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L'INDÉPENDANCE DE BAAZIZ

Le chant rebelle du rire


Paris 

28/06/2004 - 

Abdelaziz Bekhti, alias Baaziz, est Algérien. Il a de l’humour, chante les malheurs des petites gens et vient de publier son dernier album, intitulé Café de l’indépendance, en France où il vit en exil depuis cinq ans environ. Baaziz se veut humaniste et contestataire avec une dose d’humour inégalable.



Qu’est-ce qui vous rend si populaire en Algérie, y compris au niveau de la jeune génération ?
En fait, j’ai toujours dit qu’en Algérie, il ne fallait pas beaucoup de génie pour être populaire. Il faut juste avoir l’oeil, afin de dresser un constat de tout ce qui se passe dans le pays. Moi j’ai eu la chance de prendre une guitare à un moment et de pouvoir décrire la situation. Peut-être que les gens me sentent aussi proches d’eux parce que je parle leur langage. Je parle la langue du peuple, qui est le francarabe [ndlr : mélange de français et d’arabe dialectal, avec une dose de kabyle appliqué sur le dessus de temps à autre]. Je parle de leurs problèmes. Je dénonce l’injustice. Et je pense qu’ils se retrouvent dans ce que j’écris.

On vous prête un humour décapant. Alors que vous vous attaquez à des sujets qui ne sont pas très marrant en soi.
C’est un phénomène culturel chez les Algériens. Ce sont des méditerranéens. Ils rient de tout. D’ailleurs l’une des périodes les plus noires en Algérie, celle du terrorisme, est celle où il y a eu le plus de blagues. Je crois que c’est une sorte de réflexe pour survivre à ce qui se passe là-bas. Un moyen de survie… Chez moi, on peut rire de tout. On a ri du terrorisme. On a ri de la mort. Cela relève du combat pour la vie.

Votre dernier album, intitulé Café de l’indépendance, a été censuré par le pouvoir en Algérie. Il a même été saisi par la police à Constantine. Il faut dire que vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère. Un des morceaux porte le nom de Atika, qui est le petit nom donné au président Bouteflika, l’actuel président algérien, par ses détracteurs.
En Algérie, on m’a toujours toléré, parce que je faisais rire. Mais ce qui est grave en ce moment – je crois – c’est qu’ils ne rigolent plus. Ils prennent réellement ce que je dis au sérieux. Et ils ont envoyé la police pour saisir la cassette. La situation commence à prendre une tournure dramatique. On ne rit plus de nos problèmes.


On peut sans doute rire de tout mais pas avec n’importe qui …
Peut-être. Parce que je me rends compte, avec ce qui s’est passé dernièrement, qu’en Algérie, on ne peut pas rire avec n’importe qui. Je pense au président et à sa clique de mafieux.

Vous aimez bien la polémique ?
Oui. C’est culturel chez nous. C’est un peu "cherchellois". Ma ville est connue pour son opinion critique, toujours remplie d’humour. Je suis issu d’un milieu marin, où l’on critique tout avec le sourire.

Est-ce qu’il vous est arrivé depuis que vous êtes là, d’aller en Algérie ?
J’étais plus souvent en Algérie qu’en France, sauf ces derniers mois. Il paraît que je suis devenu indésirable et on me l’a fait comprendre avec la saisie de mon album.

On vous censure souvent ?
J’ai toujours été censuré. Sauf lorsque je correspondais à certaines conjonctures. Quand on voulait montrer que l’Algérie était démocrate, on me laissait quelques fenêtres ouvertes. Mais j’en ai toujours profité pour dénoncer, d’où l’affaire Baaziz à la télé algérienne.

L'affaire Baaziz ?
J’ai fait une chanson, Algérie mon amour, qui a réuni 32 chanteurs algériens en exil. Un cri d’amour pour ce pays. Un cri du coeur aussi pour la liberté et la démocratie. Elle a été récupérée par le système algérien et surtout par le président. Et là… on m’a fait une petite ouverture. On m’a invité dans une grande émission en direct, à une heure de grande écoute pour la chanter. J’ai pris tout le monde à contre-pied. J’ai interprété la chanson la plus interdite en Algérie sur les généraux, la mafia au pouvoir, les bandits qui nous dirigent, devant tous les officiels algériens et ça a donné l’affaire Baaziz.

Vous vous inscrivez dans une tradition de chansonniers, qui jouent à détourner les répertoires déjà consacrés. Une tradition qui s’appelle le "Maâkous" en Algérie …
Le Maâkous c’était en fait un chanteur algérien, Rachid Al Ksantini, qui reprenait des chansons de musette et de jazz pour critiquer la colonisation avec beaucoup de dérision. C’était contre l’occupant. Nous étions en 1940. Moi j’ai été fasciné par ce bonhomme et par son humour. Par son impact auprès de la population aussi. Il parlait l’arabe dialectal et le francarabe. Il avait un énorme succès. Je pense qu’il a réussi à changer plein de choses au niveau des mentalités avec ses chansons.

Baaziz Café de l’indépendance (Suave) 2004

Soeuf  Elbadawi