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Togo

La succession est anticonstitutionnelle

Le général Gnassingbé Eyadéma en 1973.(Photo : AFP)
Le général Gnassingbé Eyadéma en 1973.
(Photo : AFP)
Les réactions à la mort du président Gnassingbé Eyadéma n’ont pas été uniquement des messages de condoléances adressés aux autorités togolaises qui ont décrété deux mois de deuil national; elles ont surtout été des rappels à l’ordre constitutionnel.

Alors que le président de l’Assemblée nationale du Togo, Fambaré Natchaba Ouattara, successeur constitutionnel du président de la République, en cas de vacance du pouvoir, était à l’extérieur du pays au moment de l’annonce du décès du général président, le haut commandement des Forces armées togolaises a procédé au remplacement du président défunt en désignant son fils, Faure Gnassingbé, jusque là ministre des Mines, de l’équipement et des télécommunications, comme le nouveau  président du Togo. 

Agé de 39 ans, Faure est progressivement devenu la pièce maîtresse  du  « système » mis en place par son père. Discret et  avisé il a gagné la confiance de son père qui a trouvé en lui le conseiller financier idéal. Formé en France et aux Etats-Unis en gestion et dans les finances, il était devenu le comptable des « affaires de la famille » dont les membres sont à de nombreux postes clés, de la haute administration aux grandes entreprises et sociétés d’Etat ou privatisées. Le contrôleur des intérêts du clan qu’il était, avait également un œil sur le financement du Rassemblement du Peuple togolais (RPT), le parti créé par son père dont il est également un député.

Sa désignation « brutale » à la tête de l’Etat, n’est pas étonnante. « L’ordre des choses » souhaité par son père faisait de lui son dauphin. Les élections législatives anticipées, prévues au plus tard en avril 2005, comme voulu par Gnassingbé Eyadéma, devraient consacrer Faure Gnassingbé au poste de président de l’Assemblée nationale, donc comme successeur constitutionnel du président de la République, si un malheur arrivait à son père. Mais ce malheur est arrivé trop tôt, précipitant défenseurs et barons du régime à exaucer « la volonté du général ».

Le fait accompli

Cette irruption de l’armée sur la scène politique exprime plusieurs volontés : la continuité du régime et le classement du processus de négociations engagé avec les partis d’opposition. En se plaçant au-dessus de la Cour constitutionnelle, qui aurait dû constater la vacance du pouvoir, et en s’opposant à l’application des dispositions légales prévues, c’est aussi une remise en cause générale du processus de démocratisation que soulignent les Forces armées togolaises. Si la légalité constitutionnelle s’applique, le président de l’Assemblée nationale togolaise, Fambaré Natchaba Ouattara devrait assurer l’intérim de la présidence de la République et organiser dans les 60 jours une élection présidentielle. Or, ce dernier se trouve à Cotonou (Bénin), et ne souhaite pas rentrer à Lomé tant que « la situation ne serait pas stabilisée », rapporte l’AFP citant une source diplomatique béninoise.                       

Les partis d’opposition refusent le fait accompli et multiplient les conciliabules. Par exemple, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Yaovi  Agboyibo, après des réunions entre les cadres du parti, le 6 février, appelle à un retour rapide à la légalité constitutionnelle avec la mise place « d’une transition consensuelle ». Yaovi Agboyibo se rendait en fin d’après-midi du 6 février, à une réunion avec les deux autres partis de l’opposition , l’Union des forces de changement (UFC), dont le leader est Gilchrist Olympio, et la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) de Léopold Gnininvi. La position de Gilchrist Olympio, en exil à Paris, est aussi l’observation d’une période transitoire devant déboucher « des élections présidentielle et législatives sous l’égide de la communauté internationale ». Selon l’UFC cette période transitoire devrait  servir à corriger et à revoir les conditions « d’éligibilité subrepticement modifiées par Gnassingbé Eyadéma ». Pour sa part, le Comité togolais de résistance d’Isidore Latzoo, basé à Paris, ne souhaite pas que l’avenir du Togo se débatte dans les capitales européennes et prône plutôt « une mobilisation nationale et populaire des Togolais eux-mêmes ». 

En tout cas l’Union africaine, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), l’Union européenne dénoncent la succession imposée par l’armée togolaise. Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU demande le stricte respect de la constitution, tout comme Paris ou Londres qui demande, par ailleurs, à ses ressortissants de s’abstenir d’aller au Togo, pour l’instant et invite les résidents à la discrétion et à la vigilance. Thabo Mbéki, président sud-africain, Olusegun Obasanjo, le président du Nigeria et président en exercice de l’UA ont aussi clairement désavoué ce croche-pied fait à la constitution par l’armée togolais.


par Didier  Samson

Article publié le 06/02/2005 Dernière mise à jour le 07/02/2005 à 13:47 TU

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Antoine Glaser

Rédacteur en chef de <EM>La lettre du Continent</EM> (une revue spécialisée sur l'Afrique)

«Gnassingbé Eyadéma était vraiment le plus français des chefs d’Etats africains.»

Elikia Mbokolo

Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Afrique

«Avec la mort du président togolais Eyadéma, c’est une page de l’Afrique qui se tourne.»

Catherine Murcier

Responsable de région Afrique à Amnesty International

«Le Togo a désespérément besoin d’une coopération avec l’Union européenne.»

Alpha Oumar Konaré

Président de l'Union africaine

«L’Union africaine ne peut pas souscrire à une prise de pouvoir par la force.»

Gilchrist Olympio

Opposant togolais

«Rien n’a changé, la lutte continue !»

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