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| 23/03/2010 | |||
| Hobb Story - Sex in the (arab) city/
Sexe, mensonges et vidéos au Tarmac de la Villette | |||
| (MFI) Un dispositif scénique original, un discours transgressif sur la sexualité arabe sans être gratuitement provocateur : tels sont les secrets du succès de la nouvelle création théâtrale du Tunisien Lotfi Achour. Un spectacle qui remet les idées à l'endroit sur le monde musulman, sa résistance et sa condition féminine. | |||
| Il y a quelque chose de pourri au royaume d'Allah, pardon, dans l'Arab city, comme le proclame le titre du spectacle poignant de Lotfi Achour, Hobb Story - Sex in the (arab) city (traduisez Love Story), sur lequel s'est ouverte la saison théâtrale 2010 du Tarmac de la Villette. Ce quelque chose de pourri, c'est la sexualité arabe dont les dysfonctionnements contemporains sont le véritable sujet de la pièce du Tunisien. « Il suffit de s'attabler à une terrasse de café, ou de boire un verre dans une boîte de nuit, de Tunis, d'Alger ou de Beyrouth, mais aussi dans les banlieues des grandes villes françaises, explique le dramaturge, pour mesurer le fossé qu'il y a entre la manière dont la société veut se montrer et se raconter et les pratiques réelles de ses individus. C'est l'exploration de ce discours et de l'inconscient qu'il révèle, entre dit et non-dit, vérité et mensonge, hommes et femmes, qui constitue la dramaturgie de cette création » Etablir la cartographie du Tendre dans le monde arabo-musulman ? Lotfi Achour parle de « véritable schizophrénie » et de « l'homme arabe clivé ». Ce clivage aliénant et tragique est représenté sur scène par deux femmes et trois hommes (tous des acteurs très convaincants) qui, entre talk-show, témoignages et saynètes de la vie quotidienne, font entendre le « nouveau discours amoureux dans le monde arabo-musulman », ses contradictions, ses paradoxes, ses anachronismes et dérisions. Le décalage se situe entre les mours, souvent libérées, et l'incapacité d'en parler autrement qu'à travers des tabous sur la sexualité, le mariage et le corps qui continuent de peser sur la société, et que l'islamisme triomphant des barbus a réussi à imposer à travers tout le monde musulman. Il est haram (interdit) de faire l'amour, de désirer et d'aimer ! C'est cette vision archaïque que viennent raconter les hommes et les femmes sur scène, dans une forme ludique qui fait régulièrement glousser la salle. Du blues de l'Arabie heureuse à la romance des califes éclairés La scène : un champ de blé, lieu symbolique par excellence. Est-ce l'Arabie verdoyante du Prophète qu'ont choisi d'investir les animateurs de ce talk-show à la française ? Veulent-ils établir la cartographie du Tendre dans le monde arabo-musulman ? S'appuyant sur des reportages, des interviews, l'action se déroule quelque part dans une grande capitale arabe - ou peut-être à Paris qui, n'en déplaise aux pourfendeurs de l'identité française multiculturelle, est aussi une ville arabe, une ville où se construisent et se déploient les imaginaires arabes contemporains. Ceux des personnages qui se succèdent sur la scène du Tarmac ont trait au mariage : polygamie, virginité, domination masculine, homosexualité, masturbation ou désirs d'analité. On entend la naïveté [« J'ai plusieurs enfants, mais je suis quand même vierge »], le désespoir (celui d'une femme voilée que son mari a abandonnée pour lui avoir donné un fils homosexuel), mais aussi le raffinement des textes érotiques arabes qui viennent rappeler la pluralité du monde musulman. « On a tendance à penser, s'indigne Achour, qu'il existe un monde arabe, et surtout musulman, qui serait uniforme, dominé par une culture commune omniprésente, une sorte de bloc compact qui ferait face à un autre monde, l'Occidental. (...) Alors qu'il n'en est rien! Nous sommes une véritable diversité de langues, de cultures, de législations différentes, plus ou moins modernistes... » Créé au Festival international de Hammamet, en Tunisie, Hobb Story - Sex in the (arab) city a fait salle comble en Tunisie. Le spectacle « a suscité le débat en donnant à voir les dysfonctionnements de notre discours et notre pensée sur la sexualité. Il aurait pu être censuré, compte tenu de la façon très ouverte dont je parle du sexe, du désir, du corps. Il ne l'a pas été, sans doute à cause de sa forme artistique », déclare Lotfi Achour. En effet, la narration d'Achour est d'une très grande originalité et résolument moderne. Elle mêle la chanson, le théâtre, mais aussi la vidéo qui est omniprésente. Egalement novateur, le mélange du fictionnel et du documentaire qui permet de faire entendre un ton neuf, entre érudition et vécu, explicatif et narratif. La pièce se termine sur la musique de Jawhar Basti qui ponctue tout le spectacle. Basti chante le blues de l'Arabie heureuse, la romance et la nostalgie des califes éclairés. Tout n'est peut-être pas pourri au royaume d'Allah ! Hobb Story - Sex in the (Arab) city, un spectacle bilingue (arabe et français) de Lotfi Achour. Jusqu'au 03 avril 2010 au Tarmac de la Villette. Réservation: 01 40 03 93 95. Programme détaillé : www.letarmac.fr | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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