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Tunisie

Cinquante ans d'indépendance féminine

Dans une rue de Tunis. Aujourd'hui, les Tunisiennes constituent près du quart de la population active du pays. 

		(Photo: AFP)
Dans une rue de Tunis. Aujourd'hui, les Tunisiennes constituent près du quart de la population active du pays.
(Photo: AFP)
Ce 13 août, la Tunisie célèbre les 50 ans de la promulgation du Code du statut personnel, un texte de loi pionnier en faveur des droits des femmes et qui reste encore, sur bien des plans, inédit dans le monde arabe. A Tunis, l'émancipation féminine n'est pas qu'un mot…

Khouloud Jaoui et Aïda Zarrouk s'activent sur leur bateau, dans le port de Sidi-Bousaïd, près de Tunis. En mini-shorts et hauts de maillots de bain, les deux Tunisiennes de 24 et 28 ans, épaules dorées et crinière de déesses, terminent les derniers préparatifs. Dimanche, elles participent à la course à la voile exclusivement féminine, La route d'Elissa, qui verra cinq équipages méditerranéens quitter Carthage pour rejoindre différents ports européens.

La date de dimanche n'a pas été choisie au hasard : elle coïncide avec les 50 ans du Code du statut personnel (CSP) qui a donné à la femme tunisienne une place inédite dans la société. Petit détail : au sein de la Fédération tunisienne de voile, Khouloud et Aïda sont les seules, avec Feriel Chakroun, à faire de « l'habitable ». « Les hommes, eux, ne font que de la plaisance ! », note Khouloud avec amusement. « Grâce au CSP, les filles d'ici vivent comme les Européennes, il n'y a aucune différence… regardez-moi ! Bien sûr, il y a encore des traditions un peu vieillottes mais une femme peut faire ce qu'elle veut si elle en a envie ».

Elle peut donc faire de la voile, mais aussi des études (58,1% des étudiants du supérieur sont des filles) et travailler : aujourd'hui, les Tunisiennes constituent près du quart de la population active du pays. Elles exercent dans tous les corps de métier, même ceux réservés traditionnellement aux hommes : armée, aviation civile ou militaire, forces de l’ordre. Elles représentent 72% des pharmaciens, 42% du corps médical, 27% des magistrats, 31% des avocats et 40% des professeurs d’université. Et même sans loi sur la parité, elles sont sept au gouvernement, élues à la Chambre des députés ou aux conseils municipaux. Elles sont aussi entre 10 et 15 000 à être chefs d'entreprise. « Ce que veulent les Tunisiennes ? Dans l’ordre : s’instruire, travailler, ensuite seulement se marier et fonder une famille réduite, avec 1 ou 2 enfants », explique une militante associative.

Le président Ben Ali a annoncé deux projets de loi

A Tunis, il n'y a guère qu'à quelques terrasses de café que les femmes n'ont pas encore réussi à s'imposer ! Le 13 août de chaque année est férié et largement fêté. Et pour cause. Le 13 août 1956, dans l’euphorie de l’indépendance et avant même l'institution de la Constitution, le premier président de la Tunisie, Habib Bourguiba, promulgue ce texte d'avant-garde qui abolit la répudiation, la polygamie, le mariage forcé et le mariage précoce, fixant l’âge minimum du mariage à 17 ans pour les filles. Il instaure le divorce judiciaire et donne à la femme le droit de se marier sans tuteur.

Depuis, le CSP, qui se réclame de la religion musulmane, n'a jamais été remis en cause et plusieurs amendements l'ont même renforcé, comme l'abolition de l’obligation d’obéir à son mari ou le droit pour une femme de transmettre son patronyme à ses enfants. En parallèle au Code, les Tunisiennes ont le droit de voter depuis 1956 et celui d’avorter depuis 1973. Ce samedi 12 août, le président Zine Ben Ali a réitéré, devant un parterre de 1 200 femmes, son attachement au CSP et a annoncé deux projets de loi : l'un pour renforcer le droit au logement au profit de la mère ayant la garde des enfants et l'autre pour unifier l'âge minimum au mariage, le fixant à 18 ans pour les jeunes des deux sexes. De toute façon, « la plupart des femmes se marie après 25 ans et les hommes après 30 ans », explique Leïla, étudiante en communication.

Le «hidjab» a fait surface

« Nos acquis sont très importants mais la dot existe toujours, l’homme est encore considéré comme le chef de famille absolu et l’héritage est complètement inégalitaire : une femme touche deux fois moins qu’un homme ! Depuis 1993, une Tunisienne peut transmettre sa nationalité à ses enfants mais  il faut l’assentiment du père… », indique une professeure de droit à l'université de Tunis. « Il reste des discriminations au sein de la famille, dernier bastion du patriarcat, et les violences conjugales sont impunies », dit-elle. « Il n'est pas toujours facile d’appliquer les textes, surtout en milieu rural où les filles sont souvent déscolarisées au profit des garçons pour travailler aux champs ou comme employées de maison. »

Certaines mentalités sont plus longues à changer que les articles de loi. « Il y a le problème de la virginité au mariage », évoque Leïla. « Il y a aussi l'influence des prédicateurs religieux qui fustigent le mode de vie à l’occidentale sur les chaînes de télé arabes. C'est pour ça, que certaines filles se voilent. » Le hidjab, peu implanté culturellement, a fait surface il y a quelques années et l'on croise de nombreuses têtes voilées dans Tunis. Restent les hommes… souvent déstabilisés par le comportement frondeur de leurs compatriotes. « Les femmes ont trop de pouvoir », rigole, Mohamad, cinquantenaire. Les jeunes sont plus gênés pour évoquer le sujet. « Une fille gagne autant d'argent qu'un garçon, elle peut même gagner plus que son mari… je ne trouve pas ça très normal », se risque Sami, 22 ans. « Mais bon, il faut faire avec », conclut-il, philosophe. Car comme le résume la romancière Fawzia Zouari : « En Tunisie, les femmes sont devenues des hommes comme les autres ».

par Olivia  Marsaud

Article publié le 13/08/2006 Dernière mise à jour le 13/08/2006 à 12:28 TU

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Bouchra Bel Haj Hamida

Avocate, ancienne présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates

«50 ans après la promulgation de cette loi, le bilan est positif. C'est un acquis pour les femmes et pour la famille en général. Mais il y a encore des choses à faire au niveau des lois, des mentalités, et au niveau politique.»

[25/08/2006]