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Château de Versailles

«Voyage aux Indes galantes»

Bartabas a réussi sa très libre et très personnelle allusion à l’opéra-ballet les <I>Indes galantes </I>de Jean-Philippe Rameau.(Photo :polymago)
Bartabas a réussi sa très libre et très personnelle allusion à l’opéra-ballet les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau.
(Photo :polymago)
Somptueuses parades équestres, costumes chatoyants, jeux d’eaux et de lumières, tout concourre à créer la magie. Cette année, Bartabas, fondateur du Théâtre équestre Zingaro et de l’Académie du spectacle équestre de Versailles, fait revivre le faste royal dans les jardins du château, sur le bassin de Neptune, en créant Voyage aux Indes galantes, un récit où la conquête, l’amour et la réussite dans les contrées lointaines sont exaltés avec fantaisie, poésie et panache. La magie opère, l’enchantement est total.

Pour le bonheur de quelque 10 000 spectateurs, Bartabas a choisi cette année de raconter l’improbable épopée d’un petit mousse breton, René Madec, qui partit pour les Indes à l’âge de 15 ans en 1748, et qui débarqua à Pondichéry en haillons. Quelque vingt années plus tard, après avoir vécu moult aventures entre guerres, amours, palais et caravansérails, le petit mousse est devenu un nabab, un seigneur du pays. Après son retour à Quimper, sa ville natale, Louis XVI reçoit l’aventurier à Versailles pour qu’il lui conte ses exploits, et l’anoblit. C’est un baron d'opérette, Maître Riton, qui intervient comme récitant pour en informer le spectateur à bord d'un side-car tonitruant et qui invite le spectateur à remonter le temps. Musique bretonne et cerfs-volants en forme de navires qui traversent le ciel obscur, fumigènes qui plongent le bassin entre nuages et flots qui moutonnent, le coup d’envoi est donné.

En choisissant cet argument pour son spectacle Voyage aux Indes galantes, Bartabas a puisé dans le goût de l’époque pour ce qu’on appelait «les turqueries» c’est-à-dire le goût pour un orient flamboyant, tout de charme et de mystère, propice aux rêveries poétiques. Il a réussi sa très libre et très personnelle allusion à l’opéra-ballet les Indes galantes (1735-1736), créé au XVIIIe siècle par Jean-Philippe Rameau, auquel il n’a rien emprunté vraiment si ce n’est une certaine fascination pour des destinations oniriques. Soixante-dix palmiers en bordure du bassin signent ce passage symbolique des deux mondes : Orient et Occident. Les jets d’eau jaillissent des fontaines, des torches de feu embrasent le ciel et les spectateurs embarquent à la conquête des Indes, où le mousse servira tour à tour le roi de France, celui d'Angleterre et le Grand Moghol Alam Shah -avant de se réconcilier avec la couronne de France.

Bartabas n’a pas choisi la demi mesure, déclarant combien «cet espace offre des possibilités infinies à l’imaginaire ; c’est extrêmement jubilatoire de se jouer de ces différents niveaux scéniques». Audacieux, exploitant parfaitement le décor naturel exceptionnel des jardins du château dessinés par André Le Nôtre, il a pris cette année la mesure totale de l’espace investi et a joué sur les profondeurs de champ. De gigantesques éléphants en paille et en parure de fête descendent magistralement l’allée des Marmousets, surmontés de dais sous lesquels sont assis les musiciens. Ils évoquent les fastes et les richesses de pays de légende qui, de la Perse aux Indes, ont inspiré tout le Siècle des Lumières et qui continueront de fasciner les siècles suivants. Puis les éléphants se croisent et se recroisent en une sorte de ballet autour d’un rhinocéros doré.

L’esprit des carrousels en vogue sous louis XIV

Arrive alors, au son des tambourins des flûtes et des cymbales, un cortège de chevaux élégamment harnachés. Les cavaliers brandissent des drapeaux aux soieries vives dans des camaïeux de rose tyrien et de rouge orangé, ou de bleu et de mauve. Une suite de tableaux équestres recréent l’esprit des carrousels en vogue sous louis XIV, alternant avec audace les évocations d’épisodes guerriers, et les scènes plus intimistes : le spectacle est rythmé à souhait entre cavalcades d’écuyers voltigeurs exceptionnels ou scènes d’escrime, et temps plus paisibles où, par exemple, des danseuses drapées de soieries chatoyantes évoluent doucement en totale harmonie avec leurs chevaux.

Les musiques aussi participent à la féerie : «Insolites, souligne Bartabas, elles révèlent par leur mélange [des genres] la circulation d’influences multiples entre les continents. Et aussi la profusion de couleurs au-delà des époques et des styles. Ecrites ou improvisées, d’inspiration populaire ou savante, de l’Europe à l’Inde en passant par l’Amérique du Sud où elles nourrissent nos rêves et suggèrent des voyages extraordinaires». Jean-Michel Verneiges, le conseiller musical de Bartabas pour son Voyage aux Indes galantes souligne ainsi : «Sans emprunter au fameux opéra-ballet de Rameau, Bartabas appareille pour des rivages sonores insolites dans le même esprit de curiosité [qu’au] Siècle des Lumières[et ce] au seul service des images du spectacle».

par Dominique  Raizon

Article publié le 30/08/2005 Dernière mise à jour le 30/08/2005 à 17:18 TU

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