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Les mots de l'actualité

VOLCAN   17/07/2006

 

L’humanité danse-t-elle sur un volcan ? C’est en tout cas ce danger qui a été tout récemment évoqué par le président de la république française. Et l’image est tout à fait compréhensible. Le volcan est l’image du danger qui se réveille soudainement, peut s’embraser sans préliminaire et se déchaîner sans limite. Car c’est ça aussi l’image du volcan : une puissance sans commune mesure avec celle de l’homme… une puissance qui emporte tout sur son passage, qu’on ne peut juguler, contrôler, arrêter…

Mais l’image est plus complexe : il s’agit de « danser sur un volcan ». Ce qui évoque une insouciance, une inconscience du danger. Cette inconscience est-elle coupable, regrettable ? La tonalité générale de la phrase voudrait nous le faire croire : cette formule se présente comme une mise en garde. Mise en garde morale : il ne faudrait pas penser « Après nous le déluge ! ». Et mise en garde pratique : arrêtons-nous de danser, cela vaudra mieux ! En même temps, à quoi sert une mise en garde contre un danger si incommensurable avec nos possibilités de le maîtriser !? Faut-il penser alors que la danse est nocive, qu’elle pourrait déclencher l’éruption et provoquer l’irréparable ? On n’est pas loin de cette suggestion, comme si cette danse était provocante, comme si l’humanité « jouait avec le feu », et s’autorisait des gestes qu’elle pourrait regretter. En tout cas l’image joue avec deux significations principales : l’imminence du danger, cela peut se déclarer n’importe quand ; et l’absence de lucidité de ceux qui sont menacés.

Ce qui est étonnant, c’est que cette image puisse s’employer couramment dans la vie politique contemporaine. Ce n’est pas qu’elle soit mal choisie : elle est au contraire très parlante. Mais elle est lourde d’un passé qui aurait pu la rendre ridicule. En effet, elle fait directement écho à celle de Joseph Prudhomme : « Le char de l’état navigue sur un volcan ». Alors qui est donc ce Joseph Prudhomme ? Au vrai, il n’a jamais existé : c’est une création pure et simple de l’écrivain Henri Monnier qui au milieu du 19ème siècle avait inventé ce type de bourgeois bien représentatif de la société de l’époque : l’industrie et le commerce sont florissants dans une France où l’on dit aux classes moyennes « Enrichissez-vous ! » Et ces classes moyennes obéissent avec plaisir, même si c’est au détriment d’un prolétariat qui s’accroît et dont les conditions de vie sont de plus en plus difficiles. La bourgeoisie légitime donc son aisance par une morale religieuse et politique qui se méfie des travailleurs et surtout souhaite qu’ils restent à leur place. Et tout ça donne naissance à un discours moralisateur un peu étouffant et souvent hypocrite, qui se gonfle parfois de sa propre importance. C’est bien de cela que Henri Monnier avait voulu se moquer avec sa caricature de Joseph Prudhomme qui multiplie les phrases sentencieuses, graves, solennelles et incohérentes… « Le char de l’état navigue sur un volcan », mais aussi, « Ce sabre est le plus beau jour de ma vie » Et lorsqu’on lui remet le fusil de garde national : « Je jure de soutenir, de défendre nos institutions, et au besoin de les combattre. »

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 17/07/2006