Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Côte d’Ivoire

Deuil familial, compassion nationale

Le président ivoirien, Laurent Gbagbo (droite), présente ses condoléances à l’opposant et ancien Premier ministre Alassane Ouattara (gauche).(Photo : AFP)
Le président ivoirien, Laurent Gbagbo (droite), présente ses condoléances à l’opposant et ancien Premier ministre Alassane Ouattara (gauche).
(Photo : AFP)
Le décès récent de sa mère a amené Alassane Ouattara, opposant ivoirien, à revenir à Abidjan, pour les funérailles. A cette occasion, toutes les composantes de la vie politique nationale se sont retrouvées autour de l’ancien Premier ministre, y compris le président de la République, Laurent Gbagbo. Ce retour d’Alassane Ouattara à Abidjan intervient alors que le nouveau Premier ministre, Charles Konan Banny, vient de prendre ses fonctions.

«C’est autour de la mort que les vivants se réconcilient». Ce proverbe africain est cité en ouverture d’un article paru ce jeudi dans le quotidien populaire Fraternité Matin. Notre confrère ivoirien revient ainsi sur la scène qui s’est produite la veille au domicile de la famille Ouattara à Abidjan. Alassane Ouattara, sa femme et ses proches reçoivent les délégations venues présenter leurs condoléances, suite au décès de Hadja Ouattara née Cissé, la mère de M. Ouattara. Vers 17h20, c’est le chef de l’Etat en personne, qui s’avance. Laurent Gbagbo, président de la République, et Alassane Ouattara, un de ses principaux opposants, se donnent l’accolade.

S’exprimant au nom du chef de l’Etat, Victor Ekra, son conseiller, dit simplement : «le malheur qui vous frappe est également le sien (…) C’est également sa famille». En réponse, le porte-parole de la famille Ouattara se dit «touché par ce geste, d’autant plus qu’à l’annonce du décès, le président avait déjà téléphoné personnellement à M.Ouattara pour lui présenter ses condoléances».

Alassane Dramane Ouattara, surnommé ADO par ses partisans, a quitté la Côte d’Ivoire il y a trois ans, et vit depuis en France. Musulman, originaire du nord du pays, il est accusé par une partie des partisans de Laurent Gbagbo d’être l’instigateur du coup d’Etat manqué de septembre 2002. Ses adversaires pensent également qu’il soutient les rebelles, qui contrôlent la partie nord du pays. D’où des menaces qui planeraient sur sa sécurité. L’annonce de son retour à Abidjan après trois ans d’absence aurait pu faire craindre des débordements. Il n’en a rien été. Les considérations politiques ont clairement été écartées. L’événement est d’ordre personnel, familial. Alassane Ouattara n’a fait aucune déclaration. D’après ses proches, son séjour à Abidjan ne va durer que quelques jours, le temps des funérailles.

«Elan de solidarité nationale»

Pour autant, la scène des condoléances de ce mercredi donne lieu à de larges récits dans la presse ivoirienne. En fait, chacun des journaux dresse la liste de ceux qui se sont rendus au domicile de l’opposant. Outre le président de la République, les témoins ont vu défiler les leaders de tous les partis politiques, les représentants de plusieurs confessions religieuses, les responsables des Forces de défense et de sécurité… «ADO réunifie la Nation», titre Le Patriote dans son édition de ce jeudi, «Tous avec ADO», selon Fraternité Matin. Et ce journal, parlant de «cet élan de solidarité nationale», se risque même à espérer : «pourvu que ça dure»…

Alassane Ouattara retournera en France dans les prochains jours. Mais d’ores et déjà, un de ses proches a fait savoir à l’AFP qu’il reviendra «définitivement» en Côte d’Ivoire début janvier.

Ces déplacements du président du RDR (Rassemblement des Républicains) interviennent alors que le nouveau Premier ministre de la transition vient de prendre ses fonctions. Charles Konan Banny, jusque-là gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest (BCEAO), a été désigné dimanche à ce poste. Il a procédé ce mercredi à la cérémonie de passation de pouvoir avec son prédécesseur Seydou Diarra. Et dès ce jeudi, Charles Konan Banny a commencé les consultations en vue de la formation de son gouvernement. Il a ainsi rencontré plusieurs dirigeants de partis politiques, proches du pouvoir et de l’opposition.

Parmi les tâches qui l’attendent, figurent le désarmement et l'organisation de l'élection présidentielle avant le 31 octobre 2006. C’est en tout cas ce qui est prévu dans le mandat défini par la médiation, conformément à la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée le 21 octobre. Cette résolution a maintenu Laurent Gbagbo à son poste, pour un an maximum à compter du 31 octobre 2005, en lui adjoignant un Premier ministre aux pouvoirs élargis.

par Olivier  Péguy

Article publié le 08/12/2005 Dernière mise à jour le 08/12/2005 à 16:55 TU