Le souffle de Charles Lloyd et le doigté de Keith Jarrett touchent le cœur du 1er Montreux Jazz Festival, lancé avec un audacieux budget de 8000 frs. Claude Nobs fait alors basculer le rêve dans la réalité un fameux 16 juin 1967 : le Montreux Jazz Festival est né.
Par la suite, les voix des éternelles - la divine Nina Simone en 68, Ella Fitzgerald en 69, la reine de la soul Aretha Franklin et Roberta Flack en 1971 - frissonnent encore dans les mémoires. Cette année marque l’incendie du Casino de Montreux durant le concert de Frank Zappa, dont la vue saisissante inspire au groupe Deep Purple son tube planétaire « Smoke on the Water ». Le mexicain Carlos Santana, fraîchement découvert à Woodstock, donne son 1er concert à Montreux en 1970. Amoureux des lieux, il ne cesse d’y revenir pour inaugurer chacune de ses nouvelles créations. La cause est définitivement entendue : agissant en pionnier, Montreux établit que le jazz est un nom générique, celui de toutes les musiques exaltantes, rythmées et enivrantes.
Miles Davis donne son premier concert en 1973 au Festival avant d’en devenir l’une de ses icônes. En 1974, l’Art Ensemble de Chicago est emmené par le trompettiste free Lester Bowie, alors qu’en 1975, la contrebasse de Charles Mingus et le saxophone d’Archie Shepp viennent méduser l’audience.
Le 10ème anniversaire en 1976 accueille notamment la « voix du Jazz » Al Jarreau, tandis que le mythique « Mountain Studio », choisi par les Rolling Stones pour enregistrer leur album « Black and Blue », s’installe au Casino.
Le Festival s’allonge et s’enrichit des musiques du Monde. En 1977, la France est à l’honneur avec Véronique Sanson. La collaboration avec le Festival de Sao Paulo apporte une note sud-américaine à Montreux et le Brésil impose sa nuit de carnaval jusqu’au petit matin dès 1978. Toute la Bossa et la Samba défilent à la suite de Gilberto Gil.C’est le début de l’exportation du label Montreux Jazz dans le monde.
La même année, Ray Charles, «The Genius», donne un concert historique avec Dizzy Gillespie. Après le Brésil, c’est au tour du reggae de faire sa grande entrée au Festival, pour une « reggae night » en 1979 avec notamment Jimmy Cliff et Dennis Brown. Chick Corea et Herbie Hancock joueront à 4 mains pour un concert mythique.
C’est en 1980 que Montreux s’associe au Festival de Detroit avec des artistes incontournables tels que Marvin Gaye, Santana et Elvis Costello. En 1981, le Godfather of Soul James Brown dynamite le Casino. Deux ans plus tard, Claude Nobs pour la 1ère fois en Europe un jeune texan du nom de Stevee Ray Vaughan après avoir lu une petite annonce dans un journal local texan. En moins d’un an, il devient une superstar, tournant dans les stades avec David Bowie. En 1984, Miles Davis fait son grand retour à Montreux et donne le meilleur concert de sa tournée. Il devient l’emblème du Festival.
Leonard Cohen, le maître du tango Astor Piazzola ou encore Nina Hagen enflammeront le Casino en 1985. Une année plus tard, pour son 20ème anniversaire, le Festival s’offre une affiche créée en tandem par Keith Haring et Andy Warhol tandis que le pop rock débarque à Montreux avec Eric Clapton and Friends dont Phil Collins est le batteur gentleman.
La troisième décennie devient synonyme de grands changements et d’éclectisme. Ce sont tout d’abord des années de transition avec le déménagement du Festival vers le Centre des Congrès et des Expositions en 1993 qui permet un nouveau départ et une véritable programmation à deux vitesses grâce à l’Auditorium Stravinski et au Miles Davis Hall. De plus, l’ensemble de la manifestation devient un véritable Festival dans la ville par les nombreuses animations sur les quais et la création du Montreux Jazz Café.
