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Côte d’Ivoire

Profanation : indignation et colère

Autour de la sépulture profanée, le 19 décembre.(Photo : AFP)
Autour de la sépulture profanée, le 19 décembre.
(Photo : AFP)
Les réactions sont nombreuses en Côte d’Ivoire, après la profanation de la tombe de Hadja Cissé, la mère d’Alassane Ouattara. Cet acte s’est produit dans la nuit de dimanche à lundi, au cimetière de Williamsville dans la banlieue d’Abidjan. Les auteurs du délit ont pris la fuite. Le corps a été inhumé de nouveau, dans les heures qui ont suivi. Toute la population et la classe politique dénoncent un «acte barbare». Certains partisans d’Alassane Ouattara, en colère, parlent de «provocation». Plusieurs appels au calme ont été lancés. Une enquête est ouverte.

Les faits macabres se sont déroulés dans la nuit de dimanche à lundi. Trois hommes armés pénètrent dans le cimetière de Williamsville, dans la banlieue d’Abidjan. Ils forcent les deux gardiens des lieux à se rendre sur la tombe de Hadja Ouattara née Cissé. La mère de l’opposant ivoirien Alassane Ouattara décédée le 30 novembre dernier est enterrée là depuis le 8 décembre. Une fois la dépouille exhumée, les trois malfaiteurs ligotent les gardiens et s’apprêtent à embarquer le corps. Un des gardiens parvient à s’échapper et donne l’alerte. En quelques minutes, des dizaines de personnes se trouvent sur les lieux. Les trois malfaiteurs parviennent à prendre la fuite. Prévenue, la famille Ouattara décide de procéder immédiatement, au petit matin, à une nouvelle inhumation, effectuée en présence de quelques imams.

La nouvelle se répand très vite en ville, et toute la journée de lundi, le cimetière de Williamsville devient le théâtre de nombreux allers et venues : proches de la famille, curieux, partisans du Rassemblement des Républicains (RDR, parti d’opposition présidé par Alassane Ouattara). Présence également de personnalités politiques. Martin Bléou, ministre de la Sécurité promet de retrouver les coupables. Le Premier ministre, Charles Konan Banny, également venu sur place, affirme que «s’attaquer à une tombe constitue à la fois un délit grave, mais aussi un crime». Et de réclamer que les auteurs de cet acte soient recherchés et punis. Encore plus haut, dans la hiérarchie de l’Etat, le président de la République dénonce, par la voix de son porte-parole interrogé par RFI, «un acte innommable (…) contraire à toutes les règles connues, à toutes nos traditions». En fait, les avis sont unanimes pour dénoncer cette profanation. Ce mardi, toute la presse ivoirienne multiple les qualificatifs : «choquant», titre le Nouveau Réveil, «Abominable», selon Soir Info, « Odieux, blasphématoire », pour Les Dernières Nouvelles d’Abidjan, «Nauséeux, ignoble, abominable, immoral et inhumain», estime pour sa part Nord-Sud Média.

Une provocation ?

Les réactions sont bien sûr à la hauteur de la gravité des faits. Mais l’indignation est encore plus marquée en raison de la personnalité visée. Hadja Ouattara née Cissé, mère d’un des plus célèbres opposants, Alassane Dramane Ouattara (surnommé «ADO» par ses partisans). Alors feue Hadja Ouattara, un symbole ? Certains avaient voulu le faire croire au moment de ses funérailles. ADO était alors revenu au pays, pour la première fois depuis trois ans. Alassane Ouattara dans la capitale ivoirienne, là même où ses détracteurs l’accusent d’être l’instigateur du coup d’Etat manqué de septembre 2002. Ses adversaires qui pensent aussi qu’il soutient les rebelles dans la partie nord du pays. Ouattara fils était revenu pour les funérailles de sa mère. Le deuil avait été partagé par toute la classe politique. Même le président de la République Laurent Gbagbo était venu saluer son frère ennemi, ADO. Provisoirement, les luttes politiques s’étaient tues. Certains observateurs parlaient d’«élan de solidarité nationale». Certains Ivoiriens voulaient même croire que les funérailles de la mère d’Alassane Ouattara serait le prélude d’une période de paix et de dialogue. Mais voilà, la profanation de la sépulture de Hadja Ouattara a réveillé les colères.

Plusieurs partisans d’ADO, indignés par un acte qu’ils qualifient de «barbare, bestial et sauvage», pensent qu’il s’agit d’une «provocation». Cette hypothèse est reprise par le quotidien d’opposition Le Nouveau Réveil, qui estime qu’il s’agit d’un «acte très bien planifié par ceux qui torpillent le processus de paix et de réconciliation des Ivoiriens». Au nom du RDR, Henriette Diabaté affirment que la profanation de la tombe de Hadja Ouattara est un acte «que seuls peuvent commanditer des individus sans foi ni loi». Les responsables de ce parti vont se réunir ce jeudi, afin notamment d’«arrêter l’attitude à adopter». Et d’envisager en tout cas, une «riposte», selon Henriette Diabaté.

Jusqu’à présent, Alassane Ouattara s’est gardé de tout commentaire. D’après un de ses proches, il ne souhaite visiblement pas politiser cette affaire. Afin d’essayer de calmer les esprits, plusieurs appels au calme ont été lancés. D’abord par la voix du Premier ministre, Charles Konan Banny, qui assure que «la République a des lois, et les lois s’appliqueront aux auteurs de cet acte odieux» . Puis, par le biais d’un communiqué de l’ONUCI. Pour la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire, toutes les parties doivent faire «preuve de calme et de sérénité devant cet acte qui ne devrait pas les dévier du processus de paix et de réconciliation nationale». Enfin, cet habitant d’Abidjan qui préconise un peu de sagesse à ses compatriotes : «il faut qu’on laisse les morts hors de nos querelles d’ici-bas».


par Olivier  Péguy

Article publié le 20/12/2005 Dernière mise à jour le 21/12/2005 à 18:04 TU

Audio

Cissé Bacongo

Porte-parole du RDR

«Il faut que désormais qu'aucun crime ne reste impuni dans le pays.»

Désiré Tagro

Porte-parole du président Gbagbo

«C'est contraire à toutes les règles connues, à toutes nos traditions.»

Hamadoun Touré

Porte-parole de l'ONUCI

«Il faut que la raison prévale pour que justement, toute tentative de politisation n'empèche pas le processus de paix.»

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