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Transport aérien

Ciel gris au-dessus de la Camair

©Cameroon airlines
©Cameroon airlines
Un administrateur provisoire a été désigné à la tête de la compagnie aérienne nationale pour mener à son terme le processus de privatisation. Le gouvernement a opté pour une «scission-liquidation». Mais il plane encore comme un clair-obscur sur les modalités pratiques de ce choix.

De notre correspondant à Yaoundé

Sans doute un clin d’œil en direction des bailleurs de fonds. La décision intervient quelques jours seulement après le passage au Cameroun d’une équipe des experts du Fonds monétaire international dans le cadre d’une mission délicate pour les autorités. Le gouvernement semblait n’avoir pas conjuré les démons des «dérapages budgétaires» qui ont conduit en août 2004, à un refroidissement des relations entre Yaoundé et l’institution de Bretton Woods : depuis le mois de janvier, début de l’ exercice budgétaire, le ministère de l’Economie et des finances avait déjà soutenu pour quelque 4 milliards de FCFA, une compagnie financièrement sinistrée, et menacée de quasi paralysie par une grève du personnel revendiquant des arriérés de salaires.

Dans ces conditions, la nomination de l’administrateur provisoire vient mettre un terme à cette pratique, et relancer le processus de privatisation de la compagnie, victime pendant de longues années, des hésitations du gouvernement. Ce dernier avait déjà annoncé son option pour une «scission-liquidation». Dans les six prochains mois –l’hypothèse la plus optimiste–, Paul Ngamo Hamani, devrait rendre sa copie, après avoir clairement établi la part des actifs de la Camair voués à la liquidation d’une part, et celle jugée saine. Selon toute vraisemblance, les actifs sains devraient constituer le socle de création d’une nouvelle compagnie aérienne, qui pourrait être privatisée plus tard.

Certains experts entrevoient un actionnariat de la nouvelle compagnie, entièrement ou majoritairement détenu par l’État. D’autres espèrent que le gouvernement diversifiera la géographie du capital de cette nouvelle compagnie. «Il serait plus judicieux pour le gouvernement d’ouvrir le capital de la nouvelle compagnie à un noyau dur d’opérateurs économiques nationaux réputés sérieux. Une telle option est stratégique pour le transport à l’intérieur du pays », souligne M. Babissakana, Ingénieur financier et directeur du cabinet Prescriptor, l’un des plus en vu du pays.

Un tableau de bord plus que sinistré 

En attendant d’y voir plus clair, plusieurs spécialistes s’accordent déjà à affirmer que le choix du schéma de «scission-liquidation» traduit une volonté claire de l’État du Cameroun de ne pas abandonner le transport aérien aux seuls intérêts privés. Pas même à «Air Cemac», la compagnie aérienne sous-régionale de l’Afrique centrale qui est en gestation, et dont Royal Air Maroc est déjà considéré comme le partenaire stratégique. Du moins pour l’instant.

Pour autant, le scénario gouvernemental est, de l’avis de nombre de spécialistes, loin de se dérouler sous un ciel serein. Et pour cause. La compagnie affiche un tableau de bord plus que sinistré : quatre immeubles de moyenne importance en tout ; aucun avion en propriété si ce n’est le Dja, un Boeing 767, détenu selon des estimations à hauteur de 20% dans le cadre d’une opération de leasing, mais en panne depuis de longs mois ; une dette évaluée à quelques 70 milliards FCFA vis-à-vis de créanciers aussi divers que les pétroliers, l’Agence pour la sécurité et la navigation aérienne (Asecna), les Aéroports de Paris (ADP), etc.

Ce qui fait dire à certains que le gouvernement aurait dû envisager un autre schéma de redressement de la compagnie. «L’État aurait dû reprendre à son compte cette dette tout en recapitalisant à hauteur de 6 milliards FCFA. Ce qui aurait permis de reconfigurer la flotte avec un long courrier et trois moyens courriers, en sorte de mettre prioritairement l’accent sur les lignes domestiques, d’intensifier le trafic sous-régional, et de s’en tenir qu’à une ligne vers l’Europe à partir de Paris », regrette Etienne Ntsama, ancien ministre des Finances, ex-président du Conseil d’administration de la Camair, et consultant respecté.

Des propositions bien connues des plus hautes autorités de l’État qui ont chois la Société financière internationale (SFI, une filière de la Banque mondiale) comme conseiller pour le processus. Ce qui n’est pas allé sans soulever quelques critiques s’agissant d’un «conseiller» qui avait aidé à conduire la privatisation de l’ex-Société nationale d’électricité du Cameroun. Une privatisation largement vilipendée.


par Valentin  Zinga

Article publié le 28/02/2005 Dernière mise à jour le 28/02/2005 à 14:19 TU