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Israël

Le «traître» Vanunu libéré

Rien ne prédestinait ce fils de rabbin à devenir l'ennemi public numéro 1 de l'Etat hébreu. 

		(Photo AFP)
Rien ne prédestinait ce fils de rabbin à devenir l'ennemi public numéro 1 de l'Etat hébreu.
(Photo AFP)
Condamné en 1986 à dix-huit années de prison pour «espionnage et trahison», Mordechaï Vanunu aura purgé la totalité de sa peine. Accueilli mercredi en héros par quelque 300 pacifistes mais aussi en traître par nombreux de ses concitoyens venus l’attendre à la sortie de la prison de Shikma dans le sud du pays, cet ancien technicien nucléaire a affirmé ne rien regretter. Il s’est même déclaré «fier et heureux» d’avoir dévoilé les secrets nucléaires d’Israël.

Dix-huit années de prison, dont onze passées dans un isolement total, n’auront pas réussi à briser la personnalité de Mordechaï Vanunu. A peine sorti, l’homme a défié le gouvernement israélien en participant à une conférence de presse improvisée et ce malgré la pression des agents de sécurité qui ont tenté à plusieurs reprises de l’interrompre. Brandissant le V de la victoire, l’ancien technicien nucléaire a assuré être «fier et heureux» d’avoir levé le voile, il y a maintenant dix-huit ans, sur les capacités nucléaire de l’Etat hébreu en fournissant à un journaliste du Sunday Times des photos et des plans de la centrale de Dimona. «A tous ceux qui me qualifient de traître, je dis que je suis fier et heureux d’avoir fait ce que j’ai fait», a-t-il lancé dans une ambiance chaotique. Plusieurs centaines de pacifistes, parmi lesquels le prix Nobel de la paix irlandais Mairead Maguire et plusieurs députés britanniques, avaient en effet le voyage jusqu’à la prison de Shikma dans le sud d’Israël pour l’accueillir à sa sortie tout comme plusieurs dizaines de ses détracteurs. L’ancien technicien nucléaire a donc fait ses premiers pas d’homme libre sous les fleurs des uns et les crachats des autres.

Aujourd’hui âgé de 50 ans, Mordechaï Vanunu n’a semble-t-il rien perdu de sa verve. La presse israélienne a en effet publié de larges extraits d’un entretien qu’il a accordéquelques jours avant sa libération aux services de sécurité israélien dans lequel il ne renie rien de son passé. «Je ne suis ni un traître, ni un espion. J’ai seulement voulu faire connaître au monde ce qui se passait», a-t-il ainsi expliqué. «Je ne regrette rien car j’ai agi selon ma conscience», a-t-il également précisé, ajoutant que le réacteur de Dimona devait être détruit comme l’a été en 1991 celui d’Osirak en Irak, bombardé par l’aviation israélienne. Sur le plan politique, l’homme qui se présente comme un défenseur de la cause arabe, a martelé à ses interlocuteurs qu’«il ne devrait pas y avoir d’Etat juif et qu’il devrait y avoir un seul Etat palestinien». Selon lui «les Juifs et les Palestiniens devraient pouvoir vivre où ils veulent». Ces déclarations, qui ont également été diffusées à la télévision israélienne, n’ont pas été de nature à réhabiliter Mordechaï Vanunu auprès de ses concitoyens qui le considèrent en majorité comme un traître. Les Israéliens étaient d’ailleurs très divisés sur l’opportunité de sa libération puisque, selon un sondage publié mercredi par le quotidien Haaretz, 47% d’entre eux ont estimé qu’il ne fallait pas le remettre en liberté.

