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Thaïlande

Le milliardaire qui veut sauver la Thaïlande

Thaksin Shinawatra, le magnat des télécoms thaïlandais, est arrivé largement en tête aux élections législatives de samedi dernier. Cependant la victoire du milliardaire pourrait être de courte durée car il est accusé de malhonnêteté financière qui pourrait le priver de ses droits civiques durant cinq ans.
De notre correspondant à Bangkok

Jamais dans l'histoire politique moderne de la Thaïlande, un candidat au poste de Premier ministre n'avait emporté les élections législatives d'aussi belle façon. Les résultats encore officieux donnent le parti «Les Thais aiment les Thais» du magnat des télécoms Thaksin Shinawatra largement vainqueur avec plus de la moitié des sièges sur les 500 de la Chambre des représentants.

Six ans après avoir fait une entrée plutôt désastreuse dans le monde politique, Thaksin tient sa revanche : «je vais enfin pouvoir travailler pour servir le pays», déclarait-il rayonnant samedi soir au quartier général de son parti. Lassés de la politique prudente et sans éclat du parti démocrate au pouvoir, déçus de ne pas voir venir la reprise économique, les Thaïlandais ont voté massivement pour celui qui se présentait comme l'homme du renouveau. Avec dans l'idée, comme le disait un électeur à la sortie du bureau de vote, qu'il faut «lui donner une chance de montrer ce qu'il sait faire».

Aux yeux des Thaïlandais, Thaksin Shinawatra, 51 ans, incarne l'idéal type de l'homme d'affaires sino-thaïlandais qui a réussi, le self made man qui s'est battu à la force du poignet pour terrasser la concurrence. Thaksin n'est pourtant pas l'entrepreneur audacieux dont il essaie de se donner l'image. Il a fait l'essentiel de sa fortune grâce à des concessions publiques et des monopoles accordés par le gouvernement. Policier de formation, titulaire d'un doctorat en droit pénal obtenu aux Etats-Unis, il a démarré dans les affaires au début des années 80. Il obtient en 1987 une concession de 20 ans pour exploiter un réseau de téléphone portable. Cela sera la pierre angulaire de son conglomérat, Shinawatra Corporation, qui étend ensuite ses activités aux satellites, à l'immobilier et aux médias.

Thaksin risque d'être privé de ses droits civiques

Ses débuts en politique en 1994 ne sont guère probants. Les Thaïlandais se souviennent de sa promesse, en tant que vice-Premier ministre, de résoudre l'épineux problème des embouteillages de Bangkok «dans les six mois», engagement qu'il n'avait pas pu tenir. Le tournant intervient quand il crée le parti «Thai Rak Thai» en 1998 au plus fort de la crise économique. Les Thaïlandais frustrés par l'effondrement brutal de l'économie se reconnaissent dans cette formation «nationale populiste» qui fustige les étrangers «venus racheter le royaume au rabais».

Thaksin est très sûr de lui-même, persuadé de pouvoir résoudre la plupart des problèmes du royaume en dirigeant le pays «comme un PDG gère une entreprise». Beaucoup craignent aussi qu'il ait du mal à séparer ses affaires de la direction du pays, qu'il ne puisse pas «résister à sa propre nature». «Jamais personne n'avait revendiqué aussi agressivement la direction du pays après avoir fait étalage pendant des années de son idéologie de businessman», constate un économiste.

Cette double attitude a d'ores et déjà mis Thaksin dans de sérieux ennuis. Il a été reconnu coupable le mois dernier par la commission anti-corruption d'avoir tenté de dissimuler sa richesse dans un état de son patrimoine remis alors qu'il quittait le gouvernement en 1997. Si la cour constitutionnelle confirme la sentence, Thaksin sera interdit d'activité politique pour cinq ans. Une grave crise politique en perspective.



par Arnaud  Dubus

Article publié le 08/01/2001

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