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Les mots de l'actualité

PETIT BEURRE    04/07/2007

 

« Les petits LU » passent à l’étranger ! Les voilà rachetés par l’Amérique. Cette information, qui peut faire frissonner le monde économique, ou sursauter les amateurs de gastronomie populaire, va-t-elle rider le front de la langue française ? Cela paraît bien lointain.

 

Et pourtant, ce célèbre gâteau sec qu’on appelle « petit beurre » occupe une place très particulière dans la langue, et dans une certaine culture qu’on ne peut comprendre que si on a vécu en France. En effet, il s’agit d’un jeu de mot un peu sot, assez burlesque, qui s’est transmis de bouche à oreille avec un grand succès. Alors voilà la blague, telle que j’ai dû l’entendre à l’extrême fin des années 60 : quel est le pluriel de « petit beurre » ? Spontanément, on est tenté de répondre des « petits beurres », avec le « s » du pluriel. Vous n’y êtes pas ! Le pluriel de « petit beurre », c’est « touyous » ! Comment ? Quel est ce barbarisme étrange ? Des « touyous » ça n’a jamais existé ! Et ça n’a rien à voir avec le petit beurre… Et pourtant, le pluriel de « petit beurre », c’est  « touyous » ! La preuve ? « Un petit beurre, des touyous ». Ca se dit en chantant bien sûr.

 

Le calembour repose sur une approximation, et sur une chanson en anglais, très connue en France, qu’on chantait pendant tout le vingtième siècle pour fêter les anniversaires : « Happy birthday to you ». Elle était si populaire qu’elle faisait vraiment partie de la culture francophone qui s’autorisait ce coup d’œil à la langue voisine. Ce n’est que bien plus tard, qu’est apparue la traduction de cette chanson : « Joyeux anniversaire » qui traduit un genre de culpabilité par rapport à l’insouciance de la citation anglaise.

 

Revenons à notre calembour : « Happy birthday to you » peut être prononcé à la française, « un p’tit beurre, des touyous ». En accentuant évidemment un accent français à couper au couteau, on montre précisément que cette chanson est « francophonisée », kidnappée sans complexe par ceux qui la chantent. Le mauvais jeu de mot qui s’en est suivi n’est peut-être pas du goût le plus raffiné, mais il a justement le mérite de montrer comment une citation étrangère peut être accaparée par une langue, et même détournée jusqu’à être partie intégrante d’une mémoire collective. Le vocable « touyou » (je n’ose pas vraiment parler d’un mot…) n’appartient sûrement pas au vocabulaire du « bon français » mais il fait partie d’une mythologie bien française, et presque « franchouillarde ». Sans qu’il soit un mot français, c’est la langue française qui le fait exister.

 

A part ça que dire des petits beurres et des « petits LU » ? Ils sont tellement passés dans notre culture avec cette marque déposée, que comme « beurré », en argot, veut dire « saoul » : « beurré comme un petit LU » veut dire complètement « saoul ».

 

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 04/07/2007