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Organisation mondiale de la santé

La Chinoise Margaret Chan va diriger l'OMS

Margaret Chan, directrice générale de l'OMS. 

		(Photo : AFP)
Margaret Chan, directrice générale de l'OMS.
(Photo : AFP)
Elle fut directrice des services sanitaires de l'ancienne colonie britannique Hong Kong. Le Dr Margaret Chan, qui avoue n’avoir épousé la médecine que par dépit, va accéder au poste de directeur général de l’agence onusienne. Le choix du Conseil exécutif de l’OMS n’a pas été remis en question par l’Assemblée mondiale de la Santé: Margaret Chan a été désignée mercredi, parmi cinq candidats finalistes, pour succéder au Sud-Coréen Lee Jong-Wook, décédé le 23 mai dernier.

Le Dr Margaret Chan va devenir la première ressortissante chinoise à diriger une agence onusienne. Choisie mercredi par le Conseil exécutif de l’OMS, sa désignation devra, jeudi, être ratifiée à la majorité des deux tiers des votants par l’Assemblée mondiale de la santé réunie en session spéciale.

Onze candidats d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Sud briguaient la succession du Sud-Coréen, Lee Jong-Wook, décédé au printemps dernier à 61 ans. Lundi, après avoir auditionné chaque postulant pendant une heure, cinq candidats avaient été pré-sélectionnés par le Conseil exécutif. Ce dernier est composé des représentants de 34 pays élus par l’Assemblée mondiale de la Santé, forte quant à elle de 193 Etats membres.

Mercredi, le même Conseil exécutif a arrêté son choix sur Margaret Chan.  Le Dr Chan a été élu au 4ème tour avec 24 voix contre 10 en faveur du ministre mexicain de la Santé, Julio Frenk, mais dès le premier tour de scrutin, le Dr Chan avait pris l’avantage. Au 3ème tour, elle n’avait plus que le ministre mexicain comme concurrent, le Japonais Shigeru Omi, l’Espagnole Elena Salgado et le Koweïtien Kazem Behbehami ayant été éliminés.

Deux défis, la grippe aviaire et le Sras

Entrée en 1978 au département de la Santé de Hong Kong, elle en prend la direction en 1994 et met alors en place un nouveau système de prévention et de promotion de la santé. Elle développe en particulier le programme de surveillance des maladies transmissibles et accroît la collaboration aux niveaux local et international. En 1997, l’efficacité de sa politique est mise à épreuve : une épidémie de grippe aviaire touche pour la première fois l’homme, faisant six victimes à Hong Kong. Le Dr Chan prend alors la décision radicale de faire abattre la totalité des volailles élevées dans l’ancienne colonie britannique, soit 1,4 millions de têtes, pour empêcher la propagation du virus H5N1. Cette initiative suscite aussitôt un tollé à Hong Kong mais l’ensemble de la communauté internationale salue une initiative qui a permis d’empêcher la propagation de la maladie dans le monde.

En 2003, toujours en poste à Hong Kong, le Dr Chan doit faire face à un autre défi, une épidémie de pneumonie atypique -le syndrome respiratoire aigu sévère (Sras). La maladie mystérieuse y fait quelque 300 morts, parmi lesquels des personnels médicaux soignant les malades, semant immédiatement la panique en Asie et dans le monde. Margaret Chan ayant rejoint l’OMS dès 2003, elle ne gère la crise en Asie qu’au tout début. Dans un premier temps, la presse locale dénonce une réaction lente, confuse et inefficace des autorités sanitaires. Les conclusions des enquêtes diligentées par la suite citeront son nom, plusieurs de ses supérieurs hiérarchiques seront sanctionnés, mais Margaret Chan échappera à tout blâme. Mieux, sa gestion personnelle sera considérée comme une des clefs qui a permis de contenir l’épidémie.

En 2005, le Dr Chan est promu, à 59 ans, au poste de représentante du directeur général de l’OMS chargé de la grippe aviaire. L’accession du Dr Chan à la direction de l’OMS, un an après, marque ainsi l’apogée d’une ascension remarquable, en particulier pour une femme qui a avoué n’avoir épousé la médecine que par dépit. «En tant qu’Asiatique traditionnelle, j’ai suivi mon mari», avoue Margaret Chan qui, à l’origine, souhaitait être professeur mais qui a décidé de s’inscrire à la faculté de médecine de l’Université Western Ontario, au Canada, pour suivre son époux.

«Un recul de l’influence diplomatique de la France»

Contre toute attente, le candidat français, le Dr Bernard Kouchner, qui avait mené une campagne active et qui figure parmi les médecins français les plus médiatisés (il a créé Médecins sans frontières en 1971), ne faisait pas partie des cinq noms en lice. Le quotidien Libération rapporte les propos d’un diplomate amer affirmant que «La France met pourtant beaucoup d’argent [à l'OMS], tant en bilatéral qu’en multilatéral. Pourtant nous n’avons pas réussi à convaincre. D’autres pays s’imposent».

D’après Libération, le fait même que Kouchner n’ait pas fait partie des finalistes signe un désaveu, «un recul de l’influence diplomatique de la France dans les instances internationales». Et le journal de souligner que «des pays d’ordinaire ‘amis’, tels ceux de l’Afrique subsaharienne, n’ont pas voté pour lui. Quelques jours auparavant, il est vrai, s’était tenu un sommet Chine-Afrique». En Chine, le ministre de la Santé, Gao Qiang se félicite quant à lui de ce choix, déclarant que «Margaret Chan Fung Fu-chun a de l’expérience, du caractère et de plus, elle représente le peuple chinois».



par Dominique  Raizon

Article publié le 08/11/2006 Dernière mise à jour le 08/11/2006 à 17:20 TU