Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

27/10/2009
Manuel de guérilla à l'usage des femmes, par Sylvie Brunel - « Qui connaît Monsieur Besson ? »

(MFI) Dans Manuel de guérilla à l'usage des femmes, un essai publié chez Grasset, Sylvie Brunel révèle au grand public les dessous de son divorce avec l'actuel ministre de l'Immigration et de l'intégration nationale. Elle crie sa douleur de mère abandonnée à la face du monde. Tout en mettant en garde ses consoeurs contre les appétits démesurés des hommes de pouvoir à l'égard de la gent féminine.

Ces jours-ci en France, les polémiques font rage à propos du ministre de l'Immigration et de l'intégration nationale. Avec son collègue britannique, Eric Besson a fait affréter un charter qui a renvoyé dans leur pays en guerre trois Afghans qui transitaient par la France dans le but de se rendre en Angleterre. Et dans la foulée, il lance un débat sur l'identité nationale à la veille d'une échéance électorale régionale. C'est dans ce contexte qu'à la surprise générale, Sylvie Brunel, une géographe qui enseigne à la Sorbonne, spécialiste réputée sur les questions de sécurité alimentaire, déballe tout sur celui dont on apprend qu'il fut son époux. « J'aurai été pendant trente ans l'épouse d'un homme qui a commis en 2007 une transgression majeure, unique dans l'histoire de la Cinquième République : changer de bord politique en pleine campagne présidentielle », révèle-t-elle. On se souvient que le conseiller économique de Ségolène Royal avait soudain rompu avec le staff de la candidate du parti socialiste pour rejoindre le camp de Nicolas Sarkozy. C'est alors que la madone avait lancé « son fameux : « Qui connaît Monsieur Besson ? » La phrase de trop. Eric est profondément blessé par ce mépris affiché pour son travail au sein de l'équipe », commente Sylvie Brunel. Opposé au Premier secrétaire de l'époque, François Hollande, à propos du chiffrage du projet socialiste, il démissionne du Secrétariat national du PS. Depuis, Eric Besson essuie toutes les critiques, de droite comme de gauche. Qualifié de courageux par les uns, mais aussi de traître par les autres, l'homme semble donner chaque jour davantage de gages à son nouveau mentor - qu'il aurait juré de faire réélire en 2012... Les portraits à la hache de ce personnage controversé pullulent dans la presse. Ils irritent celle qui prétend connaître mieux que quiconque, « de l'intérieur », Eric Besson, cet homme « qui ne sourit jamais », et qu'elle a tant aimé. Elle relate leur histoire, à la fois banale et tragique, celle d'un couple qui se déchire. C'est elle qui de guerre lasse demande le divorce en janvier 2009 - sans jusqu'ici parvenir à s'en consoler. Elle évoque leur rencontre à l'école de commerce de Montpellier alors qu'elle n'a que dix-huit ans et lui vingt ; et ses penchants précoces (mais toujours avoués) pour le nomadisme amoureux.

Transfuge politique, transfuge amoureux

Le jour de leur mariage, en 1983, alors que « le maire énonce les principes bien connus du code civil : « Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours et assistance », Eric l'interrompt alors d'une voix claire : « Secours, assistance oui. Fidélité, non. » Stupeur de l'assistance et rire jaune de la belle-mère, qui avait plutôt vu dans ce jeune homme posé et rassurant un beau parti. Mais les dés sont jetés. La jeune femme étouffe l'affront public, qu'elle préfère qualifier de plaisanterie. Et ce faisant accepte la donne qu'elle assumera tout au long de sa vie ! Sans l'accabler vraiment, Sylvie Brunel tente d'expliquer les raisons de ce divorce pas comme les autres puisqu'il émane d'un « double transfuge », politique et amoureux. Dans un chapitre intitulé Itinéraire d'un transgresseur, elle explique « pourquoi son histoire personnelle a fait d'Eric Besson l'homme des ruptures assumées ». Elle rapporte un épisode, selon elle fondateur, de son enfance au Maroc et qui aurait constitué sa « première rupture ». Ses parents - il vit alors dans une famille recomposée - décident d'envoyer ce « petit garçon au regard limpide, visage lumineux constellé de taches de rousseur, vulnérable, sans méfiance » (lui et pas ses demi-frères qui bénéficient pendant ce temps de tous les conforts), dans « un dur pensionnat agricole où les pères jésuites, dans la pure tradition coloniale, sélectionnaient les éléments les plus prometteurs des campagnes marocaines. » Il a dix ans et va subir pendant quatre ans un sevrage affectif et une solitude si éprouvants qu'il ne s'en serait jamais remis.

« Le fauteuil qui rend fou »

« Vivre avec un élu, toutes les épouses d'hommes politiques vous le confirmeront, c'est l'enfer. » Celui de Sylvie Brunel débute en 1995, quand son mari, tout en conservant son poste confortable de direction de la Fondation Vivendi, se lance victorieusement à la conquête de la mairie de Donzère, une petite ville de la Drôme ; il se poursuit en 1997 après la dissolution de l'Assemblée par Jacques Chirac, lorsqu'il séduit contre toute attente l'électorat de Montélimar dont il devient le député. Le pouvoir est « un formidable aphrodisiaque », assure-t-elle. Pour preuve : même les plus austères, « une fois assis « dans le fauteuil qui rend fou », [se révèlent être] de très chauds lapins ». Et cela d'autant plus que « le pouvoir fascine les femmes ». Avec la concurrence déloyale « des bimbos », les légitimes qui posent tout sourire sur les photos des magazines entourées de familles parfaites cachent souvent des femmes « trompées par des hommes pour qui la braguette tient lieu de cerveau ». Ca va mieux en le disant ! Au passage, elle fustige le « tourisme sexuel » de ceux « qui se croient irrésistibles ». Hommes politiques, chefs d'entreprise, journalistes célèbres - tous sont mus par un « insatiable appétit de conquête. (.) Séduire est pour beaucoup d'hommes vieillissants une nécessité vitale, l'assurance renouvelée que le temps n'a pas de prise sur eux ». De Silvio Berlusconi à Jacob Zuma en passant par Valéry Giscard d'Estaing ou Jacques Chirac, « quand il s'agit d'hommes politiques, le rapport aux femmes prend souvent des dimensions pathologiques ». Dont acte. Mais le récit est noyé par de très (trop ?) longues envolées féministes aux accents souvent justes : « L'homme du 21è siècle n'est pas seulement adultère ; il considère normal de quitter sa première femme lorsqu'elle a le tort de vieillir, pour rebâtir une vie qui nie la précédente » ; ou encore « La Barbie quinquagénaire vit dans une HLM où elle galère pour élever seule ses grands ados, qui la traitent comme une boniche ». Reste que cette situation est très loin d'être la sienne puisque, après leur divorce, Eric Besson a laissé à sa femme et à ses enfants tous les biens matériels qu'ils possédaient en commun. D'où cette impression tenace d'une femme blessée qui cherche malgré tout des excuses à l'être aimé qui l'abandonne, dans la mesure où il a bâti sa vie avec elle et qu'il est et restera le père de leurs trois enfants. Une attitude qu'elle dit d'ailleurs avoir adoptée toute sa vie. Allez savoir pourquoi : dans le cadre d'un déballage public, cette déclaration d'amour posthume laissera quand même le lecteur. ou la lectrice un brin embarrassés...
Antoinette Delafin


Manuel de guérilla à l'usage des femmes, par Sylvie Brunel. Paris, Grasset, 2009. 18 euros.



retour