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Corée du Nord

Nucléaire : la volte-face de Pyongyang

Kim Jong-il a annoncé que son pays pourrait reprendre sous certaines conditions les pourparlers multilatéraux.(Photo: AFP)
Kim Jong-il a annoncé que son pays pourrait reprendre sous certaines conditions les pourparlers multilatéraux.
(Photo: AFP)
Moins de deux semaines après avoir claqué la porte aux négociations sur son programme nucléaire, la Corée du Nord semble être revenue à de meilleures dispositions. Le numéro un du régime stalinien, Kim Jong-il, est –chose rare– intervenu pour laisser entendre que son pays pourrait, sous certaines conditions bien sûr, reprendre les pourparlers «à six» interrompus en septembre dernier et auxquels participent la Corée du Sud, la Chine, le Japon, la Russie et les Etats-Unis. Ce revirement de Pyongyang intervient après un séjour de quatre jours dans la capitale nord-coréenne d’un haut responsable chinois, dépêché par Pékin pour tenter de dénouer la crise.

Sur le fond, rien n'a véritablement changé. La Corée du Nord n’est en effet toujours pas revenue à la table des négociations et pose toujours des conditions à la reprise des discussions sur son programme nucléaire. Et les dernières déclarations de Kim Jong-il sont loin de présager une reprise immédiate du processus interrompu il y a près de six mois tant le dirigeant du régime le plus fermé au monde a pris soin d’éviter de s’engager dans quoi que ce soit. Alors que Pyongyang avait pourtant annoncé haut et fort le 10 février dernier qu’il se retirait sine die des négociations sur le démantèlement de son arsenal atomique, Kim Jong-il a affirmé que non seulement son pays ne s’opposait pas aux pourparlers mais qu’il ne s’en était jamais retiré. «La position de la Corée du Nord sur une péninsule coréenne dénucléarisée et sur une résolution pacifique de la question par le dialogue demeure inchangée», a-t-il notamment affirmé avant d’ajouter que «si les conditions pour la quatrième session des pourparlers à six étaient réunies alors la Corée du Nord reviendrait à n’importe quel moment à la table des négociations».

Mais si ces déclarations du numéro un du dernier régime stalinien n’annoncent pas une reprise immédiate du processus initié en 2003 par la Chine, elles n’en marquent pas moins un certain infléchissement de la position nord-coréenne. Les pressions de Pékin qui a dépêché la semaine dernière à Pyongyang le directeur du département des liaisons internationales du Parti communiste n’y sont sans doute pas étrangères. Wang Jiarui a ainsi probablement convaincu ses interlocuteurs, au premier rang desquels Kim Jong-il, que les menaces de sanctions économiques avancées par Tokyo et Séoul étaient à prendre très au sérieux. Plus d’un tiers de la population de Corée du Nord est en effet nourri par l’aide internationale. Le responsable chinois a également dû faire passer le message capital que les Etats-Unis ne feraient aucune concession tant que les négociations «à six» n’auraient pas repris. La secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a en effet encore une fois réclamé le week-end dernier que Pyongyang abandonne toute condition préalable à une reprise du dialogue multilatérale sur la question du démantèlement de son arsenal nucléaire.

Le projet de Pyongyang déjoué

Cet attachement américain à des négociations multipartites, que le pouvoir de Kim Jong-il s’est toujours acharné à ne pas prendre au sérieux, met en tout cas un terme au projet de Pyongyang de traiter directement avec Washington. Prenant le prétexte que les Etats-Unis occupent toujours une partie de la péninsule coréenne –quelque 37 000 GI’s stationnent en effet en Corée du Sud– le régime stalinien défend en effet l’idée que seules des discussions avec l’administration Bush permettraient de faire avancer les pourparlers sur son programme nucléaire. Il espère par ce biais arracher davantage de concessions financières et diplomatiques aux Américains, comme cela a été le cas avec l’administration Clinton qui à partir de 1994 s’était engagée à fournir à Pyongyang une centrale nucléaire civile et des livraisons de pétrole en échange de l’arrêt total de ses activités nucléaires. Mais en 2002, la révélation de l’existence d’un programme d’armement clandestin avait conduit à l’arrêt des aides américaines et surtout à la mise au ban de la Corée du Nord classée par le président George Bush parmi les états de l’axe du mal.

Aujourd’hui, en acceptant de reprendre sous certaines conditions les pourparlers multilatéraux, le régime de Kim Jong-il ne fait que revenir à la situation qui prévalait avant l’annonce le 10 février de son retrait sine die de ces discussions. A la différence près cependant que la balle est désormais dans le camp américain. L’administration Bush affirme pourtant avoir fait plusieurs propositions lors de la dernière session de pourparlers, en juin dernier. Washington aurait notamment concédé à Pyongyang des garanties de sécurité et une aide en échange d'un démantèlement progressif de son programme nucléaire. Mais la Corée du Nord, qui a boycotté le quatrième round de discussions prévu en septembre, n’aurait toujours pas donné sa réponse.  

Pour Peter Beck, de l’institut de recherche International crisis group, les dernières déclarations de Kim Jong-il «sont un pas de plus dans la direction d’un retour à la négociation même si nous n’en sommes toutefois pas encore là». Selon lui, «il faudra voir dans les jours à venir voir comment les Etats-Unis et la Corée du Nord vont sauver la face».


par Mounia  Daoudi

Article publié le 22/02/2005 Dernière mise à jour le 22/02/2005 à 17:33 TU