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Editorial politique

Patrons voyous : la dénonciation

Patrice Biancone 

		(Photo RFI)
Patrice Biancone
(Photo RFI)

Généralement l'indignation des salariés est à son comble au mois d'avril. Une période qui précède les assemblées générales d'actionnaires et pendant laquelle nos responsables politiques font mine de découvrir ce qu'ils connaissent par coeur, à savoir qu'un patron d'un grand groupe qui quitte son poste - qu'il ait eu des résultats ou non, que l'entreprise se porte bien ou pas -, bénéficie d'un «golden parachute», autrement dit d'indemnités très confortables qui lui enlèvent toute angoisse de l'avenir. C'est le partage travail-capital à la Française qui fait débat. C'est la rémunération du capital - le capital qui mérite manifestement beaucoup plus que le travail - qui est posée.

Et c'est aussi tout le drame de la France, qui accepte, sans accepter totalement, une économie de marché et qui se réveille régulièrement au printemps pour dire son écoeurement de voir que ce capitalisme est un capitalisme de connivence. Sinon comment expliquer, par exemple, les indemnités de Noël Forgeard après sa déconfiture à la tête d'EADS ? 8,4 millions d'euros et 297 000 stock-options. C'est beaucoup pour quelqu'un dont la gestion aboutit à la suppression de 10 000 emplois...

«Immoral», «scandaleux» se sont donc écriés, sans surprise, les candidats à l'élection présidentielle, pensant tenir là une position. Mais tous n'ont pas une idée sur ce qu'il convient de faire pour mettre fin au scandale ainsi dénoncé. Ségolène Royal propose de faire connaître les salaires des grands patrons, c'est peu. A l'UMP, on dit vouloir empêcher un patron de lever ses stocks-options en cas d'échec, c'est un minimum. Quand à François Bayrou, il va un peu plus loin en proposant une loi de moralisation de la vie économique qui a peu de chances de voir le jour, la brutalité médiatique de cette séquence économique rappelant, d'une bien curieuse façon, que finalement, malgré les discours, l'inégalité est assez bien acceptée dans notre beau pays dès lors qu'elle est assortie du mérite.

Cette polémique, dans tous les cas, montre qu'un candidat en campagne peut aussi se taire, et on notera la discrétion de Nicolas Sarkozy sur le sujet. Lui qui a été ministre de l'Economie et des Finances du gouvernement Raffarin, lui qui veut réconcilier les français avec l'entreprise, n'a jamais jugé bon, à l'époque où il était à Bercy, d'agir dans le sens défendu aujourd'hui par l'UMP, ce qui montre bien que tout est affaire de circonstances...


par Patrice  Biancone

[12/04/2007]

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