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Paris et ses expositions universelles

par Danielle Birck

Article publié le 07/01/2009 Dernière mise à jour le 11/02/2009 à 18:03 TU

Exposition de 1900, Palais de l'électricité.Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Exposition de 1900, Palais de l'électricité.
Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Paris est la capitale européenne ayant accueilli le plus d’expositions universelles pendant près d’un siècle. Bien qu’éphémères, ces manifestations ont profondément transformé le paysage parisien. Avec des monuments pérennes, certains devenus emblématiques comme la Tour Eiffel, mais aussi avec de nouveaux tracés urbains dessinés à l’occasion ou de nouvelles infrastructures. C’est à un véritable voyage architectural dans le temps que nous convie l’exposition photographique Paris et ses expositions universelles, architectures, 1855-1937, présentée à la Conciergerie jusqu’au 12 mars 2009.

Conciergerie : salle des gens d'armes.(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Conciergerie : salle des gens d'armes.
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Il faut se frayer un chemin à travers les files de touristes ou groupes scolaires qui attendent pour visiter la Sainte-Chapelle, dépasser le palais de Justice, sa vaste cour et son escalier majestueux, pour parvenir à l’entrée, presque confidentielle, de la Conciergerie. Mais sitôt franchi le seuil et descendu quelques marches,  le lieu apparaît dans toute sa grandeur avec sa « forêt imposante de voûtes d’ogive gothique rayonnant ». Nous sommes dans la vaste « salle  des gens d’armes, où se tenait toute la domesticité du palais », explique Sylvie Clavel, administratrice de la  Conciergerie, de la Sainte-Chapelle et des tours de Notre-Dame de Paris.

Du palais royal à l’espace culturel

Car la Conciergerie, « le premier ensemble civil gothique en Europe, qui sera restauré par Viollet-Le-Duc au XIXe siècle », avant d’être une prison où furent enfermés notamment la reine Marie-Antoinette et son fils Louis XVII qui y mourut, fut le premier palais des Capétiens, du Xe au XIVe siècle. Quant à son nom, il le doit à celui que prit au XIIe siècle le gouverneur du palais, le  « concierge » , chargé d’assurer les fonctions de police et de justice à Paris.

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Ce monument historique – un des plus visités de Paris avec pas loin de 400 000 visiteurs par an -  est aussi devenu depuis six ans un espace culturel. « Une politique développée avec le Centre des monuments nationaux pour amener le grand public qui vient visiter la conciergerie à apprécier de manière plus approfondie certains aspects du patrimoine ou de l’art », explique l’administratrice.  

Chaque année, une grande exposition s’attache à faire découvrir des patrimoines lointains ou méconnus, comme Les douze capitales d’Arménie, en 2007,  ou plus proches, comme La Seine des photographes, en 2006. Et maintenant, Paris et ses expositions universelles, « un sujet patrimonial par excellence et un patrimoine vivant, par l’impact qu’elles ont eu sur la transformation de la ville », souligne Sylvie Clavel.

Innovations et foi en l’avenir…

 « Elles ont eu bien sûr beaucoup d’impact sur l’urbanisme parisien, renchérit Isabelle Chalet-Bailhache, commissaire de l’exposition, chargée de l’offre culturelle de la Conciergerie et de la Sainte-Chapelle. Elles ont modelé les bords de Seine, le Champs de Mars et jusqu’aux Invalides, avec le Trocadéro sur la colline de Chaillot, la Tour Eiffel, le Grand et le Petit Palais, le pont Alexandre III. Et l’exposition de 1937 nous a légué le palais de Chaillot, construit à la place de l’ancien  palais du Trocadéro, et le musée d’Art moderne. Sans parler des infrastructures hôtelières ou de transports qui se sont mises en place à l’occasion de ces expositions,  comme les bateaux mouches dès 1867, le métro avec la première ligne  Vincennes-Porte Maillot, inauguré pour l’expo de 1900 ».

1937, Palais de Chaillot. Pavillons de l'Allemagne et de l'URSS.Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

1937, Palais de Chaillot. Pavillons de l'Allemagne et de l'URSS.
Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine


Une photo de la construction de la station Palais-Royal permet de constater l’ampleur des travaux Quant au chemin de fer, c’est également à l’occasion de l’exposition universelle de 1900, qu’il pénètre au cœur de la ville avec la construction de la gare d’Orsay, sur la rive gauche de la Seine, face au Louvre. Autant de réalisations destinées à faciliter les trajets des visiteurs et à manifester aux yeux des visiteurs du monde entier le savoir-faire de l’industrie et de l’ingénierie française. Des visiteurs que l’on entreprend de comptabiliser, avec des tourniquets… autre innovation.

