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Changements climatiques

Où est passé le Gulf Stream ?

Le Gulf Stream le long des côtes américaines. Le radiospectromètre traduit la chaleur de l'eau en couleurs: les zones les plus chaudes (25°) sont en rouge.(Photo: Nasa)
Le Gulf Stream le long des côtes américaines. Le radiospectromètre traduit la chaleur de l'eau en couleurs: les zones les plus chaudes (25°) sont en rouge.
(Photo: Nasa)
La conférence de Montréal sur les changements climatiques se poursuit et il est peu probable que de nouvelles mesures soient décidées pour diminuer la quantité de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Au moment où se tient cette conférence, la revue britannique Nature en profite pour confirmer ce dont on se doutait déjà : les changements climatiques perturbent le Gulf Stream, ce qui pourrait provoquer un refroidissement des climats le long de la façade ouest de l’Europe.

L’étude publiée par le très respecté magazine britannique Nature confirme, tout en énonçant quelques réserves, une information déjà connue : le Gulf Stream est perturbé. Ce courant marin évacue une partie de la chaleur du golfe du Mexique vers l’Atlantique nord. Son débit a diminué de 30% en cinquante ans.

L’information n’est pas nouvelle car à l’époque où l’on commençait à beaucoup parler du réchauffement de la planète en raison des activités humaines et de leurs rejets polluants dans l’atmosphère, les scientifiques commençaient déjà à soupçonner une perte de vigueur du Gulf Stream dans l’Atlantique nord, pouvant conduire à un refroidissement local des climats, sur la façade atlantique de la France, et sur la rive ouest des pays scandinaves. Il y a une dizaine d’années, les Danois en particulier, n’avaient guère envie de parler de cette possible modification de leur climat, avec des effets prévisibles sur leur économie et leur société.

Une «surprise climatique»

Aujourd’hui les scientifiques qui publient ces travaux, les plus récents, prennent bien soin de relativiser leurs résultats. Ils expliquent que les mesures effectuées, pour faire un bilan de ce courant marin, ont été réalisées sur une seule partie du Gulf Stream. De plus, les observations ont eu lieu sur une courte période d’environ un mois. Et «rien ne dit que ces mesures auraient été les mêmes deux mois, ou un an plus tard » commente un expert français.

L’année de référence concernant le Gulf Stream est 1957. Cette année-là, les océanographes ont commencé à étudier ce courant marin, prenant des relevés de son débit et estimant la quantité de chaleur qu’il véhicule. Plus tard, en 1981 et en 1992, de nouvelles mesures furent prises à l’aide d’une série de sondes réparties dans l’océan Atlantique, du Maroc à la Floride. Le bilan de ces observations n’avait pas révélé de modifications significatives du Gulf Stream. En revanche, les dernières campagnes d’observation, en 1998, puis en 2004, ont montré des changements notables du comportement de ce courant marin. Il véhicule moins d’eau chaude jusqu’au Groenland. Et dans l’autre sens, moins d’eau froide repart vers le sud, en provenance des latitudes polaires.

Avec le recul dans le temps qu’ils ont désormais sur le comportement du célèbre courant marin, les scientifiques peuvent établir quelques affirmations. Et pour la branche du Gulf Stream arrivant en face de l’Europe, le débit est en régression. Il était de 20 millions de tonnes par seconde en 1957, il est passé à 14 millions de tonnes par seconde en 2004. Conclusion : «La chaleur qu’elle (cette branche) véhicule apporte une contribution substantielle au climat modéré de l’Europe maritime et continentale, et tout ralentissement de la circulation océanique aurait des implications profondes pour les changements climatiques (...) Nous avons été très surpris que les chiffres de la circulation océanique en 2004 soient si différents des estimations précédentes», a estimé le professeur Bryden, auteur de la toute dernière étude sur le Gulf Stream.

Beaucoup de chaud et un peu de froid

L’interruption de la circulation océanique dans l’Atlantique pourrait faire baisser de 4 degrés la température moyenne en Europe, indiquent encore les spécialistes. «Ce ne sera pas une chose instantanée mais de l’ordre d’une décennie», a indiqué un autre chercheur britannique, après la publication de ces travaux. «Nous ne parlons pas d’un nouvel âge glaciaire, mais d’hivers plus extrêmes et plus froids», a-t-il encore expliqué.

Pourtant, les scénarios les plus récents concernant le réchauffement de la planète ne vont pas du tout dans ce sens puisqu’ils parlent de cultures d’orangers sur la Côte d’Azur, de plantations d’oliviers sur les rives de la Loire, et même de cultures de maïs au Danemark. Alors, qui croire ? Pour les scientifiques, c’est justement le commencement du réchauffement climatique qui provoque une transformation du Gulf Stream. «Nous observons depuis longtemps d’importants changements de salinité (teneur en sel de l'eau de mer, NDLR) dans l’Atlantique nord, et la difficulté qu’ont les eaux profondes à se former», explique une chercheuse française.

La diminution de la salinité est généralement attribuée à un changement du régime des pluies. Les précipitations ont augmenté dans cette région du monde. L’eau douce supplémentaire vient de la fonte de la banquise et du rétrécissement de la calotte glaciaire qui entoure le Groenland. «Ce qui complique les choses, c’est que vous avez un réchauffement climatique en cours. Si vous ralentissez la circulation océanique, vous provoquerez un refroidissement localisé, pas sur l’ensemble de la planète», explique encore un autre scientifique. Contre toute attente, les changements climatiques pourraient ainsi provoquer un refroidissement dans certains zones très localisées.


par Colette  Thomas

Article publié le 02/12/2005 Dernière mise à jour le 02/12/2005 à 17:06 TU