Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Norvège

La mer, source d’énergie renouvelable

par Dominique Raizon

Article publié le 12/11/2007 Dernière mise à jour le 19/02/2008 à 14:17 TU

La pub montre une salière : « Nous cherchons la source d'énergie du futur depuis des années. Peut-être la réponse a-t-elle toujours été sous notre nez », proclame Statkraft, qui a décidé de construire sur les rives du fjord d'Oslo la première mini-centrale à eau de mer (ou «osmotique») au monde, une forme d'énergie propre.

Une licence a été attribuée à Statkraft sur le site de la municipalité de Hemnes, dans le nord de la Norvège, pour construire et exploiter le projet « <em>Kjensvatn power plant </em>.»(Crédit : Statkraft.com)

Une licence a été attribuée à Statkraft sur le site de la municipalité de Hemnes, dans le nord de la Norvège, pour construire et exploiter le projet « Kjensvatn power plant
(Crédit : Statkraft.com)

Dans une usine de Hurum, dans le sud de la Norvège, Statkraft projette de construire une minuscule centrale osmotique capable de produire de 2 à 4 kilowatts/heure, de quoi alimenter quelques ampoules. « Le prototype ne vise qu'à valider la technologie », précise Jon Dugstad. En cas de succès, une centrale à plus grande échelle, capable de produire de quoi alimenter environ 15 000 foyers en électricité, pourrait suivre dans les années qui viennent. Cette centrale pourrait, en théorie, selon ses promoteurs, produire jusqu’à la moitié de la consommation énergétique actuelle en Europe.

« C'est totalement neutre en émissions de CO² », met en avant Jon Dugstad, un haut-responsable de Statkraft. « Tout ce qu'on fait, c'est mélanger eau douce et eau de mer, sans rien ajouter dans un processus qui est parfaitement naturel », puisqu'il se produit partout où les rivières se jettent dans la mer. Explications et réaction du chercheur Gérald Pourcelly.

Gérald Pourcelly

Institut européen des membranes à Montpellier

« L'idée de récupérer de l'énergie à partir de la différence de concentration entre l'eau de mer et les rivières, remonte à environ une vingtaine d'années. »

écouter 1 min 0 sec

12/11/2007 par Caroline Lachowsky

Le surcroît de pression généré sur l'eau salée, elle-même préalablement pressurisée, peut alors être transformé en énergie via une turbine.

Selon Statkraft, l'énergie osmotique pourrait être compétitive aux alentours de 2015. Avec l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Afrique du Sud et certaines régions d'Amérique latine parmi les marchés considérés comme les plus prometteurs. « Ce n'est pas une lubie de chercheurs. A l'avenir, on sera, de toutes façons, amenés à exploiter toutes les sources d'énergie propres », commente Gérald Pourcelly, directeur de l'Institut européen des membranes affilié au CNRS.

Peu coûteuse et assurant une production constante ...

Le principal défi technologique se situe au niveau de la membrane, dont l'étendue et la perméabilité, permettant à l'eau douce de migrer vers l'eau salée sans que les particules de sel ne puissent faire le parcours en sens inverse, déterminent le niveau d'énergie produite. « Le problème, c'est qu'il faut que les surfaces d'échange, c'est-à-dire la membrane, soient extrêmement grandes pour recueillir suffisamment d'énergie. Cela va nécessiter de grandes quantités de membranes pour une énergie au m² relativement faible », estime Gérald Pourcelly.

D'une exploitation peu coûteuse une fois installée, l'énergie osmotique aurait aussi le mérite d'assurer une production constante, un gros avantage par rapport au solaire ou à l'éolien. Au fil des ans, Statkraft dit être parvenu, en laboratoire, à un flux (*)de 3 watts/m². « Nous pensons qu'il nous faut 5 watt/m² », indique-t-on chez Statkraft.  

L'inconvénient, toutefois, est d'ordre géographique, dans la mesure où de telles centrales nécessitent une certaine emprise au sol dans des zones souvent déjà fortement urbanisées, au point de jonction entre rivières et océans. Mais, souligne-t-on chez Statkraft, l'espace requis, soit l'équivalent d'un ou deux terrains de football pour une centrale de 160 gigawatts/heure, reste moindre en comparaison à la superficie d'un champ d'éoliennes capable de produire la même quantité d'énergie.

(*) Le flux, en électricité, correspond à la quantité d'énergie rapportée à la surface.