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samedi 25 juillet 2009

Le crime de coup d’Etat paie, et plutôt bien !

par Jean-Baptiste Placca

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Au prochain sommet de l’Union africaine, Mohamed Ould Abdel Aziz pourra trôner, en toute souveraineté, dans le siège de la Mauritanie. Sur son passé de putschiste, on saura faire silence, comme pour nombre de ses nouveaux camarades, qui passent aujourd’hui pour des chefs d’Etat parfaitement respectables, alors qu’ils sont, eux-mêmes, d’anciens putschistes, légitimés par des élections plus ou moins crédibles. Pour ceux-là, les costumes et les boubous ne sont que des tenues de camouflage.

Le général Abdel Aziz est donc désormais « un président démocratiquement élu », comme se plaisent à le souligner ses partisans. Ses adversaires malheureux avouent, eux, que quelque chose leur a échappé et que, trivialement parlant, ils n’y ont vu que du feu. Ils évoquent, pêle-mêle, une fraude technologique, des votes chimiques, de la magie ou encore des ovnis (entendez : des objets votants non identifiés). En clair, s’il y a eu fraude, elle a été faite proprement, sans bavure.

La Cour constitutionnelle s’étant empressée de valider l’élection, les Mauritaniens n’ont plus qu’à s’y faire, même si tout cela leur laisse une impression de mascarade. Et ce n’est pas la démission du président de la Commission électorale qui les ôtera du doute, ce dernier affirmant avoir lui-même des doutes sur la fiabilité du processus.

Voilà donc le général Abdel Aziz parvenu à ses fins ! Son coup d’Etat d’août 2008 a désormais l’onction des urnes. Comme quoi, en Afrique, le crime de coup d’Etat paie, et plutôt bien !

Renversez qui vous voulez ! Prenez le contrôle de l’appareil d’Etat, et surtout des régies financières ! Face aux critiques et aux condamnations, faites le dos rond, le temps de bien verrouiller le système. Après quelques concessions mineures, vous pourrez organiser des élections, que vous gagnerez fatalement, grâce à la « technologie électorale ». Vous serez alors absous du péché originel, et pourrez rejoindre la grande famille de l’Union africaine.

Car si l’Organisation panafricaine avait réellement voulu dissuader les putschs, elle aurait prévu dans ses textes des clauses qui excluent de la course présidentielle tous ceux qui ont trempé dans un coup d’Etat.

Pourquoi donc le président Abdallahi, renversé par le général Abdel Aziz, a-t-il été mis sur la touche, alors que son tombeur, lui, a pu se présenter, avec, en plus, les moyens d’opérer… des miracles ?

Mohamed Ould Abdel Aziz a en tout cas vite appris. Il arrive dans le club des chefs d’Etats africains avec ce qu’il faut bien appeler de sérieuses références en matière électorale. On imagine qu’il sera beaucoup sollicité par certains de ses pairs.

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