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Mots de l'actu - C
© RFI / Anthony Terrade

COUVRE-FEU   20/05/2010

 

Après l’assaut mené contre les chemises rouges, un couvre-feu a été décrété en Thaïlande, à Bangkok. Mais qu’est-ce donc qu’un couvre-feu ? L’interdiction faite de sortir après une certaine heure, le soir et pendant la nuit. En général, le couvre-feu ne concerne pas la journée mais prend effet lorsque les ténèbres enveloppent la ville. Et c’est souvent à ce moment qu’on craint des troubles. L’origine du mot ? Elle est assez simple à comprendre.

Elle est d’ailleurs ancienne ; d’abord le couvre-feu ne désigne qu’un ustensile pour couvrir et conserver du feu sans qu’il s’éteigne, mais dès le moyen-âge, il prend un sens figuré : il s’agit de couvrir les feux, c’est à dire d’éteindre ou de masquer, de cacher les sources de lumière. Par extension, le couvre-feu, c’est donc l’heure de l’extinction des feux. Et bien vite, le mot va désigner le signal qui avertit qu’on éteigne : c’est une cloche particulière, sonnée de façon spéciale. On sait que, du glas au tocsin, les sonneries de cloches avaient de multiples usages au moyen-âge, pour faire passer des messages à la population : une multitude de codes étaient connus de tous. On dit donc à l’époque sonner le couvre-feu - une pratique qui se généralise en temps de guerre, aussi bien an  France qu’en Angleterre, à partir du XIe siècle. Il semble même que cette pratique ait été un temps confondue avec celle de l’angélus, la cloche qui appelle à la prière du soir, et symbolise la tombée du jour.

Il s’agit donc d’une sorte d’opération ville morte : pas de lumière, par extension, pas de promeneurs.

C’est ce dernier sens qu’a pris l’expression abandonnant d’ailleurs le premier. À tel point que pour désigner l’obscurité commandée à toute une ville, on va user d’une autre expression : le black out. Expression anglaise qui signifie à peu près noir complet, et qui date de la dernière guerre mondiale. C’était un ordre de la défense passive de calfeutrer toutes les fenêtres, pour ne laisser sourdre aucune lumière, une mesure d’abord été prise à Londres à une époque où elle essuyait presque toutes les nuits les bombardements allemands. Ville invisible, elle donnait moins de prise aux bombes de l’ennemi.

Une bizarrerie à signaler : le couvre-feu au XIXe, va signifier également l’heure de l’allumage des réverbères, quand cette pratique était manuelle. Ce qui est tout à fait étrange, puisqu’à ce moment, le couvre-feu signifie, non pas qu’on éteint, mais qu’on allume.
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/
Venez découvrir le livre Les Mots de l'Actualité d'Yvan Amar.

Yvan  Amar

Article publié le 20/05/2010