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La Défense : 50 ans d’histoire

par Danielle Birck

Article publié le 11/09/2008 Dernière mise à jour le 01/10/2008 à 15:43 TU

Vue, depuis les bureaux de l'EPAD, du parvis de La Défense avec la Grande Arche et le CNIT.(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Vue, depuis les bureaux de l'EPAD, du parvis de La Défense avec la Grande Arche et le CNIT.
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Le 12 septembre 1958, le général De Gaulle, président d’une République, bientôt la Vème du nom, inaugurait le CNIT, le Centre des nouvelles industries et techniques. Quelques jours plus tôt, le 9 septembre, avait été créé l’EPAD, l’Etablissement public d’aménagement de la région de la Défense. Cinquante ans plus tard, le CNIT est pour la seconde fois en travaux de rénovation, tandis que La Défense, devenue un des plus importants quartiers d’affaires européen, entame un Plan de Renouveau à l’horizon 2015.

Des grandes baies vitrées du bureau du directeur général de l’EPAD, au 12ème étage de la Tour Opus, on domine le cœur de La Défense avec vue sur le parvis et les édifices qui marquent deux grandes étapes de son histoire, le CNIT et la Grande Arche, en attendant celui qui symbolisera le « renouveau » du quartier d’affaires : la Tour Signal, de Jean Nouvel. Un décor qui s’est embrasé le mardi soir 9 septembre, avec le spectacle pyrotechnique réalisé à l’occasion du cinquantième anniversaire de la création de l’EPAD.

© Laurent Blossier

© Laurent Blossier

Bernard Bled est le directeur général de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense. L’ancien secrétaire général de la Mairie de Paris, sous le règne de Jean Tibéri, s’est vu confier les rênes de l’EPAD en novembre 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et président du conseil général des Hauts de Seine  et donc de l’Epad. Sa mission : dresser un état des lieux et élaborer un plan destiné à « renouveler, transformer, changer l’image de La Défense ». Car si en 50 ans elle a « réussi son pari d’alors : devenir le quartier d’affaires de Paris et l’un des plus importants d’Europe, force était de constater qu’elle n’était plus en mesure d’affronter la compétition internationale et qu’il fallait créer une nouvelle dynamique ».

                       La Défense en chiffres

Siège de l'EPAD(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Siège de l'EPAD
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Le quartier d’affaires à l’ouest de Paris est le plus important quartier d’affaires européen, par sa densité, et non par grandeur. Quelques chiffres : sur 160 ha, 3 millions de mètres carrés de bureaux, (contre 7,5 à la city de Londres, ou même les 5 millions du Triangle d’or parisien)… 150 000 salariés et 3600 sociétés, 600 000 mètres carrés de logements et 20 000 habitants, 250 000 m2 de surfaces commerciales fréquentées chaque jour par quelque 350 000 personnes. Environ 90 bâtiments dont les deux tiers sont de grande hauteur, mais ne dépassent pas 200 mètres. Le Plan de Renouveau, adopté en 2006 prévoit à l’horizon 2015 : 450 000 mètres carrés supplémentaires de bureaux - dont 180 000 issus de démolitions-reconstructions - et 100 000 de logements.

Il va donc falloir démolir, rénover et construire, plus et mieux, pour « faire de ce lieu un endroit où l’on vit mieux, où l’environnement est plus agréable, et y construire des bâtiments modernes répondant aux standards internationaux et susceptibles d’attirer des clients  qui avaient tendance à aller plutôt à Londres ou Barcelone ».

