publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
Mots de l'actu
 
Annonce Goooogle
Annonce Goooogle
Comprendre l'actualité

Les mots de l'actualité

A.Notaras
© A.Notaras

X   21/02/2013

 

En Israël comme en Australie, l’affaire du « prisonnier X », fait la Une des journaux depuis plusieurs jours, et on s’interroge sur cet Israélien d’origine australienne mort dans sa cellule de prison en 2010 alors qu’il était détenu au secret.

Pourquoi le prisonnier X ? Parce que pendant pas mal de temps, on ne connaissait pas son identité, même si on sait maintenant qu’il s’appelle Ben Zygier. Il s’agissait donc du prisonnier inconnu. Et présentée comme ça, l’affaire était beaucoup plus alléchante : on rajoute un peu de mystère, on enveloppe l’histoire d’un nuage opaque qui excite la curiosité, et tout ça donne du journalisme plus croustillant, plus sensationnel. On aurait pu parler du prisonnier inconnu, du prisonnier mystérieux… le prisonnier X fait plus moderne. Et cette dénomination est particulière car elle appartient à la fois à la langue un peu familière, en tout cas expressive, et à une langue très officielle, et même administrative.

En effet, on trouve dans la langue juridique par exemple l’expression « plainte contre X » qui est tout à fait officielle. On a cassé vos carreaux et abîmé votre maison. Vous savez bien que quelqu’un l’a fait. Qui ? C’est une autre histoire, mais ce n’est pas une raison pour se laisser faire. Donc vous pouvez, dans le droit français, porter « plainte contre X ». C’est une plainte officielle, qui vise celui ou ceux qui ont commis ces actes, et la plainte sert à activer les recherches. Si l’on découvre le responsable, on remplacera X par son nom, mais d’ici là…On peut aussi « témoigner sous X ». Quelqu’un a été témoin d’une agression, mais il est un peu réticent pour témoigner ; c’est délicat, car quand on raconte ce qu’on a vu ou  entendu lors d’un procès, tout le monde sait qui vous êtes : le procès est public. En revanche, si l’on témoigne sous X, on le fait sans dire qui on est, sans dire son nom. Et pour ce témoignage anonyme, le témoin pourra être entendu à distance, filmé par une caméra, le visage caché, la voix transformée. C’est bien le sens de l’expression « sous X » : de façon anonyme, sans qu’on sache qui vous êtes, sans qu’on puisse vous reconnaître. On l’utilise dans d’autres contexte : on parle d’accouchement sous X par exemple, si une femme veut accoucher sans garder son enfant avec elle : il sera adopté ou confié à une institution qui s’en occupera, et ne connaîtra pas, plus tard l’identité de sa mère.

On voit dans ces deux exemples que la lettre X désigne souvent une personne qui ne veut pas révéler qui elle est. Si par exemple vous avez une petite amie, mais que vous ne vouliez pas dire qui c’est, vous pourrez dire : « Ah ce soir, je suis pris, je dîne avec mademoiselle X ». L’expression fait un peu sourire, elle est le plus souvent dite de façon plaisante, mais elle est courante. Et quand on parle d’un certain monsieur X, on est certain d’attiser la curiosité, envers cette personne, qui tient à son anonymat.

On peut se demander pourquoi cette lettre a un emploi semblable. Cela vient de l’histoire des sciences, et notamment des mathématiques. En algèbre, x désigne l’inconnue, le nombre qu’on ne connaît pas, dans une équation, mais qu’on cherche à trouver. x apparaîtra quand on aura résolu l’équation. On peut utiliser d’autres lettres dans une équation, a, b, c etc. Mais ces lettres représentent des nombres qu’on ne connaît pas, mais qu’on ne cherche pas. Alors que x, on cherche à le remplacer par sa valeur précise. Non seulement c’est l’inconnu, mais c’est celui dont on cherche à lever « l’incognito ».  

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 21/02/2013