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Dossiers pour la classe

Victor Hugo

Les Châtiments
© Couverture livre de Poche

Lyrisme et éloquence

La visite des caves de Lille a profondément marqué Victor Hugo et son indignation s’exprime aussi bien dans son discours politique que dans ses poésies : tentative d’une analyse comparée.

 

A l’automne 1848, la rédaction de la Constitution pose le problème de « l’assistance ». La question du logement ouvrier est au cœur des débats. Une loi sera votée en 1850, elle prévoit d’exproprier les propriétaires de logements insalubres.

A la demande de l’économiste Adolphe Blanqui, les députés sont invités à visiter les caves de Lille, où les ouvriers du textile vivent dans des conditions miséreuses. Victor Hugo s’y rendra en avril 1851, et en gardera un souvenir indigné.

Cette expérience lui inspirera  un discours destiné à l’Assemblée, qu’il ne prononcera pas pour cause de coup d’état, et deux ans plus tard, le poème « Joyeuse vie » qui paraîtra dans Les Châtiments.

 

Le discours politique

Le discours sur les caves de Lille

prononcé en 1851 à l’Assemblée Constituante



L'Anaphore

La reprise du même mot en début de phrase ou de membres de phrases est une des constantes du discours politique chez Hugo : 

« Figurez- vous ces caves… /figurez- vous ces cours…/ Figurez- vous ces maisons,
ces masures… »

« Messieurs je vous dénonce la misère ! /
je vous dénonce la misère qui est
le fléau d’une classe et le péril de toutes ! /
Je vous dénonce la misère qui
n’est pas seulement la souffrance de l’individu, qui est la ruine de la société(…) »


L'antithèse

«   (…) la misère, cette longue agonie du pauvre qui se termine
Par la mort du riche ! »

« Parler pour les pauvres, ce n’est pas parler contre les riches ! »


Le rythme

Prose poétique ou discours politicien ? Certains passages sont scandés comme des vers :

« le travail de l’homme, le travail de la femme, le travail de l’âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l’enfance, le travail de l’infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ces deux enfants dont l’un est mort et l’autre va mourir(…) »


La méthaphore

S’adressant aux députés qui n’ont pas fait le voyage jusqu’à Lille, Hugo les  assimile à  l’apôtre Thomas, qui demanda à voir pour croire :

« Ah ! Vous niez ! Eh bien dérangez--vous quelques heures, venez avec nous, incrédules et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains les plaies, les plaies saignantes de ce Christ qu’on appelle le peuple ! 


La poésie

Joyeuse vie

Paru dans « Les châtiments », livre III, 9 ; Jersey janvier 1953.

Daté de janvier 1853, le poème reprend, deux ans plus tard, le discours prévu pour l’Assemblée en 1851. Témoignage, dénonciation, apostrophe, appel au sentiment, cette valeur tabou de notre littérature contemporaine.



L'antithèse

Construit sur une antithèse, le  texte oppose la vie orgiaque des privilégiés à la surexploitation des miséreux.

Un jour je descendis dans les caves de Lille;
Je vis ce morne enfer.
Des fantômes sont là sous terre dans des chambres,
Blêmes, courbés, ployés ; le rachis tord leurs membres
Dans son poignet de fer.(…)

Caves de Lille ! on meurt sous vos plafonds de pierre !
J’ai vu, vu  de ces yeux pleurant sous ma paupière,
Râler l’aïeul flétri,
La fille aux yeux hagards de ses cheveux vêtue,
Et l’enfant spectre au sein de la mère statue ! O Dante Alighieri

C’est de ces douleurs là que sortent vos richesses,
Princes ! ces dénuements nourrissent vos largesses,
O vainqueurs ! conquérants !
Votre budget ruisselle et suinte à larges gouttes
Des murs de ces caveaux, des pierres de ces voûtes,
Du cœur de ces mourants.


La parole qui tue

Le ton est lyrique, le propos politique. Dans Les Châtiments, la poésie est une arme, la plume se fait épée pour pourfendre le règne honni de Napoléon le Petit. 

Ah ! quelqu’un parlera. La muse, c’est l’histoire.
Quelqu’un élèvera la voix dans la nuit noire.
Riez, bourreaux bouffons !
Quelqu’un te vengera, pauvre France abattue,
Ma mère! et l’on verra la parole qui tue
Sortir des cieux profonds !


Article publié le 06/06/2005