Projet de la Tour Signal© Ateliers Jean Nouvel

Projet de la Tour Signal
© Ateliers Jean Nouvel

 

La Tour Signal, tour de troisième génération qui sera signée Jean Nouvel, sera emblématique de ce renouveau architectural et urbain. Avec notamment  une mixité d’usages :  ses 140 000 mètres carrés de surfaces seront répartis sur quatre plots entre bureaux, logements, commerces - y compris hôtels et restaurants - et services publics. Une mixité qui est « un élément de vie, et l’ambition est de faire de ce quartier de La Défense, situé à 6 km du centre de Paris un quartier de vie intégré à la capitale, souligne Bernard Bled. La mixité permet d’avoir des bâtiments qui fonctionnent 24 heures sur 24, 365 jours par an, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui »… 

A noter qu’avec ses 301 mètres de hauteur et ses 71 étages,  la Tour Signal, le premier édifice que Jean Nouvel va réaliser à La Défense n’est pas le plus ambitieux qu’il ait conçu pour ce lieu : un projet de « Tour sans fin », de 400 mètres de haut, élaboré au début des années 1990 n’avait pas pu voir le jour.

Bien sûr, d’autres tours vont sortir de terre, huit projets, au total dont la moitié dépassent les 200 mètres de hauteur, comme les tours Phare de Thom Mayne et Générali de Valode et Pistre qui vont culminer à 300 mètres.  Toutes deux intègreront des éoliennes pour répondre aux exigences d’efficacité énergétique du développement durable.

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Une Défense «  plus humaine, plus chaleureuse »…

… annonce-t-on. Cela commence peut-être par une plus grande facilité de circulation, car, souvent, arriver à la Défense « ressemble à un jeu de piste », concède Bernard Bled, qui reconnaît  un défaut dans le domaine de la signalétique. « On a voulu différencier les flux, explique-t-il. Il y a un flux piétons, un flux véhicule, un flux technique… mais l’articulation, maintenant comme il y a 50 ans, se fait avec difficulté ». J’avoue avoir eu moi-même  du mal à trouver la tour Opus, en sortant du métro… On prévoit  donc la mise en place d’un nouveau dispositif signalétique, de nouveaux transports (avec la prolongation du tramway et peut-être celle de la ligne de RER  Eole) vont venir s’ajouter au métro, au RER, au train et aux bus existants pour «  répondre au plus près au développement durable, qui ne concerne pas seulement l’énergie, mais aussi l’amélioration des conditions de vie dont  le cheminement fait partie ». 

Une réflexion sur le vélo est également menée. Depuis une dizaine d’années, suite à des accidents, sa circulation est interdite sur les espaces publics de La Défense. L’aménagement de nouveaux espaces verts est également prévu pour en principe accompagner la construction des nouvelles tours et s’ajouter aux 11 hectares existants.  La rénovation du centre commercial des Quatre-Temps, avec entre autres la création d’une crèche  de 40 places fait partie de ce plan, comme la rénovation du CNIT.

Le CNIT(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Le CNIT
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

                 Le CNIT, un édifice « pré-défensien »

Le CNIT, Le Centre des nouvelles industries et techniques, inauguré par De Gaulle, au seuil de la Vème République, a été considéré à l’époque comme une véritable prouesse architecturale et technique, avec sa voûte triangulaire de béton. Une voûte auto portante d’une portée de 220 mètres – encore aujourd’hui, parait-il, la plus grande du monde - reposant sur trois points, surmontant trois façades en panneaux de verre mobiles. C’est le premier édifice construit à la défense, mais « pré-défensien », pourrait-on dire, avant même que soit décidé de créer un quartier d’affaires sur le site, et il restera pendant près de 10 ans le seul bâtiment significatif de ce quartier en train de sortir de terre.

Il accueillera pendant une quinzaine d’années de grandes expositions, avant de subir les effets de la crise économique de 1973, puis de la concurrence du parc des Expositions de Villepinte, beaucoup plus vaste, au nord de Paris. Une première refonte à la fin des années 1980 va le transformer en centre de congrès, d’affaires et d’expositions avec des amphithéâtres, des salles de réunion, restaurants, boutiques, etc… Une nouvelle rénovation en voie d’achèvement aura permis une requalification générale des espaces avec notamment une plus grande luminosité.

