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Somalie

Retour à Mogadiscio du président Salat Hassan

Elu président quelques jours plus tôt, à Djibouti, Abdoulkassim Salat Hassan est rentré mercredi 30 août en Somalie, accompagné d'une forte délégation de parlementaires, en dépit de l'hostilité des principaux chefs de guerre qui depuis dix ans se sont opposés à tout pouvoir central.


C'est au moment où nul ne l'attendait, que le nouveau président somalien Salat Hassan a choisi de rentrer au pays, accompagné de nombreux miliciens mais aussi de dizaines de leaders traditionnels et membres du Parlement fraîchement élu. Débarqué à l'aéroport militaire de Balidoglé (situé à quelque 90 km de Mogadiscio), le président a aussitôt pris la route de la capitale, escorté par des dizaines de véhicules militaires.

Le cortège a été applaudi à son passage par de nombreux Somaliens qui s'étaient massés tout au long de la route qui mène à Mogadiscio, en passant par Afgoi. Une route qui avait été auparavant investie par des véhicules armés appartenant à une milice favorable au nouveau président et qui avaient pris soin de "sécuriser" également l'aéroport. Autant dire que si ce retour est apparu comme inopiné et inattendu à de nombreux observateurs étrangers, il ne l'était sans doute pas pour les habitants de Mogadiscio et de ses environs, las des exactions interminables des "seigneurs de la guerre" qui se disputent la capitale depuis près de dix ans.

En fait -et c'est un premier tournant important- les miliciens qui gardaient jusque là l'aéroport au nom de Hussein Mohammed Aidid, ennemi déclaré du nouveau président, ont changé de bord ces derniers jours, et réservé un accueil enthousiaste à Salat Hassan. Au moment où Mohammed Aidid et Osman Hassan "Atto" (l'autre "grand seigneur de guerre") étaient absents de la Somalie. Ceux-ci sont en effet depuis quelques jours au Yemen, où le président Ali Abdallah Saleh tente en vain de les convaincre de rallier le nouveau président que les principaux chefs traditionnels et des représentants de la société civile somalienne ont choisi. Salat Hassan a été élu président dans la ville djiboutienne d'Arta par une assemblée nationale de transition, après quatre mois de longues discussions, pour mettre un terme au vide de pouvoir qui prévaut depuis le départ précipité du dictateur Syad Barre, en 1991, et à la guerre inter-clanique qui s'en suivit.

Pauvreté persistante

Ancien ministre de l'intérieur de Syad Barre, et comme lui membre du clan Haber Guedir -bien implanté dans la partie méridionale de Mogadiscio-, mais aussi fils d'un chef traditionnel, le nouveau président devrait rester quelques jours dans la capitale, avant de se rendre à New York, pour participer à l'Assemblée générale des Nations-Unies. Il pourrait ensuite décider de s'établir dans la ville de Baidoa. Dans toute cette région, il peut compter sur le soutien des membres des tribunaux islamiques, ainsi que sur des centaines de miliciens qui contrôlent le sud de la capitale et le cours inférieur du Shebele.

Son élection a été saluée presque partout à l'étranger, à commencer par l'Union européenne et la quasi totalité des pays voisins, mais elle est loin de faire l'unanimité en Somalie. Outre les "chefs de guerre", les deux régions du nord qui ont proclamé leurs indépendance -le Somaliland et le Puntland- ont d'ores et déjà déclaré leur hostilité au nouveau président. "Si le gouvernement mis en place par Djibouti essaie d'utiliser la force, il subira une défaite et une humiliation historiques", a déclaré à Hargueïsa Mohammed Ibrahim Egal, qui dirige le Somaliland. Mais les ponts ne semblent pas complètement coupés entre ces deux "républiques auto-proclamées" et le nouveau président. Ibrahim Egal et Salat Hassan se sont même rencontrés très récemment, et une large autonomie est prévue pour ces régions.

Oubliée de tous et abandonnée quelque peu à son sort, notamment au lendemain de la désastreuse expédition militaire américaine en 1995, la Somalie n'a été que partiellement touchée par une longue guerre inter-clanique qui a provoqué la ruine de la capitale et empêché tout pouvoir central. En dehors de la capitale, les vallées du Shebele et du Juba -les deux principales rivières du pays- peuvent toujours assurer d'importantes productions agricoles dans le sud de la Somalie. Si la sécheresse et les inondations ne viennent pas compromettre les récoltes. Ailleurs l'autorité traditionnelle a permis à de nombreux Somaliens de survivre tant bien que mal, grâce notamment au commerce, une activité dans laquelle les Somaliens ont toujours brillé.

De nombreux businessmen ont même profité de l'absence de l'état central pour se livrer à des contrebandes en tous genres, y compris dans la plupart des pays voisins. Une économie de plus en plus autarcique s'est ainsi peu à peu installée: elle profite tout autant aux chefs de guerre qu'aux sultans traditionnels. Selon des experts, actuellement les Somaliens ne vivent pas plus mal que les Zambiens ou les Tanzaniens. La plupart d'entre eux demeurent néanmoins dans un état proche de la pauvreté et ne sont toujours pas à l'abri de nouvelles famines ou sécheresses.



par Elio  Comarin

Article publié le 30/08/2000