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Les mots de l'actualité

REINE D'ANGLETERRE   21/04/2006

 

La reine d’Angleterre a quatre-vingts ans aujourd’hui. Saisissons donc l’occasion de lui souhaiter un bon anniversaire, et même on peut le faire en anglais, puisque « Happy birthday » est l’une des phrases anglaises les plus connues des Français, et même de ceux qui ne pratiquent aucunement cette langue. Elle fait partie du patrimoine, un peu comme « tu quoque mi fili » ou « Inch Allah », elle dépasse les modes et les frontières.

Mais revenons à notre sujet : de qui parlons-nous ? D’Elizabeth II, actuelle souveraine du Royaume-Uni. Une personne réelle et bien vivante, puisqu’on sait même qu’elle est née en avril 1926. C’est l’actuelle reine d’Angleterre. Mais pour nous, francophones, et spécialement peut-être, pour les Français, la reine d’Angleterre, c’est bien plus que cela, et c’est bien autre chose. Plus qu’une personne réelle, c’est une légende, un mythe, et tout compte fait, presque une fonction linguistique !

Je vois que tout cela nécessite quelques explications. C’est pourtant facile à comprendre : si quelqu’un vous dit quelque chose d’incroyable, par exemple votre collègue de bureau vous annonce « Je viens de gagner un million d’euros au loto ! », cela vous paraît impossible. C’est une blague, un canular ! Et pour montrer que vous n’êtes pas dupe, vous pouvez lui répondre « Et moi je suis la reine d’Angleterre ! ». Vous répondez à une énormité par une autre énormité ! Cela veut dire « arrête tes bêtises ! ». Si l’on vous présente un jeune chanteur sans voix en vous disant c’est le nouveau Johnny Hallyday, peut-être pourriez-vous sourire en répondant « Et moi je suis la reine d’Angleterre ! ».

Tout ça n’est pas bien méchant, moqueur tout au plus, et ça montre bien que l’image fonctionne dans un langage familier, et même populaire. Amener la reine d’Angleterre au milieu d’une conversation entre égaux, entre nous pourrait-on dire, c’est évoquer l’impossible, c’est évoquer quelque chose qui appartient à un autre univers. Un peu comme lorsqu’on dit « Je ne vais pas vous décrocher la lune ! ». Bien sûr que non, on ne peut pas décrocher la lune. Bien sûr que non, je ne suis pas la reine d’Angleterre.

Il n’y a, me semble-t-il, qu’un seul autre personnage qui tienne ce genre de rôle : c’est le pape qui, par sa majesté, son éloignement, la révérence qu’il doit susciter, peut être pris comme exemple de ce qui ne fera jamais irruption dans la vie quotidienne des gens ordinaires.

Alors pourquoi la reine d’Angleterre plutôt que quelqu’un d’autre ? En effet, on ne parle jamais de la reine d’Espagne, de Hollande, du Danemark. D’abord, probablement parce que la reine d’Angleterre est une vraie reine, et depuis longtemps. J’entends par là qu’elle n’est pas seulement l’épouse d’un roi, mais qu’elle incarne la royauté, et la transmet. Ce qui n’était pas le cas en France, par exemple. La reine d’Angleterre intriguait et fascinait certainement parce qu’elle était la plus importante des souveraines en titre, dans un monde monarchique très masculin. Et comme une vieille animosité a longtemps opposé la France et l’Angleterre, la reine d’Angleterre incarne étrangement cette féminine Angleterre, qu’on appelait Albion, et parfois, pour reprendre un cliché coriace, « la perfide Albion ».

Ce qui explique peut-être en partie cette présence obsédante de la reine d’Angleterre dans un certain folklore très français : nombre de chansons évoquent la reine d’Angleterre (La reine d’Angleterre m’a dit vous avez un petit quelque chose dans le regard… Et zut pour la reine d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre…). Et elle est même présente dans l’éducation aux bonnes manières de table : mon petit garçon, si tu ne te tiens pas mieux, on te montrera du doigt quand tu iras dîner chez la reine d’Angleterre !

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 21/04/2006