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Arts plastiques

Mort d’Arman, chef de file du nouveau réalisme

Peintre, graveur et sculpteur, le Franco-Américain Armand-Pierre Fernandez, alias Arman, célèbre pour ses accumulations d'objets, est décédé samedi à New York à l'âge de 76 ans, des suites d'un cancer.(Photo : AFP)
Peintre, graveur et sculpteur, le Franco-Américain Armand-Pierre Fernandez, alias Arman, célèbre pour ses accumulations d'objets, est décédé samedi à New York à l'âge de 76 ans, des suites d'un cancer.
(Photo : AFP)
Armand Pierre Fernandez, alias Arman, est décédé samedi 22 octobre 2005 à New York d’un cancer, à l’âge de 76 ans. Le sculpteur avait la double nationalité française et américaine. Signataire puis chef de file du nouveau réalisme, son œuvre a été marquée par les accumulations, les empilements, le détournement et la compression d’objets manufacturés.

Les Parisiens et les voyageurs qui transitent par la gare Saint-Lazare connaissent au moins deux des œuvres d’Arman, installées sur le parvis : l’une représente des valises et des sacs de bagages entassés, l’autre des horloges. Arman s’est constitué témoin critique de la société de consommation au travers d’une œuvre monumentale, en découpant, empilant et entassant, transformant et assemblant aussi bien des poubelles que des vélos, des fers à repasser que des fourchettes : en 1992, il a empilé 120 fourchettes baptisées les Gourmandes.

Arman Pierre Fernandez  naît à Nice le 17 novembre 1928. Initié à la peinture à l’huile par son père -un marchand de meubles anciens- il grandit dans un environnement de collectionneurs auquel, plus tard, il attribuera son goût de l’accumulation : la grand-mère stockait des centaines de bouchons classés par année dans des boîtes à chaussures, et le grand-père était collectionneur de voitures anciennes. Il suit des études classiques à l’Ecole des Arts décoratifs de Nice ; il rencontre Yves Klein en 1949 et en 1954 il délaisse la peinture et métamorphose ses premiers objets pour livrer un recyclage poétique du réel.

Les colères de l’artiste sont célèbres. La plus retentissante a lieu en 1975, à New York, lorsqu’il détruit à la hache et au marteau un intérieur bourgeois dans une galerie d’art. Mais il ne se contente pas de malmener, casser ou brûler des pianos à queue, des violons, ou des fauteuils. Le sculpteur doit également sa notoriété à des œuvres qui dénoncent la destruction due à la guerre. Il compile par exemple des masques à gaz ; et sa plus grande sculpture en volume est réalisée en 1995 sur la place de Beyrouth (Liban) : elle représente sur une hauteur de quelque trente mètres, une accumulation de 6 000 tonnes de béton, de chars et de canons qui symbolisent quinze ans de désastre.

Chef de file du nouveau réalisme

Arman est par ailleurs l’auteur de pièces étonnantes comme  Bamimania : vingt masques bamileke dans une vitrine d'acier ; Le Palais de Bronze : l'art du Bénin comme échappé du British Museum ; Et quoi Ekoï ?: masques et sculptures du Cameroun figés dans du plexiglass, comme à la parade. Grand collectionneur d’art africain, il intègre les pièces dans ses sculptures. La mise en scène dans des emboîtages élaborés, et des matériaux d'encadrement composites attestent d’une recherche esthétique loin des emballages aléatoires des premières accumulations. 

Arman n’est pas le seul à s’exprimer à travers un art de l'assemblage et de l'accumulation d’objets. Mais il est chef de file du groupe les Nouveaux réalistes qui naît au début des années 60, sous les auspices du critique d'art Pierre Restany, -et qui se dissout en 1970. Les protagonistes prennent position pour un art en prise directe avec le réel, opposé au lyrisme de la peinture abstraite de cette époque. Parmi les signataires : César, Niki de Saint-Phalle et Gérard Deschamps, Jean Tinguely et Yves Klein, pour n’en citer que quelques-uns. Tous préconisent l'utilisation d'objets existants pour rendre la réalité de notre époque, suivant en cela l'exemple de Marcel Duchamp. César les compresse, Arman les casse, Daniel Spoerri les met sous verre, Jean Tinguely les articule, Klein les colore... La sculpture, matériau coûteux par nature, y tient une place de choix.


par Dominique  Raizon

Article publié le 24/10/2005 Dernière mise à jour le 24/10/2005 à 16:57 TU