Ce sont ensuite des années riches par le foisonnement des événements musicaux et des stars. Ils sont réunis par la fougue de Quincy Jones, l’un des plus grands architectes du son du siècle, venu coproduire le Festival avec Claude Nobs. Sous l’ère Mister Q, le Festival programme Sting, BB King, Ray Charles, Tracy Chapman, Lalo Schifrin et l’unique concert de Miles Davis avec le Gil Evans Orchestra et le George Gruntz Concert Jazz Band sur les scènes montreusiennes.
Le Festival ouvre aussi ses portes aux nouveaux genres musicaux comme la world musique qui fait une entrée triomphale avec Cheb Mami et Youssou N’Dour en 1995 et comme le hip hop avec les nuits historiques de GangStarr, Ice T, Guru’s Jazzmatazz et Sens Unik dont George Clinton et Roy Ayers ont été les précurseurs.
La soirée d’ouverture de l’édition 1997 s’intitule « Legends » et rassemble les cinq géants Eric Clapton, Marcus Miller, Steve Gadd, David Sanborn et Joe Sample. Un certain Brad Mehldau, découvert au Petit Théâtre du Palace dans le cadre du « Montreux Acoustic » est propulsé sur la grande scène. La chanson française est quant à elle sublimée par le triomphe émouvant de Charles Aznavour, précédé par le fou chantant Charles Trenet. En 1998, l’islandaise Björk délivre avec relief son opus Homogenic, alors qu’Herbie Hancock retrouve les Headhunters. Vont se succéder par la suite R.E.M. et Alanis Morissette en 1999, la rencontre de George Benson avec Diana Krall en 2000 alors que les vibes grooves de Macy Gray irradient le public d’ondes positives.
Le nouveau millénaire s’ouvre sur le Montreux Jazz On Tour qui sillonne 20 villes des U.S.A. Dans cet esprit de découverte, d’ouverture et de partage, le Montreux Jazz Festival s’est associé au cours des années avec des festivals des quatre coins du monde. Prônant la musique comme média universel, Montreux affiche ainsi un éclectisme fertile. En 2002 le rock trouve sa Muse et l’îcone du Glamrock David Bowie soulève la poussière et s’offre au public. Cette même année est marquée par la publication d’un coffret rassemblant tous les enregistrements de Miles Davis à Montreux. En 2003, alors que la routine du quotidien est sublimée par Radiohead et The Streets, Morcheeba est découvert dans l’intimité de ses vocals chill molletonnés et la masse critique du Trip-Hop de Tricky alligne les flows du rap sur les riffs du rock. En 2004, le Festival revient à ses premières amours pour le jazz en réintégrant le Casino, cœur historique du Festival. La même édition voit la gent féminine de toute une nation tomber en pâmoison devant les accords sensibles de Jamie Cullum. Joss Stone devient l’idole soul de demain des kids, alors que le phénomène Hip-Hop Black Eyed Peas est découvert à Montreux. En 2005 on remonte aux Roots, on s’échappe dans la Havane du Buena Vista d’Ibrahim Ferrer, on s’électrise aux machines trop humaines de Kraftwerk et on s’attache au shock-rock brutal d’Alice Cooper, puis on sombre enfin dans les flamboyantes mélancolies d’Antony and The Johnsons et de James Blunt. en 2006, le Montreux Jazz Festival rend hommage à tous ces créateurs qui nous permettent de joindre le rêve à la réalité. Une anthologie réalisée par l’auteur britannique Perry Richardson fixe sur plus de 1200 pages les grands moments de cette « Ultimate Music Experience » et de la vie de son créateur : Claude Nobs.
A l'occasion du 40ème anniversaire du Montreux Jazz Festival,
L'épopée des Musiques Noires reçoit deux acteurs de cette aventure hors normes,
Stéphanie Aloysia Moretti, collaboratrice de Claude Nobs, et
Jean Pierre Leloir, photographe, témoin des premières heures du Festival !
→ Consultez le site du Montreux Jazz festival