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Etats-Unis

Rice veut reconquérir l’Amérique du Sud

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a entamé mardi une tournée en Amérique du Sud qui la conduira successivement au Brésil, en Colombie, au Chili et au Salvador.(Photo : AFP)
La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a entamé mardi une tournée en Amérique du Sud qui la conduira successivement au Brésil, en Colombie, au Chili et au Salvador.
(Photo : AFP)
La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice réalise une tournée en Amérique du Sud au cours de laquelle elle espère resserrer certains liens distendus sous le premier mandat du président américain George Bush. Elle a commencé son périple mardi par le Brésil, avant de se rendre en Colombie, au Chili puis au Salvador.

Le dossier de l’Equateur est le premier sur la pile de dossiers qui vont accompagner la première visite en Amérique du Sud de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice. Le Brésil, où elle a entamé mardi une pérégrination de cinq jours qui l’emmènera ensuite en Colombie, au Chili puis au Salvador, semble en effet vouloir profiter de sa venue pour avertir Washington des risques de déstabilisation découlant de la politique prônée par Washington chez ses alliés. C’est le cas de l’Equateur, un pays à l’économie dollarisée à la tête duquel se trouvait jusqu’à la semaine dernière Lucio Gutierrez. Ce président, à qui une grande partie du peuple reprochait une attitude trop servile vis-à-vis des Etats-Unis, a été destitué le 20 avril après le déclenchement d’importantes manifestations de protestation. Sans faire directement allusion au sort du président équatorien déchu, Condoleezza Rice a d’ailleurs insisté avant son départ sur l’instabilité chronique que connaissent certains pays de la région. «En Amérique du Sud, nous avons le double défi de soutenir la démocratie et d’alléger la pauvreté», a expliqué Mme Rice.

Le rôle important joué par le Brésil dans la crise équatorienne, en proposant notamment d’offrir l’asile politique au président déchu, illustre le poids grandissant de la diplomatie brésilienne sur la scène internationale. «Le Brésil tente systématiquement de jouer le rôle d’arbitre dans les crises qui secouent la région. On l’a déjà vu par le passé, par exemple en Bolivie, et c’est aussi le cas en Equateur», explique Jean-Charles Kourliandsky, chargé de recherches à Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), qui rappelle que ce pays est le premier d’Amérique latine à avoir été récemment chargé d’une mission de maintien de la paix des Nations unies, en Haïti. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, qui doit rencontrer Condoleezza Rice à Brasilia, devrait du coup notamment parler de la difficile situation que mènent les casques bleus en Haïti. Et il devrait également revenir au cours de cet entretien sur le désir émis par plusieurs pays de la région de repousser les négociation en vue de la création de la Zone de libre-échange des Amériques que tente de mettre sur pied Washington. Car le Brésil défend l’idée d’une meilleure intégration régionale politique et économique au moyen d’institutions comme la Communauté sud-américaine des nations, née en décembre dernier au Pérou.

L’objectif principal de cette visite semble être, pour les Etats-Unis, de montrer qu’ils portent un intérêt plus important à cette région du monde. Sous le précédent mandat présidentiel de George Bush, d’autres préoccupations extérieures s’étaient imposées, dictées notamment par les attentats perpétrés le 11 septembre 2001. «On pensait avant ces attaques que les Etats-Unis allaient beaucoup plus se tourner vers l’Amérique Latine. Du coup, Washington s’est beaucoup appuyé sur le Premier ministre espagnol José Maria Aznar pour assurer la défense de sa politique dans la région. Depuis qu’il n’est plus aux affaires en Espagne, la donne a changé et les Etats-Unis veulent se montrer plus présents », explique Jean-Charles Kourliandsky.

Un message de démocratie

La tâche de la diplomatie américaine dans cette région s’avère assez difficile en raison du climat de méfiance à l’égard des Etats-Unis qui s’est installé dans plusieurs pays. Selon Adam Ereli, porte-parole adjoint du ministère américain des Affaires étrangères, Mme Rice vient apporter un message de soutien aux idées «de démocratie, de développement de la société civile, d’esprit d’entreprise, de réforme économique, de zones de libre échange, de bonne gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption». Or, comme l’a rappelé le quotidien Washington Post dans un éditorial récent, «ce ne sera pas facile en raison de la mauvaise réputation de l’administration Bush dans la région, des désaccords avec les gouvernements de gauche du Brésil et du Chili, et de l’opposition persistante de M.Chavez», le président vénézuélien. Les Etats-Unis entretiennent avec ce dernier des relations délicates sur fond de tensions pétrolières, le Venezuela, cinquième producteur mondial, représentant près de 12% des importations de pétrole des Etats-Unis.

Face aux attaques verbales régulières lancées contre les Etats-Unis par le président Hugo Chavez qui dénonce notamment leur rôle interventionniste dans la région, la secrétaire d’Etat espère obtenir un soutien appuyé de la part de ses alliés. Et après une escale de seulement quelques heures en Colombie, son escale chilienne devrait, dans cette optique, être particulièrement importante. Condoleezza Rice participera en effet à la réunion ministérielle de la Communauté des démocraties, un forum rassemblant des pays des cinq continents créée en 2000 par l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, qui débutera mercredi à Santiago.

En marge de cette conférence de trois jours, les discussions portant sur le choix du nouveau président de l’Organisation des Etats américains devraient aller bon train. Les cinq tours de scrutin organisées mi-avril n’ont pas permis de départager les deux candidats en lice, le Chilien José Miguel Insulza et le Mexicain Luis Ernesto Derbez. A l’approche d’un nouveau tour de scrutin prévu le 2 mai, chacun entre eux cherche de nouveaux soutiens pour tenter de s’assurer de la majorité des voix. Et la réunion de Santiago devrait donc être le théâtre d’intenses discussions entre ceux qui défendent l’idée de voir le Mexicain Derbez, soutenu par les Etats-Unis, prendre la tête de cette instance et ceux qui soutiennent la candidature de José Miguel Insulza, un homme sur lequel les pays désireux de réduire l’influence de Washington dans la région ont jeté leur dévolu.


par Olivier  Bras

Article publié le 26/04/2005 Dernière mise à jour le 26/04/2005 à 18:37 TU