Exposition 1937.Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Exposition 1937.
Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Car les expositions universelles accompagnent les progrès techniques dont elles profitent et sont une fabuleuse vitrine. Par exemple, l’apparition de l’électricité, qui «  à partir de  1889, va  transformer l’architecture mais aussi la tenue des manifestations, en permettant les visites en nocturne et la création de féeries avec des cascades lumineuses qui vont concourir à l’attractivité des Expositions ».

Progrès technique que n’accompagne pas forcément celui de la sagesse des hommes. Comme le fait remarquer la commissaire de l’exposition, « c’est en 1937 que le peintre Raoul Dufy réalise  La fée électricité, mais c’est aussi en 1937 que Picasso peint Guernica dans le pavillon de la République espagnole », quelques jours seulement après le bombardement de cette ville par l’aviation allemande qui fit près de 2000 morts.  

D’ailleurs l’exposition « internationale » de 1937[1] sera la dernière du genre. « La foi en l’avenir, dans le progrès dispensateur de bienfaits et d’améliorations des conditions de vie et de travail de chacun … et aussi, et peut-être surtout, un souhait de paix universelle » qui caractérisaient traditionnellement les expositions universelles du XIXe siècle, aura vécu, face à la catastrophe mondiale qui s’annonce…

Exposition de 1900, reconstitution de Paris médiéval.Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Exposition de 1900, reconstitution de Paris médiéval.
Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Même si ces manifestations apportent une multitude d’informations et de témoignages sur l’époque, dans tous les domaines (politique, économique, social, culturel, scientifique, artistique, technique), les organisateurs de l’exposition de la Conciergerie, ont choisi de s’en tenir à l’architecture comme fil directeur. Un choix magnifiquement servi par la richesse et la qualité de  l’iconographie, puisée dans les fonds de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine, des Archives nationales, du musée départemental Albert Kahn -  qui a prêté ses autochromes – et de la Parisienne de Photographie, la société d’économie mixte de Paris qui a repris l’agence Violet. Des  fonds très riches, « tellement riches que la sélection a été très difficile et … frustrante ! », avoue Sylvie Clavel.

Une frustration qu’ignore le visiteur, tout à la découverte des bâtiments « incroyables, grandioses, techniquement improbables » qui ont parsemé les expositions du XIXe siècle et qui, pour la plupart, ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

                        Expositions universelles

La première exposition universelle a lieu à Londres en 1851. Après l’avoir visitée, Napoléon III décide dans la foulée d’en organiser une en 1855. En 1862, c’est au tour de l’Angleterre de relever le défi, puis à nouveau Paris en 1867. Les expositions vont ensuite se succéder tous les 10 ou 12 ans, jusqu’en 1900.

 

- 1855, 15 mai -15 novembre : Exposition universelle de l’agriculture, de l’industrie et des beaux-arts. 15,2 ha, 25 pays participants, 5 millions de visiteurs

- 1867, 1er avril -3 novembre : Exposition universelle de l’agriculture, de l’industrie et des beaux-arts. 68,7 ha, 42 pays participants, 15 millions de visiteurs

- 1878, 20 mai -10 novembre : Exposition universelle de l’agriculture, de l’industrie et des beaux-arts. 75 ha, 36 pays participants, 16 millions de visiteurs

- 1889, 5 mai - 31 octobre : Commémoration du centenaire de la Révolution française. 96 ha, 35 pays, plus de 32 millions de visiteurs - 1900, 15 avril – 12 novembre : le bilan d’un siècle. 120 ha, 58 pays, 51 millions de visiteurs

Paris et ses expositions universelles, architectures, 1855-1937, c’est aussi un ouvrage des Editions du Patrimoine, du Centre des Monuments nationaux.

Palais des industriesCrédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

Palais des industries
Crédit : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

(1) Les clichés rassemblés à la Conciergerie évoquent aussi trois expositions qui, tout en n’étant pas « universelles », en ont les caractéristiques, comme l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels de 1925 (15 millions de visiteurs), l’Exposition coloniale de 1931 (33 millions de visiteurs) et l’Exposition internationale des Arts et Techniques dans la vie moderne de 1937 (31 millions de visiteurs).