivi les élections de la fin 2007 au Kenya, les observateurs s’interrogent. La recrudescence des violences contre les personnels des Nations unies, constatée ces dernières semaines, n’est-elle que « le dessus de l’iceberg » dans un pays dont le calme ne serait qu’apparent ? | |||
| Après l’annonce du meurtre brutal, le 17 avril 2009, d’un des membres du service de sécurité des Nations unies dans le bidonville de Gachie, les Onusiens de Nairobi ont reçu des consignes encore plus strictes. Ils sont priés de redoubler de prudence face à l’augmentation des agressions à leur encontre dans la capitale kenyane comme dans certaines régions de l’intérieur du Kenya, où la situation alimentaire était préoccupante alors que les pluies tardaient à tomber. Cette recrudescence de violences à l’encontre des personnels de l’Onu n’est en fait que « le dessus de l’iceberg », estime un observateur sur place qui a requis l’anonymat. Ainsi, des massacres attribués à la secte Mungiki ont été perpétrés à Karatina et Kirinyaga, dans la province du Centre. La situation est qualifiée de « volatile » dans la Vallée du Rift, notamment dans la province de Turkana où les incidents (parfois meurtriers) entre éleveurs et bandits armés ont augmenté le long des frontières avec l’Ouganda et l’Ethiopie. Et même si tout paraît calme à la frontière avec la Somalie – où les pluies sont tombées mais de façon irrégulière et pas forcément là où on les attendait –, des cas de choléra ont été signalés. Renvoyer aux Kényans une image de la réalité de leurs dernières élections Ces violences, régulièrement relatées dans la presse kényane au cours du dernier mois, ne manquent évidemment pas de rappeler les événements tragiques que le pays a connus à l’occasion de la présidentielle de fin 2007. Des événements que l’on peut revivre en images dans un livre de photos bouleversant, Kenya burning, publié en 2009 par le Godown Arts Centre de Nairobi (qui avait organisé une exposition de ces œuvres en 2008), avec le concours de l’US-AID. Elles donnent à voir les reportages de deux photographes. L’un, kényan, Boniface Mwangi, 25 ans, a été lauréat du Prix du photojournaliste de l’année CNN Africa 2008. Il passe pour être un des photographes les plus prometteurs d’Afrique. L’autre, japonais, Yasuyoshi Chiba, photographe indépendant basé à Nairobi, a publié pendant douze ans dans l’un des deux plus grands journaux japonais, Asahi Shimbum. Il a obtenu pour ses photos des événements kényans le prix Bayeux des Reporters de guerre (Calvados, France). Pour les instigateurs de ce recueil au format à l’italienne, imprimé au Kenya, il s’agit d’abord de renvoyer aux Kényans une image de la réalité de leurs dernières élections. Leur réalité. Et de ce point de vue, le pari est réussi. Cet album-photos nous ouvre vraiment les yeux sur l’extrême degré de gravité des événements que ce pays a traversé. Dans les premières pages, on y voit les deux principaux candidats, tout sourire, lors de la campagne électorale : d’un côté, Mwai Kibaki, soutenu dans les artères de la capitale par des militants casquettés et déterminés. Et de l’autre, Raila Odinga, le « président du peuple », qui trône sur les affiches ou encore à la tribune d’un meeting électoral. Des couleurs qui évoquent à s’y méprendre celles du génocide rwandais « Et la police militaire arriva et nous distribua de l’argent pour aller combattre, raconte un des protagonistes de la crise. Juste achetés pour 100 shillings, et pris dans un engrenage qui pouvait nous faire perdre la vie. » Pelles et gourdins se déploient alors dans les quartiers. Ici, dans le stade déserté, ou encore dans les rues, les affiches d’Odinga prennent feu. Là-bas, c’est « le cercueil » de Kibaki que des manifestants incendient. Puis, page 39, un cadavre au bord de la chaussée retient l’attention d’un jeune couple blotti sous un parapluie, l’air désolé. Page 40, plusieurs scènes dans une même photo, dont l’une montre un homme jeune, machette en l’air, en train d’achever quelqu’un déjà au sol. L’ambiance est de plus en plus lourde ; des couleurs qui évoquent à s’y méprendre celles du génocide rwandais. Voyage au comble de l’horreur, comme cette main coupée posée sur une pierre. Larmes et détresses. De haut en bas de la capitale, les jeunes de chaque bord qui attendent l’annonce de la victoire de leur candidat… Les espoirs renaissent à la une des journaux avec l’annonce de l’arrivée de l’ancien secrétaire-général de l’Onu, Kofi Annan. On le voit sourire et applaudir à la poignée de main des deux frères-ennemis devant les caméras. Pendant ce temps, les cadavres en décomposition s’amoncellent dans les baraques aux trois-quarts calcinées des quartiers populaires. Et dans la Vallée du Rift, on a sorti les arcs et les flèches… Insoutenables images. Kenya burning. Mgogoro baada ya uchaguzi 2007. Nairobi, Godown Arts Centre, 2009. 155 pages. www.thegodownartscentre.com | |||
| Antoinette Delafin | |||
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