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L'actu du FLE

En toutes lettres

Le groupe Dihya.
© Francine Bajande.

Faites du bruit pour le slam !

L’art jusqu’à présent marginal qu’est le slam obtient un succès croissant auprès du public. La langue comme musique, la langue comme spectacle, la langue comme contestation… et le public pour seul juge.

 

Vous prendrez bien un vers ?

Énorme surprise : pour la première fois, un album de slam, Midi 20, du slameur Grand Corps Malade, sort en France et se classe en tête des meilleures ventes de CD. Ce succès commercial propulse sur le devant de la scène cet art, encore marginal il y a quelques mois, qui pourtant ne laisse que peu de place à la musique.

Plus à l’aise dans les bars que dans les bacs, le slam est un espace unique de liberté d’expression et d’échanges où l’on est sûr d’être écouté, encouragé, applaudi. On peut faire à peu près tout ce que l’on veut sur une scène de slam, dire son poème, lire son texte, mais aussi chanter sa chanson ou présenter son sketch.

Le point commun, c’est la nécessité d’accrocher l’auditoire, avec des rimes, des assonances, des jeux de mots, des chutes ou simplement du rythme. Ce qui marche, c’est la virtuosité, l’amour de la langue, mais le public est aussi très sensible aux sentiments qui se mettent à nu et à la dénonciation des injustices. Les scènes slam sont des lieux de poésie vivante mais aussi le théâtre d’un réel métissage culturel et social.

Né du rap à Chicago il y a vingt ans, le slam n’en garde pas toujours le rythme. Il s’éloigne aussi en France de l’esprit américain qui se tourne essentiellement vers la compétition et les spectacles en forme de tournois. Pour Tsunami, slameur et créateur du site Planète slam, « on peut vraiment parler d’exception française. Contrairement à ce qu’il se passe ailleurs, la scène slam est, en France, extrêmement démocratisée. Les spectacles sont gratuits et les scènes ouvertes : n’importe qui peut présenter son texte. »


Parole libérée, mots claqués

L’ouverture, c’est bien, mais il faut aussi libérer son écriture. C’est le rôle des ateliers animés par des slameurs expérimentés. C’est là que Tsunami mesure l’engouement pour cet art chez les jeunes : « Nous intervenons souvent dans des centres culturels où le dialogue est rompu avec les responsables. Le slam convient parfaitement aux jeunes : il leur permet de s’exprimer librement mais surtout d’avoir l’assurance d’être écoutés ; cela les valorise ; c’est un espace où tout le monde se sent le bienvenu et ce n’est pas élitiste. Dans ces ateliers, ils se réapproprient leur langue. »

Seule ombre à ce tableau novateur, les femmes slameuses sont encore minoritaires. Elles ne manquent pourtant ni de talent ni d’aplomb comme Delphine II, slameuse depuis 5 ans : « Je suis née d’un père camerounais et d’une mère guadeloupéenne, ce qui multiplie les difficultés pour se sentir à son aise en France. Pour moi, le slam est le moyen d’aborder des sujets comme les rapports entre blancs et noirs, les erreurs commises de part et d’autre, les préjugés. C’est une forme de thérapie. » Une thérapie qui passe par la comédie car les slams de Delphine II prennent souvent la forme de sketchs qu’elle joue aussi dans son spectacle, « Chuis la seule ou quoi ? ».


Slameurs du monde

Partout dans le monde, le slam, qu'il soit "à l'américaine" ou "à la française", s'enrichit de toutes sortes de traditions locales.

Au Québec, le slam libre qui se pratique en France s’appelle spoken word comme nous l’explique D. Kimm, slameuse et organisatrice de l’un des plus grands festivals de slam Voix d’Amériques : « Chez nous, le spoken word est issu d’une longue tradition d’oralité. Au XIXe siècle, les Québécois aimaient déjà dire leurs textes et poèmes en public, dans des fêtes ou en famille. ». D.Kimm met l’accent sur l’attitude du poète et sa performance. Un poème sera différent selon l’énergie du moment et du public. Le spoken word désacralise le rôle du poète et permet à tout le monde de se décoincer, y compris le spectateur qui n’est plus passif. »

Autre tradition retrouvée avec le groupe français Dihya, composé d’une slameuse, une chanteuse, une percussionniste et un bassiste. D’après Amel, la slameuse d’origine algérienne : « Le slam est une forme d’expression qui n’a pas encore sa place dans un pays aussi contrôlé que l’Algérie. Comme nous sommes engagés sur le plan politique, je pense que notre groupe aurait de sérieuses difficultés. » Et pourtant, la beauté et l’originalité de leurs interventions tiennent dans des ponctuations mélodiques qui s’inspirent des chants du Maghreb.

Le slam se développe aussi en Afrique, grâce par exemple au collectif Dabadjam venu de Côte d’Ivoire, qui a été très remarqué en région parisienne lors de la deuxième édition du festival Débits de paroles. Composé de quatre slameurs, ce groupe s’inspire des mouvements urbains abidjanais. Un point de rencontre entre la langue française, le nouchi, le langage contestataire propre à la rue ivoirienne, et le ziguéhi, une danse traditionnelle aux allures d’art martial. Le slam du collectif Dabadjam est un puissant cocktail qui vient bousculer l’image du slameur statique à la française. Mais quoi qu’il arrive, le slam n’est pas près de s’arrêter de bouger.


Midi 20, Grand Corps Malade.
© Universal.
• Midi 20, Grand Corps Malade, Universal
• www.planeteslam.com/
• www.delphine2.com/
• Festival Voix d’Amériques : www.fva.ca/
• Festival Débits de paroles : http://www.autourdevous.org/

Edna  Castello

Article publié le 03/07/2006