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Sur la plage

Le maillot de bain, reflet de notre relation à la mer

par Claire Vuillemin

Article publié le 19/07/2007 Dernière mise à jour le 19/07/2007 à 17:39 TU

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Charlottes sur la tête, robes-sacs à manches longues, les dames du temps jadis abordaient la mer avec une véritable armure. Un siècle plus tard, l'actrice, naïade de James Bond contre Dr No, Ursula Andress, sortant de la mer des Caraîbes, propulsait le bikini au sommet des ventes mondiales. L'histoire de cette évolution est racontée par Olivier Saillard, dans Les maillots de bain, publié aux éditions du Chêne.

L’histoire du maillot de bain est intimement liée à l’évolution des mœurs, et notre relation de peur, puis d’amour avec la mer.

Tout au long du Moyen-Âge et jusqu’au XVIIeme siècle, la mer n’attire pas. Même : elle répulse. Le rivage n’est pas mieux perçu : les maisons s’en tiennent éloignées, il est déconseillé de s’en approcher, plus encore de s’y baigner. Mais dès la fin du 18ème siècle, les mentalités commencent à changer.

En Angleterre, les médecins sont les premiers à penser qu’une brève immersion dans l’eau de mer peut être bénéfique pour le corps. C’est donc tout d’abord à des fins thérapeutiques que l’on consent à se baigner. L’idée traverse vite la Manche et c’est ainsi que Dieppe devient petit à petit la toute première des stations balnéaires françaises. C’est aussi la plus proche de la capitale, donc la plus facile d’accès pour les Parisiens. La Duchesse de Berry, belle fille su roi Charles X, y séjourna dès 1824. Elle contribua à lancer la mode des bains de mer auprès de l’aristocratie française.

À l’époque, le baigneur doit être dûment vêtu. Le costume de bain est lourd : une robe ras du cou à manches longues en gros coton ou laine rude assortie d’une charlotte tricotée, en guise de chapeau, et d’un bloomer en flanelle qui bouffe jusqu’aux chevilles. Puis, petit à petit, les manches raccourcissent, le décolleté pointe. Il faut dire que la plage est fréquentée aussi bien l’été que l’hiver.

La plage libère le corps

Après la Première Guerre mondiale, les bains se libèrent et les corps aussi. Le corset tombe, à la ville comme à la plage. Cannes, Deauville et St Tropez deviennent les stations balnéaires chics. Les couturiers alors en vogue à Paris tels que Jean Patou, Lucien Lelong ou Elsa Schiapparelli s’emparent de la mode.

Les pratiques d’immersion dans l’eau de mer, d’abord thérapeutiques, deviennent vite mondaines. Puis gagnent de nouvelles couches de la société avec l’instauration des congés payés en 1936.

L’ombrelle chinoise s’impose  sur la plage, comme l’illustrent si bien Coco Chanel ou la Duchesse de Windsor. Car il faut se protéger du soleil. Le maillot de bain, de style grec avec drapés ou plus épuré, reste d’une seule pièce tenante, ceinturé ou non. Il est court et collant, assez décolleté, souvent rayé bleu et blanc. Il donne aux nageuses un nouveau style réellement balnéaire mais surtout il permet une plus grande liberté de mouvement.

Toujours plus collant et moulant grâce à une révolution technique textile sans précédent (l’apparition des 3L, le Lycra, Lurex et Latex), le maillot de bains devient une véritable seconde peau. Il est au centre des recherches autant esthétiques que technologiques, car il faut savoir réduire au maximum la densité d’eau retenue dans ses fibres après la baignade.

Fac-similé du livre «Les maillots de bain» par Olivier Saillard.(Photo : Claire Vuillemin/ RFI)

Fac-similé du livre «Les maillots de bain» par Olivier Saillard.
(Photo : Claire Vuillemin/ RFI)

Le bikini, bombe an-atomique

En 1932, le couturier parisien Jacques Heim lance « Atome », un maillot de bain deux pièces qui remplace le maillot-gaine. Si quelques femmes acceptent à la fin des années 30, de se dévoiler le ventre, c’est avec beaucoup de précaution. Le maillot est constitué d’un soutien-gorge drapé ou noué sur la poitrine et d’une culotte short souvent faite de volants.

En 1946, le fabriquant français de costumes de bains Louis Réart créé un deux pièces encore plus petit. En cette année 1946, l’atoll de Bikini, dans le Pacifique, fait la une des journaux avec le premier essai nucléaire américain.

Le nom du maillot signé Louis Réart est trouvé, la marque aussitôt déposée. Le nom «bikini » devient très vite un nom commun inscrit dans le dictionnaire.

«Le bikini est révolutionnaire », explique Olivier Saillard, auteur d’un ouvrage sur les maillots de bain (éditions du Chêne). « Avec son soutien-gorge constitué de deux triangles et sa mini culotte qui laisse les fesses et les hanches nues, le plus petit des maillots de bain doit pouvoir passer dans une alliance pour prouver son authenticité !» Mais le modèle est si choquant à l’époque qu’aucun mannequin professionnel n’accepte de le porter.

Louis Réart fait appel à une danseuse nue du Casino de Paris. C’est ainsi que, le 23 juin 1946, le bikini est présenté à la presse et au public pour la première fois à la piscine Molitor à Paris.

Le slogan de l’époque pour ce maillot de bain était « le bikini, la première bombe an-atomique ! » Le fait est, la nouvelle tenue de plage signée Louis Réart fait scandale.

Succès interplanétaire

Il faut attendre le début des années 1960 pour que le bikini prenne réellement son essor.

Des icônes de la mode et du cinéma se chargeront de l’exporter  dans le monde entier. Dans Et Dieu créa la femme  de Roger Vadim, Brigitte Bardot porte un bikini réalisé dans un tissus de toile de vichy.

En 1962, Ursula Andress fait du bikini un succès mondial dans le film James Bond 007 contre Dr No. On connaît la suite.

Le bikini est le maillot de bains le plus vendu au monde à ce jour. Il reste synonyme de séduction et de sex-appeal. Le célèbre bikini blanc d’Ursula Andress fut vendu aux enchères en 2001 chez Christie’s (société de vente aux enchères de renommée mondiale de Londres) pour la somme de 41 250 livres sterling.