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Que d'eau !

Des eaux bien traitées

par Danielle Birck

Article publié le 15/10/2008 Dernière mise à jour le 02/12/2008 à 10:55 TU

La nouvelle « unité de traitement des pollutions azotées » s’inscrit dans le vaste ensemble de l’usine Seine Aval à Achères. Créée en 1940, dans une boucle de la Seine, cette usine constitue le plus ancien site d’épuration des eaux usées de l’agglomération parisienne, et le plus important d’Europe. La technologie, comme l’architecture de la nouvelle unité conçue par Luc Weizmann, représentent une nouvelle étape dans le processus de requalification progressive de l’ensemble du site. Une refonte placée sous le signe du développement durable et de la responsabilité citoyenne.

(Photo : Claude Cieutat)

(Photo : Claude Cieutat)

« Affirmer cette unité comme un équipement public à part entière et appartenant au monde de la cité » : c’est ainsi que l’architecte Luc Weizmann définit l’enjeu de cette nouvelle unité de traitement des pollutions azotées, dont le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, le SIAAP, lui a confié la réalisation. « Implantée à l’écart de la ville par nécessité, elle appartient à l’univers citoyen  et doit être  représentée comme telle, au même titre que n’importe quel équipement public », tient-il à souligner.

L’usine et le citoyen

Public : le mot reviendra souvent tout au long de la visite de l’usine. A commencer par le maître d’ouvrage et exploitant du site, le SIAAP, « entreprise publique », insiste Laurent Chilles, directeur du site Seine Aval.

                                Le SIAAP

Créé en 1970, le Syndicat interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération parisienne réunit les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et de Paris, ainsi que 180 communes d’autres départements d’Ile-de-France, et emploie plus de 1600 agents. Il a pour mission de transporter et dépolluer les eaux usées de 8,5 millions de personnes - soit 2,5 millions de m3 par jour - pour les rejeter propres dans la Seine et la Marne. Des eaux - domestiques, industrielles et pluviales – acheminées au travers d’un réseau de plus de 400 kilomètres de canalisations vers les cinq usines de dépollutions gérées par le SIAAP : Seine Aval à Achères, Seine Amont à Valenton, Marne Aval à Noisy-le-Grand, Seine Centre à Colombes, et Seine Grésillons à Triel-sur-Seine.


Quant au public, il a lui aussi toute sa place dans le nouvel édifice d’Achères, puisque le projet architectural a intégré un circuit pédagogique dans l’usine, afin  « de permettre au public de la traverser et de pouvoir la visiter dans des conditions de sécurité admissibles, pour percevoir toute la difficulté qu’on peut avoir actuellement à réparer, gérer les eaux qui ont été usées dans la ville, qui disparaissent dans les égouts et dont on n’a pas forcément la conscience globale et citoyenne », indique Luc Weizmann. Un parcours de visite, scénographié par la plasticienne Brigitte Bouillot et le designer Benoit Millot, qui « donne à voir et sentir, par les bruits, par les odeurs, par des perceptions tactiles, cet univers industriel du traitement de l’eau ».

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Un univers placé sous le règne de la quantité : la construction de ce bâtiment de 300 mètres de long, avec une emprise de quelque         5 hectares au sol, a nécessité  150 000 mètres cubes de béton et 17 000 tonnes d’acier pour encadrer des débits d’eau jusqu’à 52 m3 par seconde dans les canaux d’alimentation - « aussi importants que le canal Saint-Martin dans leur section », souligne l’architecte. A noter que c’est à bicyclette qu’on parcourt  la « rue couverte » qui traverse, au niveau supérieur, le bâtiment dans sa longueur…

(Photo : Hervé Abbadie)

(Photo : Hervé Abbadie)

Un parcours que l’intervention d’un artiste, le sculpteur Jean-Paul Philippe n’a pas seulement pour but d’agrémenter, mais de rendre plus signifiant. « Par exemple, pour exalter un peu la présence importante du béton sur les bassins de nitrification  -  il y a près d’un kilomètre de long de façades de bassins -  on a voulu révéler sur ces façades le mouvement, le pétillement de l’eau à l’intérieur, explique Luc Weizmann. Il s’agit d’une sorte de fresque qui donne de la matière au béton et permet, par le jeu d’ombres et de lumières, de le faire vivre et de donner un sens à ce qui pourrait être perçu négativement, en signifiant la fonction du bâtiment ». Jean-Paul Philippe a également réalisé un bas-relief dans l’entrée principale – qui est aussi celle du grand public venant visiter l’usine, qui évoque le cycle de l’azote. Une manière de conjuguer tourisme industriel et culturel.

Bas-relief "Le cycle de l'azote"(Photo : Hervé Abbadie)

Bas-relief "Le cycle de l'azote"
(Photo : Hervé Abbadie)

Pour que le fleuve respire à nouveau

Après la nouvelle unité de traitement du phosphore, inaugurée en 2000, cette nouvelle unité de traitement de l’azote constitue la deuxième étape de la refonte complète du site d’épuration d’Achères d’ici 10 à 15 ans, « pour que le fleuve respire à nouveau », selon la jolie formule de Philippe Janneteau, directeur adjoint du site.  Et apparemment il respire un peu mieux, ce fleuve, puisque « en quelques décennies on est passé de 3 à 27 espèces de poissons » ajoute-t-il, tandis que Laurent Chilles voit un signe très encourageant dans le fait qu’on a     « pêché une truite de mer à Maisons-Laffitte », une commune voisine…

Nouvelle unité de tratement des pollutions azotées, vue aérienne(Photo : Claude Cieutat)

Nouvelle unité de tratement des pollutions azotées, vue aérienne
(Photo : Claude Cieutat)

La réhabilitation des berges du fleuve est aussi à l’ordre du jour du projet de refonte du site avec un important programme d’aménagement paysager.  La nouvelle unité de dépollution des eaux azotées a donc été « dessinée dans un souci de simplicité et d’intégration dans le paysage afin d’en réduire l’impact et d’assumer un rapport qui soit juste avec la nature et les riverains alentour, indique l’architecte, l’idée étant de faire venir la nature en contact direct avec l’usine ».  Les bambous qui font onduler les façades et les toits-terrasses végétalisés en témoignent, comme les parterres plantés. Sans oublier le vaste champ de lavande qu’on aura longé avant d’atteindre l’usine.

Dimension esthétique

(Photo : Claude Cieutat)

(Photo : Claude Cieutat)

Luc Weizmann n’en est pas à sa première réalisation dans ce domaine, avec des projets similaires, notamment à Rouen, en Normandie, « dans l’idée, toujours, de ne pas limiter le projet à sa fonction industrielle, sa fonction propre, mais de faire en sorte que par son architecture, il puisse prendre une dimension d’un autre ordre, plus citoyen, au fond ». Une dimension esthétique aussi, qu’on avait peut-être un peu perdue, après l’architecture industrielle de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, aujourd’hui souvent classée : « Oui, il y a quelque chose qu’on est en train de réinventer, depuis une vingtaine d’années, qui est l’esthétique de la fonction en tant que telle, sans forcément l’exalter, mais en magnifiant la qualité plastique et le plaisir qu’on peut avoir à approcher ce type de fonctionnement et de bâtiment ».

Finalement, « un domaine très complexe à gérer, mais extrêmement intéressant parce qu’original. Chaque projet prend une dimension et une expression particulières, en fonction du site où il s’implante ».

Bassin de nitrification(Photo : Hervé Abbadie)

Bassin de nitrification
(Photo : Hervé Abbadie)