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| 10/11/2009 | |||
| Consécration de L'Enigme du retour
Un Cahier d'un retour au pays natal version Dany Laferrière | |||
| (MFI) Auteur d'une vingtaine de romans, le romancier haïtien Dany Laferrière livre, avec son nouvel opus L'Enigme du retour, le chapitre ultime de son « autobiographie américaine ». Avec pour thème le retour au Port-au-Prince du poète exilé. Entre nostalgie et désolation. | |||
| Consécration pour Dany Lafferrière. Primé par le prix Médicis 2009, son nouveau roman L'Enigme du retour ne laissera personne insensible. « C'est le livre le plus apaisé et le plus tendre de mon ami », a écrit Alain Mabanckou sur son blog. Elégiaque et grave, ce roman est placé sous le signe du père et de cette Amérique dont ce Canadien d'origine haïtienne a fait le matériau même de son ouvre littéraire, riche aujourd'hui d'une vingtaine de titres. « Ce livre n'est pas un livre d'idées ou d'idéologies. Ce n'est qu'un autre chapitre de mon autobiographie américaine », a déclaré l'auteur au cours des nombreuses interviews qu'il a données depuis l'attribution du Médicis, l'un des prix les plus prestigieux de la rentrée littéraire parisienne. Son autobiographie américaine, Laferrière l'a amorcée en 1985 avec son premier roman au thème iconoclaste : Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer... Ce livre racontait avec un sens d'humour délicieusement provocateur le corps-à-corps de l'auteur avec le paysage mental de son continent de naissance dont il doit s'approprier les méandres et les névroses pour pouvoir en faire la matière de son écriture. Une écriture faite de souvenirs et de traversées, dont les hauts lieux ont pour noms : Miami, Montréal, Floride, Québec, sans oublier Petit-Goâve et Port-au-Prince. A la fois lieux réels et territoire d'imagination, ces villes qui incarnent l'Amérique dans toute son originalité, tracent le chemin d'un parcours quasi-initiatique, débouchant, comme il se doit, sur le pays natal où, au bout de trente-trois années d'absence, le narrateur revient. Pour enterrer son père, mais aussi pour se réinventer à la lueur nostalgique d'un passé qui ne l'a jamais vraiment quitté. En creux, le portrait d'un peuple d'affamés et de miséreux Le narrateur de L'Enigme du retour est un homme d'âge mûr, un écrivain haïtien exilé, double de l'auteur. L'homme vient d'apprendre que son père, un ancien politicien disgracié par le régime duvaliériste, vient de mourir à New York où il a vécu seul, loin des siens. La disparition de ce père qu'il a peu connu sera pour le narrateur le déclic qui le décide de revenir dans son pays natal, sur les traces de ses origines. Il retrouve sa famille, sa mère, sa sour, son neveu qui porte le même prénom que lui, d'anciens amis, mais aussi son beau pays, au destin tragique. Sur fond d'une « explosion de couleurs, d'odeurs et de saveurs tropicales », se dessine en creux le portrait d'un peuple d'affamés et de miséreux, abandonné par les dieux, mais aussi par les oiseaux partis vers des cieux lointains et sans doute plus cléments. « Cela fait trois décennies que je fais gras à Montréal/pendant qu'on continue à faire maigre à Port-au-Prince », déclame Laferrière. Voguant ainsi entre nostalgie et culpabilité, le narrateur de ce superbe roman autobiographique tente de retrouver ses repères afin d'avoir une prise sur ce pays qu'il ne connaît plus. « De retour dans le Sud après toutes ces années/je me retrouve dans la situation de quelqu'un/ qui doit réapprendre ce qu'il sait déjà/mais dont il a dû se défaire en chemin. » Lentement, le contact se rétablit, à travers les souvenirs, les sensations et les rencontres. Souvenirs d'avoir été ce « jeune homme maigre de Port-au-Prince de ces terribles années 70 » qui le regarde du fond d'une photo jaunie. Il était alors tenaillé par la faim et la constante angoisse du lendemain. Souvenirs plus heureux de l'enfance, « du temps que je veillais tard avec ma grand-mère/sur la galerie de notre maison à Petit-Goâve ». A ces souvenirs s'ajoutent les sensations qui remontent du fond d'un passé lointain et envahissent le narrateur: « Sous ce crépuscule rose/Le temps est subitement devenu liquide » La traversée des contrées de la mémoire Le contact avec le « pays perdu » s'effectue aussi à travers l'art et la littérature. Il y a les tableaux « primitifs » aux paysages luxuriants accrochés sur les murs le long de la rue. Le narrateur semble vouloir s'imprégner de l'énergie qui se dégage de ces toiles aux luxuriances inattendues. Laferrière a aussi mis en exergue dans les premières pages de son roman le début du célèbre poème de Césaire (Cahier d'un retour au pays natal) que son narrateur-personnage porte sur lui comme un sauf-conduit tout au long de sa traversée des contrées de la mémoire. Enfin, la scène de la rencontre avec le romancier-peintre Frankétienne, figure rabelaisienne de l'artiste prolifique et déshumanisé : « Tout déborde chez lui. Torse nu. Appétit gargantuesque. Visage rouge comme un homard ébouillanté. Enthousiasme débridé d'un homme obsédé de littérature et de peinture... » Roman littéraire par excellence, L'Enigme du retour est de l'aveu des critiques le livre le plus achevé de Dany Laferrière. Sa plus grande réussite est d'avoir su superposer Haïti réel (des habitants) et Haïti rêvé (des exilés), à travers un langage poétique et obsédant. L'Enigme du retour, par Dany Laferrière. Editions Grasset, 302 pages, 18 euros. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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