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Timor oriental

Investiture de Ramos Horta

Timor oriental 

		(Carte : RFI)
Timor oriental
(Carte : RFI)

Le nouveau président José Ramos Horta est investi ce dimanche 20 mai. Symboliquement, la cérémonie d’investiture coïncide avec le cinquième anniversaire de la naissance de cette jeune nation. Partagés entre espoirs et désillusions, les Timorais comptent sur l'arrivée du nouveau chef de l'Etat pour stabiliser le pays et le sortir du marasme économique. La pauvreté chronique s’intensifie, les élites sont divisées et les experts redoutent une poursuite des violences. Des combats de rues entre bandes rivales armées de machettes ont fait, les 15 et 16 mai, une vingtaine de blessés à Dili, la capitale.


Les 520 000 électeurs du Timor oriental ont bel et bien plébiscité José Ramos Horta le 9 mai dernier, lors de la première élection présidentielle depuis l’indépendance. Porté au pouvoir avec 69% des suffrages exprimés, José Ramos Horta, entre officiellement en fonction ce dimanche, succédant à Xanana Gusmão, le héros national qui ne se présentait pas pour un deuxième mandat.

Voix de la résistance timoraise sur la scène internationale durant l’occupation indonésienne (1975-1999), prix Nobel de la paix, chef de la diplomatie après l’indépendance, José Ramos Horta avait été nommé Premier ministre en 2006, à la place de Mari Alkatiri représentant de l’aile marxiste du Fretilin, parti historique qui a incarné la lutte pour l’indépendance, obligé à la démission dans un contexte de crise sociale et politique. Aujourd’hui, José Ramos Horta accède à la magistrature suprême et porte les espoirs du peuple timorais. Reste que le nouveau président dispose d’une capacité d’action réduite.

La Constitution du Timor oriental, ancienne colonie portugaise, n’accorde que peu de pouvoir au chef de l’Etat. Il est le garant des institutions et dispose d’un pouvoir de veto des textes législatifs adoptés par le Parlement. Tout dépendra donc de l’entente du chef de l’Etat avec son futur Premier ministre, désigné 18 mai, Estanislau da Silva.  Celui-ci occupait le poste de vice-Premier ministre et ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Ramos Horta. Estanislau da Silva dirigera un cabinet transitoire jusqu’aux élections législatives, le 30 juin prochain.

Depuis 2001, le Parlement timorais est dominé par le Fretilin (55 députés sur 88). Le contexte aujourd’hui semble moins favorable pour le Fretilin. Ainsi, Francisco Guterres, à la fois président du parti et président du Parlement, vient d’essuyer une cuisante défaite à la présidentielle, n’ayant réussi à recueillir que 31% des suffrages exprimés face à José Ramos Horta, bien loin des 57% obtenus lors des élections pour l’Assemblée constituante en 2001. La bataille va être d’autant plus difficile pour le Fretilin que lors des législatives du 30 juin prochain ce parti devra compter avec l’arrivée sur la scène politique d’un nouveau parti, récemment créé par l’ancien président Xanana Gusmão.

Une pauvreté accrue

Les enjeux sont de taille pour les nouveaux dirigeants. Dans cette jeune nation, 53% de la population a moins de 17 ans. Une jeunesse qui aspire à de meilleures conditions de vie. L’enthousiasme au moment de l’indépendance a laissé la place à la désillusion. Cinq ans après, la majorité de la population continue de vivre dans la pauvreté, un cinquième dispose de moins d’un dollar par jour.

Plus jeune Etat membre des Nations unies, le Timor oriental occupe la dernière place des pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) sur le plan du développement humain. Il est également placé au 142e rang des 177 pays inclus dans le rapport sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour 2006.

Dans son dernier rapport intitulé «La voie pour sortir de la pauvreté : le développement rural intégré», le PNUD conclut que «même si le pays est libre politiquement, ses habitants demeurent encore enchaînés par la pauvreté». La moitié de la population timoraise n’a pas accès à l’eau potable. Soixante nourrissons sur 1 000 meurent avant d’avoir atteint leur premier anniversaire. Et l’espérance de vie, évaluée à 55,5 ans en 2004, ne s’est pas améliorée depuis. Ce rapport recommande que les revenus anticipés du pétrole et du gaz soient affectés au développement rural pour tirer le plus jeune pays du monde hors de la pauvreté. 80% de la population du pays dépendent de l’agriculture. Et des dizaines de milliers de personnes déplacées à la suite des émeutes de 2006 vivent toujours dans des camps de réfugiés dans des conditions précaires.

En pleine campagne électorale pour les législatives, de nouvelles violences ont éclaté, les 15 et 16 mai, à Dili, la capitale. Des affrontements entre deux groupes d’environ une centaine de personnes. Quatre maisons ont été incendiées, une voiture brûlée. Des policiers onusiens, appuyés par les militaires de la force internationale déployée dans le pays, sont intervenus. Dix-sept personnes ont été arrêtées. Les Nations unies se sont déclaré «préoccupées» par la situation. Des responsables du Fretilin ont affirmé que les maisons détruites appartenaient à des partisans du parti. Des accusations démenties par l’Unpol, la police de l’Onu au Timor oriental, selon laquelle ces violences n’avaient pas de motivations politiques. Ces incidents, qui viennent se rajouter à d’autres qui ont eu lieu le 13 mai dans deux villages de l’intérieur du pays, où des maisons ont été brûlées, révèlent cependant la forte tension et font craindre aux observateurs une poursuite des violences.



par Elisa  Drago

Article publié le 19/05/2007 Dernière mise à jour le 19/05/2007 à 10:59 TU