Nourrir le symbole

Le deuxième bâtiment emblématique, c’est la Grande Arche, voulue et inaugurée par le président Mitterrand en juillet 1989 , l’année du bicentenaire de la Révolution française et à l’occasion de la réunion du G7. Une réalisation signée de l’architecte danois Johann Otto von Spreckelsen et qui est l’aboutissement d’un projet déjà nourri par les présidents Pompidou et Giscard d’Estaing : de prolonger l’axe historique depuis le Louvre.

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

« Un édifice qui nourrit le symbole, souligne Bernard Bled. Tous les grands architectes avaient  plutôt imaginé une fermeture de l’axe historique ( bâtiments réfléchissants, etc.),  mais Mitterrand a jeté son dévolu sur cet architecte, peu connu alors, mais qui avait eu cette idée de ne pas fermer l’horizon : tout continue, et depuis la cour carrée du Louvre  jusqu’au Grand Ouest,  nous avons cette vision qui répond une fois encore à ce qu’avaient choisi les grands anciens dans l’axe historique ».

Statue « La Défense de Paris »(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Statue « La Défense de Paris »
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

« La Défense de Paris »

L’Histoire, justement… Sait-on que La Défense doit son nom à une statue, érigée à la fin du XIXe siècle ? Inaugurée le 12 août 1883, sur ce qui était alors le carrefour de Courbevoie, La Défense de Paris, une imposante composition académique, a été réalisée en hommage aux défenseurs de la capitale  assiégée par les Prussiens pendant la guerre de 1870. Car cette région à l’ouest de Paris, jusqu’à Saint Cloud et Rueil, a été le théâtre d’importants combats.

 

Après les travaux de La Défense, la statue a été remise à son emplacement initial , où elle se découpe  maintenant sur fond de façades de verre, dans l’axe de la Grande Arche, derrière les grandes eaux de la fontaine de Agam et non loin des œuvres monumentales de Calder et de Miro.

Sculpture de Miró(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Sculpture de Miró
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

 

Car La défense ce sont aussi des œuvres d’art contemporain – une soixantaine – disséminées sur le site. Un art contemporain qui aura aussi sa place dans un nouveau lieu, l’Espace Moretti, qui sera inauguré le  25 septembre prochain.  

 

              La Défense, Nanterre et le Grand Paris

Un nouveau directeur devrait très prochainement succéder à Bernard Bled et Philippe Courtois, respectivement directeur de l’EPAD et de l’EPASA (Etablissement public d’aménagement de la région Seine-Arche). Il s’agit pour l’instant d’une direction commune pour les deux structures, mais, avec à l’horizon une éventuelle fusion souhaitée par l’actuel président du Conseil général des Hauts de Seine, Patrick Devedjian, dans la perspective du Grand Paris, dont La Défense serait le moteur dans le cadre d’un Grand Ouest.

 

« Au départ, on avait imaginé l’espace de La défense, beaucoup plus vaste que le périmètre existant, 750 ha contre 160 actuellement, explique Bernard Bled. En 2000 le gouvernement avait jugé opportun de partager cet espace, la partie se trouvant sur la commune de Nanterre dépendant d’un nouvel établissement public, l’EPASA ». On envisage donc maintenant de « refusionner » les deux périmètres. « C’est plutôt une bonne réflexion dès lors qu’elle se fonde sur une nécessité, une réalité du territoire, de l’identité du territoire. Toute autre raison, disons politicienne, aurait moins de force, de puissance », commente Bernard Bled. Précisément : pour Patrick Jarry, vice-président de l’EPASA et maire (PCF) de Nanterre, il s’agit d’un « retour en arrière (…) Notre ville refuse d’être assujettie au quartier d’affaires, comme elle l’a été pendant plusieurs décennies. Ce sont deux visions opposées du territoires qui se confrontent », déclarait-il récemment au quotidien le Parisien.

 

Nul doute qu’au-delà du débat La Défense-Nanterre, le Grand Paris sera l’enjeu de la campagne pour les élections régionales de 2010.

 

 

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