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Italie

Il Fatto, le sursaut de la presse italienne

par Béatrice Leveillé

Article publié le 22/09/2009 Dernière mise à jour le 22/09/2009 à 16:57 TU

Il Fatto, «Le Fait » en français, est un nouveau quotidien lancé, ce mercredi, en Italie par des journalistes qui viennent de la presse d’opposition. Il Fatto se veut indépendant de tout pouvoir politique ou économique et résolument anti-Berlusconi.

Le nouveau journal italien, <em>Il Fatto</em>, sera dans les kiosques le mercredi 23 septembre 2009.(Photo : antefatto.it)

Le nouveau journal italien, Il Fatto, sera dans les kiosques le mercredi 23 septembre 2009.
(Photo : antefatto.it)

« Il ne faudrait pas que l’on ait une opposition et des médias qui chantent quotidiennement la chanson du défaitisme et du catastrophisme. (…) Ne confiez plus votre publicité a ceux qui se comportent de cette manière ».

Silvio Berlusconi aux jeunes industriels italiens, le 13 Juin 2009

La relation entre Silvio Berlusconi et les médias n’a rien d’un conte de fée. Le Premier ministre italien s’est appuyé sur son empire médiatique  pour se hisser et se maintenir au pouvoir, ce qui lui vaut une haine tenace de la part d’une autre presse, celle qui ne lui appartient pas et qui ne se soumet pas.

En contrôlant  presque toutes les grandes chaînes nationales: les trois canaux de Mediaset et au moins deux des trois chaînes du service public,  le Président du conseil italien devrait se sentir à l’abri des médias mais affecté par la publication de ses relations avec de très jeunes femmes, il poursuit deux quotidiens de gauche la Repubblica et l’Unità devant les tribunaux et s’en prend sans relâche aux autres médias d’opposition. 

En juin, Sylvio Berlusconi a demandé aux jeunes chefs d’entreprises de ne pas faire de publicité  dans les médias de « gauche »   trop défaitistes. Coupables d’informer, et notamment de publier  ses frasques « sentimentales », certains journaux donnent d’après lui  une image négative de l’Italie à l’international.

Ses  tentatives d’intimidations et ses  provocations ont déjà  suscité bon nombre de réactions. Un groupe de citoyens s’est  cotisé pour acheter une pleine page dans La Repubblica. « La presse ne peut être assujettie à aucune censure »,  rappellent-ils en citant la constitution italienne.

«  Il a même attaqué directement le quotidien  La Repubblica, en l’accusant d’être le chef de file d’une planification subversive. C’est la première fois en Occident qu’un chef du gouvernement altère la libre concurrence en invitant à boycotter les journaux qui ne lui plaisent pas! » Poursuivent-ils en dénonçant des méthodes qui n’ont plus rien à voir avec la démocratie.

Même le Vatican s’est  ému de l’attitude du Cavaliere.  Le cardinal Angelo Bagnasco, président de la Conférence épiscopale italienne vient de  rappeler les déclarations du pape Benoît XVI sur « l'importance des valeurs éthiques et morales en politique ».

Le directeur du journal de la Conférence épiscopale italienne EI Avvenire, Dino Boffo, avait critiqué dans des éditoriaux le comportement du chef du gouvernement, ses relations supposées avec des mineures et  des prostituées. Sous le coup d'attaques répétées d'un quotidien de la famille Berlusconi, il a du démissionner. Le cardinal Bagnasco est revenu sur cet événement: "nous avons encore en mémoire un épisode amer qui, injustement dirigé envers une personne dédiée à donner une voix à notre communauté, a fini par nous toucher tous un peu. La violence de l'attaque ne peut qu'être une nouvelle fois stigmatisée".

Les journalistes d’Il Fatto viennent rejoindre le dernier bastion de journalistes qui résistent à la toute puissance de Silvio Berlusconi.

Un nouveau journal qui a pour cible Silvio Berlusconi

 Il Fatto , « Le fait », a été créé en réaction aux attaques du Président du conseil italien contre la presse d’opposition ou plutôt ce qu’il en reste. Le nouveau quotidien  se veut indépendant de tout pouvoir politique ou économique mais les journalistes qui se sont rassemblés pour réagir disent-ils  aux «tirs d'artillerie de Silvio Berlusconi contre la presse d'opposition» viennent de cette presse d’opposition. Des journalistes connus et expérimentés qui comptent, au-delà des frasques sexuelles du chef du gouvernement italien, s’attaquer à ses relations avec la mafia et s’intéresser à l’origine de sa fortune. Un programme ambitieux pour lequel ils se sont adjoint les services des deux meilleurs avocats du droit de l’information de la place italienne. Une précaution indispensable pour durer.       

Le journal, qui comportera seize pages en couleur et sortira six jours sur sept pour un prix de 1,20 euros, est lancé « sans aucun soutien financier public ». Le capital social de 600 000 euros est réparti entre des entrepreneurs (70%), sans actionnaire de référence, et les journalistes (30%), qui détiendront une minorité de blocage. A terme, le grand public sera également invité à acquérir des parts du journal.

Le futur journal compte déjà 27 000 abonnés, « ce qui traduit  une attente » d’après ses fondateurs. Il sera  aussi disponible sur internet - les 2/3 des abonnés, notamment des jeunes, ont choisi ce mode de lecture - et à terme, un site internet sera adossé au titre pour  «donner des nouvelles directes de la réalité quotidienne» des Italiens.