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Démographie

New Delhi «délocalise» ses bidonvilles

Les autorités municipales de New Delhi rasent les bidonvilles insalubres et repoussent la population le plus loin possible des quartiers résidentiels. 

		(Photo: Marie Perruchet/RFI)
Les autorités municipales de New Delhi rasent les bidonvilles insalubres et repoussent la population le plus loin possible des quartiers résidentiels.
(Photo: Marie Perruchet/RFI)
En 1950, une personne sur trois habitait en ville. En 2007, la moitié de la population mondiale sera urbaine, estimaient lundi les Nations unies dans un rapport publié à l’occasion du 3ème forum mondial urbain. En 2030, cette proportion passera à 60%. Jusqu’au 23 juin, plus de 8 000 délégués de 150 pays discutent au Canada, à Vancouver de l’avenir des villes, de l’urbanisation galopante, de la pauvreté et de la pollution dans les métropoles mondiales. Selon l’étude, Bombay et New Delhi, toutes deux classées au rang des méga-villes, avec une population actuelle dépassant les 10 millions, abriteront 20 millions d’habitants d’ici 2020. En Inde, 25% de la population urbaine n’a pas d’électricité, 37% n’a pas accès à l’eau potable.

De notre correspondante à New Delhi

New Delhi veut devenir une cité propre de rang mondial. Alors que, d’un côté, les ouvriers s’activent sous la chaleur à construire des ponts et des centres commerciaux, de l’autre, la municipalité a décidé de détruire plus de 18 000 logements « illégaux » et de nettoyer les colonies « spontanées ». Sur les bords de la rivière Yamuna qui traverse la ville, le gouvernement rase les bidonvilles, pour accueillir en 2010 les Jeux du Commonwealth et délocalise les logements précaires aussi loin que possible des quartiers résidentiels, à une trentaine de kilomètres du centre-ville.

Depuis qu'elle a été relogée dans une colonie à l'extrême sud de New Delhi, Sunita a vu ses dépenses augmenter. 

		(Photo: Marie Perruchet/RFI)
Depuis qu'elle a été relogée dans une colonie à l'extrême sud de New Delhi, Sunita a vu ses dépenses augmenter.
(Photo: Marie Perruchet/RFI)

Sunita a trente ans, et n’a pas la langue dans sa poche. « J’étais plus heureuse avant. Maintenant je dois payer un loyer, 22 roupies (40 cents d’euro) par mois. Pour aller aux toilettes je dois aussi payer une roupie. Alors je n’y vais pas toujours. » Originaire de l’Uttar Pradesh, l’Etat voisin le plus peuplé de l’Inde, elle est venue chercher du travail à New Delhi. Son mari est ouvrier journalier et elle, domestique dans un quartier aisé du sud de la ville, South Extension. Depuis qu’on l’a relogée à Gautam Puri, une colonie à l’extrême sud de New Delhi, elle dépense 600 roupies (11 euros) de plus dans les transports par mois. D’après Satish Sinha, coordinateur chez Toxics Links, une ONG environnementale, « c’est un inconvénient pour les ménages urbains, qui ont besoin des services fournis par les habitants des bidonvilles au quotidien. » Barbiers, livreurs de lait frais, conducteurs de vélo-rickshaws, professionnels du repassage, ils forment un tiers de la population, soit plus de 5 millions de personnes qui alimentent le commerce informel. Satish Sinha rajoute que « les transports en commun sont inexistants ou desservent très mal les colonies. Seul l’homme peut bouger et rentrer tard. A cause de la distance, la femme et les enfants restent à la maison, ce qui prive le ménage d’un salaire en plus ».

Pour le plus grand plaisir des porcelets et des mouches

Bloquée dans son minuscule habitat par manque de transports et de moyens financiers, Devia ne peut envoyer ses enfants à l'école. 

		(Photo: Marie Perruchet/RFI)
Bloquée dans son minuscule habitat par manque de transports et de moyens financiers, Devia ne peut envoyer ses enfants à l'école.
(Photo: Marie Perruchet/RFI)

Alors, dans ces maisons de 12 mètres carrés, où résident 25 000 personnes, on joint les deux bouts comme on peut avec un salaire approchant les 40 euros par mois. Devia, 22 ans, a le teint mat et le sari fluorescent des femmes du Rajasthan. Elle a deux enfants qu’elle n’envoie pas à l’école, « trop chère ». La journée elle discute avec les voisines, bloquées comme elle dans leur minuscule habitat, jauni par les rafales de poussières qui balaient la capitale à l’approche de la mousson. Gérée par une association, l’eau arrive dans la colonie, tout comme l’électricité, mais « le système de drainage ne fonctionne pas bien ». Pour le plus grand plaisir des porcelets et des mouches qui virevoltent parmi les détritus.

Reste que pour le gouvernement, ces relocalisations sur des terrains gouvernementaux ont un coût. D’après Vijay Dhar, professeur à l’Institut national des études urbaines de New Delhi, les « relocalisés » participent à leur déménagement dans un logement en brique à hauteur de 100 euros, les 730 euros restant sont pris en charge par les autorités. Mais constate-t-il, « pas grand-chose n’a été fait jusqu’à présent ».

De l’autre côté de l’artère routière, on passe du coté « illégal ». Sanatan est Bengali, il tient un petit commerce de mini doses de shampooing, de cigarettes et de chips. Un emplacement stratégique, situé le long de la voie ferrée, là où les passagers descendent du train. Lui, ne paie pas de loyer et se procure eau et électricité par des moyens détournés. Il fait partie des rares habitants à avoir survécu à la vague de démolitions dirigée par le gouvernement mais, lassé, il n’a pas reconstruit son abri de fortune, contrairement à Urmela, 38 ans, qui vit ici depuis 20 ans. Occupée à chasser les poux de la tête de sa fille, elle se montre obstinée : « la seule chose que je veux, c’est une stabilité et un avenir pour mes enfants. » Chaque mois elle envoie ses trois adolescentes dans un collège de Defence Colony, un quartier huppé de la capitale, pour 75 roupies (1,40 euro) par mois et par enfant. Ses filles n’ont rien à envier aux écolières des quartiers résidentiels. Le cheveu lissé et la tunique repassée, elles sont aussi coquettes que leurs camarades.



par Marie  Perruchet

Article publié le 21/06/2006Dernière mise à jour le 21/06/2006 à TU