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Energie/Gaz

Le gaz : un regain d'énergie pour les pays de l'Est !

par Marina Mielczarek

Article publié le 27/02/2008 Dernière mise à jour le 27/02/2008 à 17:35 TU

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev (à gauche) et le président bulgare Georgi Parvanov (à droite), le 18 janvier 2008 à Sofia.(Photo: AFP)

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev (à gauche) et le président bulgare Georgi Parvanov (à droite), le 18 janvier 2008 à Sofia.
(Photo: AFP)

Moscou signe ce jeudi un accord gazier avec Budapest. Cette coopération scellera la volonté hongroise de participer à la construction du gazoduc South Stream, bête noire des Etats-Unis et de l’Union européenne (dont la Hongrie fait partie), engagés dans un projet concurrent.

Cinquante/Cinquante ! Russes et Hongrois créeront une société mixte spéciale South Stream. L’entreprise chargée de construire la partie hongroise du tuyau est vue d’un très mauvais œil par Bruxelles.

L’Union européenne cherche coûte que coûte à diminuer sa dépendance vis-à-vis de la Russie en diversifiant ses sources et ses canaux énergétiques. C’est dire si cette signature arrive au mauvais moment. En tout cas pour l’Europe qui ne peut pas jouer la candide puisqu’elle savait que ce projet South Stream lui pendait au nez et lui retomberait donc dessus un jour ou l’autre.

Pourquoi ? Parce que la rumeur était déjà en fin d’année dernière dans les tuyaux ! Et que le bruit de couloir s’est concrétisé en janvier dernier par la voix du Premier ministre bulgare et du probable successeur du président Poutine. Les deux dirigeants étaient alors en visite en Bulgarie et paraphaient un projet de nouveau pipeline russe sous la mer Noire, d’un montant de 10 milliards de dollars, incluant des pays de transit comme la Grèce et l’Albanie, un projet appelé South Stream !

South Stream, un serpent à deux têtes 

Fruit d’une union entre le géant russe Gazprom et le gazier italien ENI, South Stream a été conçu pour contourner deux pays politiquement « gênants » pour Moscou, l’Ukraine et la Pologne, en recherche d’un surcroît d’autonomie vis-à-vis du Kremlin. 

C’est donc sur la Bulgarie que Moscou s’est penché pour dessiner sa nouvelle carte énergétique. Les Russes ont réussi à persuader les Bulgares. Un pacte est né pour faire de la Bulgarie le pays phare de South Stream puisque en sortant de la mer Noire (en provenance de la Russie), aboutissant donc en Bulgarie, South Stream s’y partagerait alors en deux branches. L’une continuant en ligne droite vers l’Italie en passant par la Grèce et l’Albanie, l’autre allant vers le nord-ouest, en direction de la Roumanie, de la Hongrie et de la Slovénie.

Le tracé des gazoducs North Stream et South Stream.(Carte : L. Mouaoued/RFI)

Le tracé des gazoducs North Stream et South Stream.
(Carte : L. Mouaoued/RFI)

Moscou n’a jamais caché ses intentions. La Russie possède déjà un gazoduc qui évite l’Ukraine et la Pologne mais par le haut, le nord, sous la mer Baltique appelé pour cette raison Nord Stream.

Alors pourquoi un deuxième pipeline ? Le Russe Dmitri Medvedev l’avait dit à son homologue bulgare mais il le répète dès qu’il en a l’occasion. Pour la Russie, plus il y aura de South Stream ou de Nord Stream, mieux ce sera. Ils permettent à Moscou de différencier les constructions par rapport aux gazoducs actuels, bâtis à l’époque du bloc soviétique et dépendants de l’Ukraine et de plusieurs régions satellites de l’ancienne URSS.

South Stream, un sacré rival européen

Quelle mauvaise passe pour l’Union des 27 et les Etats-Unis ! Washington a placé de grands espoirs et de grandes sommes aussi dans Nabucco. Un grand consortium de six compagnies mondiales prévu pour transporter le gaz du Nord de l’Irak, d’Azerbaïdjan et du bassin d’Asie Centrale. Estimé à 6 milliards de dollars, sa construction doit débuter (du moins sur le papier) dès l’an prochain.     

En signant son pacte avec Moscou autour de South Stream, la Hongrie plombe les efforts de l’Union européenne engagée aux côtés des Américains dans la construction de Nabucco, le seul pipeline européen indépendant de la Russie.

L’Europe a donc bien tenté de contrecarrer la manœuvre entre Russes et Hongrois mais rien n’y a fait. Et c’est d’ailleurs pour éviter les sanctions et prévenir toute polémique que le Premier ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany a tenu à préciser il y a trois jours : « Ce projet de société mixte entre Budapest et Moscou ne mettra pas en péril la réalisation du projet Nabucco ! ».

Position vraiment délicate pour l’Union européenne qui joue sur deux tableaux. L’un avec les Etats-Unis autour de Nabucco, l’autre à coups d’accords bilatéraux avec le géant Gazprom. La France, l’Allemagne et l’Italie en tête avec cette coopération de son gazier ENI dans le projet South Stream.

South Stream, un frein aux espoirs de l’Europe

Accusée de monopoliser les approvisionnements énergétiques de son client européen, la Russie est aussi réputée pour entraver et verrouiller les tuyaux gaziers concurrents venant d’Asie centrale. Avec cette étape supplémentaire vers la construction effective de South Stream, Moscou montre là son omnipotence et ancre plus solidement encore sa volonté d’imposer sa propre vision des choses !

La preuve, la rivalité entre le projet de Gazprom (South Stream) et son équivalent Européen Nabucco se joue en Hongrie, certes mais également en Serbie, un allié du Kremlin. 

Les deux projets de gazoduc étant conçus pour passer par les Balkans, la Russie a récemment marqué un point grâce aux désaccords autour de l’indépendance (sous condition) du Kosovo. Les Serbes, farouchement opposés à Washington et Bruxelles depuis la proclamation récente de nouveau statut du Kosovo n’ont pas hésité une seule seconde, lundi dernier, devant le vice-Premier ministre russe.

Reçu à Belgrade, Dmitri Medvedev est reparti document en main : un accord entre la compagnie gazière Gazprom et sa partenaire serbe, la Srbijagas.