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Grèce

Le Premier ministre grec prépare sa sortie

Le Premier ministre socialiste grec a présenté sa démission de la présidence du Pasok et la tenue d’élections législatives anticipées pour le 7 mars. Costas Simitis veut imposer son ministre des Affaires étrangères à la tête de la formation et espère ainsi écarter la menace d’une alternance au profit des conservateurs de la Nouvelle-Démocratie, dirigée par Costas Caramanlis. On lui prête également des ambitions européennes alors que la présidence de la Commission de Bruxelles sera bientôt renouvelée et que Romano Prodi, débarrassé de ses responsabilités communautaires, pourrait entamer à la faveur des prochaines échéances politiques italiennes une carrière nationale. Une partie de chaises musicales de haut niveau est attendue au cours de ces prochains mois au sein de l’Union.
Selon les tendances, la presse grecque oscillait entre deux thèses jeudi : la désertion ou la responsabilité. A l’image du Elefthéros Typos, les journaux de droite écrivent que «M. Simitis abandonne le navire Pasok en train de sombrer», tandis que ceux de la gauche non communiste, comme Elefthérotypia, estime qu’il accroît «les chances de victoire du parti socialiste». Dans le tintamarre médiatique grec, le journal communiste Rizospastis se distingue en renvoyant le Pasok à ses responsabilités d’avoir mené, selon lui, une «politique anti-populaire» et d’avoir «été l’un des inspirateurs de la politique réactionnaire et néo-libérale».

A cet égard, le Pasok n’échappe pas aux critiques qui accablent les partis socialistes de l’Union, accusés d’avoir sacrifié au fil du temps leurs idéaux, et leurs programmes sociaux, sur l’autel du libéralisme communautaire. Et c’est bien sur cet écueil que pourrait butter le Pasok, usé par 23 années de pouvoir, à l’exception d’une parenthèse conservatrice de 3 ans, entre 1990 et 1993.

Le Premier ministre sortant est néanmoins fier du travail accompli en duo avec son ministre des Affaires étrangères. La Grèce a énormément changé au cours de ces dernières années, tant sur le plan intérieur que d’un point de vue diplomatique. Sous leur direction, à partir de 1996, Athènes réforme sa vie publique, assainit ses finances, modernise son économie, prend ses distances avec le pouvoir de l’église orthodoxe, combat le terrorisme, rompt avec le nationalisme sourcilleux qui avait prévalu jusqu’alors et entame le rapprochement avec Ankara tout en veillant à ne plus prêter le flanc à la critique dans le conflit voisin des Balkans. La Grèce devient un «bon élève» de l’Europe : elle rejoint l’Union économique et monétaire et obtient l’adhésion de Chypre à l’ensemble, œuvre encore partiellement inachevée mais dont la perspective est encourageante. Elle soutient le projet de constitution. Enfin c’est Athènes qui accueillera cet été les prochains Jeux Olympiques.

L’Europe en fin de carrière

Reste que le pari est risqué. En dépit d’une imposante cote de popularité, puisqu’il totalise plus de 70% de bonnes opinions, Georges Papandréou va se retrouver à la tête d’un parti qui n’incarne plus l’esprit de résistance légué par ses grand-père et père, les fondateurs aujourd’hui disparus de la dynastie, Georges et Andréas Papandréou. Si le congrès extraordinaire du Pasok, convoqué pour le 6 février, entérine la décision, la Grèce inaugurera une formule inédite dans sa longue vie politique : la désignation de l’héritier par le sortant. Le calcul est simple : les socialistes grecs espèrent que la popularité du nouveau leader compensera la perte d’influence du parti, donné perdant dans tous les sondages.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La sortie de Costas Simitis de la vie publique nationale, à 67 ans, pourrait signifier le début d’une carrière européenne pour l’ancien Premier ministre grec. On lui prête l’ambition de succéder à Romano Prodi, qui termine son mandat à la tête de la Commission de Bruxelles dans un an. Il affronte une vive concurrence tant à gauche, avec le Finlandais Paavo Lipponen, qu’à droite, avec le Premier ministre belge Guy Verhofstadt ou le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Le Premier ministre irlandais a annoncé mercredi qu’il entamerait sans tarder les consultations avec les gouvernements des 25 Etats membres pour désigner son successeur, alors que Romano Prodi, lui, envisagerait de retourner à Rome affronter le président du Conseil italien sortant, Silvio Berlusconi.



par Georges  Abou

Article publié le 08/01/2004