par David Kalfa
Article publié le 05/11/2008 Dernière mise à jour le 05/11/2008 à 13:58 TU
CFR Cluj-Bordeaux. 93e minute. Les Girondins mènent 2-1 en Roumanie. Le sort de cette rencontre de Ligue des champions est presque scellé. Mais Marouane Chamakh a encore de la ressource. L’attaquant marocain se lance dans un rush de 30 mètres balle au pied. Il résiste à la charge d’un, puis deux défenseurs et tire en déséquilibre. Le ballon, détourné par le gardien adverse, vient mourir sur le poteau roumain. Dommage...
Le visage émacié, le front rougi par les nombreux ballons déviés de la tête, Marouane Chamakh sort « cramé » de ce match viril : « Si j'avais marqué c'aurait été une grande satisfaction personnelle. Mais ce soir, l'important était de prendre les trois points. Maintenant, on est dans le bain. Quand il y a des gros matches, on est présent. »
Les joueurs de Cluj lui avaient promis l’enfer. Au match aller, le longiligne avant-centre s’était rendu coupable d’une vilaine semelle sur Tony. De Sousa et Cadu, les défenseurs centraux, ont exécuté la menace sans empêché Chamakh d’être décisif. C’est lui qui a glissé un ballon en profondeur pour Yoan Gouffran sur le premier but (1-0, 6e). Et c’est encore lui qui a provoqué le coup-franc permettant au Brésilien Geraldo Wendel de reprendre l'avantage (2-1, 38e).
Dur retour sur Terre
Il n'a manqué qu’une réalisation à Marouane Chamakh pour récompenser sa prestation admirable. Mais le Marocain n’en a cure : il a changé. Il n’est plus cet espoir de 19 ans obsédé par le but qui a débuté sa carrière professionnelle en 2003.
Le joueur a fait des erreurs. Et il le sait. Le 13 février 2005 restera sans doute un tournant dans sa jeune carrière. A la 41e minute d’un match de Coupe de France face au PSG, Chamakh marque et exulte. Il retire son maillot de joie et reçoit un second carton jaune synonyme d’expulsion. Stupide... Les Marine et Blanc seront éliminés par Paris. Le public girondin pardonnera difficilement cet écart. D'autant qu'un possible transfert chez le rival lyonnais n’arrange rien.
Le Lion de l'Atlas a de moins en moins le droit à l'erreur. L’euphorie l’entourant cède la place à l’aigreur. Son manque de réussite face au but est stigmatisé. Les critiques, parfois injustes, l’exaspèrent : « Je veux prouver à tout le monde que je n'ai pas baissé de niveau, que je ne me repose pas sur mes acquis et que ma marge de progression reste toujours importante. » (1)
La mutation
Marouane Chamakh redouble alors d’efforts. Fin 2007, il prolonge son contrat jusqu’en 2010 pour faire taire ses détracteurs. Un choix judicieux. Sous la direction de Laurent Blanc, le natif de Tonneins (Lot-et-Garonne) se relance. Il devient même indispensable à son équipe sans être, pourtant, un titulaire inamovible. Mais l’attaquant est régulièrement aligné pour la qualité de son jeu de tête, son aisance technique et son âme de combattant.
En 2007-2008, il n’inscrit certes que 4 buts et 32 matches de L1. Mais il est alors, le joueur du championnat de France qui subit le plus de fautes. Laurent Blanc en plaisante presque : « A la fin de chaque rencontre, il est couvert de bleus. On lui dit d’ailleurs de se préserver un peu sinon à trente ans, il va avoir de l’arthrose. » (2)
C’est dire son travail de sape sur les défenses adverses. L’Argentin Fernando Cavenaghi et la nouvelle star française Yoann Gourcuff profitent pleinement de son dévouement. Son impact reste négligeable aux yeux du public. Pourtant, il est LE pivot des Girondins (en attendant le retour de prêt du Malien Cheikh Diabaté). Celui prêt à relever tous les défis physiques. Le Marocain l’a démontré en crevant l’écran face à Cluj. Dans ce rôle de travailleur obscur qui lui va désormais si bien.
05/11/2008 à 13:57 TU