Un fils de rabbin converti au christianisme

La vie de Mordechaï Vanunu est digne d’un roman noir. Rien ne prédestinait en effet ce fils de rabbin, né au Maroc, à devenir l’ennemi public numéro 1 de l’Etat hébreu. Arrivé en 1963 en Israël avec sa famille, le jeune homme y poursuit des études d’ingénieur. Après trois années de service militaire dans une unité du génie, il entre en 1976 comme technicien nucléaire à la centrale de Dimona. Son engagement contre la guerre du Liban en 1982 et ses positions pacifistes éveillent les soupçons des ses supérieurs qui le mutent dans un nouveau département moins sensible –il était chargé du contrôle du niveau de radiation dans le bâtiment, ce qui lui permettait de se déplacer pratiquement partout– avant de le licencier en 1985. Il quitte Israël en janvier 1986 pour un tour du monde au cours duquel il se convertira au christianisme. Dans ses bagages, il transporte des photos clandestines du site de Dimona qu’il remettra à un journaliste du Sunday Times rencontré en Australie et qui accepte de raconter son histoire. La publication en septembre 1986 d’informations sur le programme nucléaire de l’Etat hébreu provoque la colère des Israéliens qui ont toujours affirmé qu’ils ne seraient jamais les premiers à introduire des armes nucléaires au Moyen-Orient. Cette question a en effet toujours été taboue même s’il ne fait aujourd’hui aucun doute qu’Israël possède l’arme atomique. Et de nombreux experts internationaux chiffrent d’ailleurs entre 100 et 200 têtes nucléaire l’arsenal israélien.

La «trahison» dont s’est rendu coupable Mordechaï Vanunu ne pouvait rester impunie aux yeux des autorités israéliennes qui ont attiré le jeune ingénieur dans un traquenard digne d’un roman d’espionnage. Quelques semaines après la publication de l’article du Sunday Times, le jeune homme, âgé à l’époque d’une trentaine d’années, arrive à Rome à l’invitation de la blonde «Cindy», une touriste américaine rencontrée «par hasard» à Londres. Il a en fait affaire à un agents des services secrets israéliens. Il sera drogué puis enlevé par une équipe du Mossad avant d’être conduit à bord d’un yacht en Israël. Son sort aurait pu être bien pire puisque l’ancien patron du renseignement israélien a récemment révélé avoir songé à «éliminer discrètement» Vanunu. Jugé à huis clos, il sera condamné à dix-huit ans de prison qu’il purgera sans la moindre remise de peine.

Aujourd’hui Mordechaï Vanunu est un homme libre mais sa liberté retrouvée est toute relative. Il ne pourra en effet pas quitter le territoire avant une année, les autorités israéliennes estimant que son départ pour l’étranger est «susceptible de porter atteinte à la sécurité de l’Etat». Dans un communiqué, le ministère de la Défense a en outre précisé que l’ancien technicien nucléaire «ne pourra pas s'approcher des ports et qu’il lui sera interdit de nouer des contacts sans autorisation préalable avec des citoyens et résidents étrangers et qu’il devra fournir immédiatement une liste des étrangers avec lesquels il est susceptible d’entrer en contact pour que ces contacts puissent être autorisés éventuellement après examen». Il ne pourra pas non plus se servir de téléphone satellite ou utiliser le réseau Internet. Il sera en outre étroitement surveillé par les services israéliens. Plusieurs organisations de défense de droits de l’Homme se sont vivement élevés contre ces restrictions.

Mais à peine sorti, Mordechaï Vanunu a d’ores et déjà bravé plusieurs de ces restrictions puisqu’il s’est non seulement adressé aux pacifistes étrangers venus l’accueillir et qu’il s’est également à l’église Saint-George de Jérusalem-Est alors que ses déplacements ont été restreints à la seule ville de Tel Aviv. Dix-huit ans après, tous les ingrédients pour une nouvelle affaire Vanunu semblent réunis.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 21/04/2004 Dernière mise à jour le 21/04/2004 à 15:09 TU

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Avraham Poraz

Ministre de l'Intérieur d'Israël

«C'était une erreur dès le départ d'Israël d'avoir des implantations dans Gaza.»

[21/04/2004]

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