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Chine-Afrique

Pékin en quête de nouvelles sources d’énergie africaine

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing.(Photo : AFP)
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing.
(Photo : AFP)
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, s’est envolé hier de Pékin pour une tournée africaine qui le conduira au Cap Vert (11-12 janvier), au Sénégal (12-13 janvier), au Mali (13-15 janvier), au Liberia (15-16 janvier), au Nigeria (16-17 janvier) et en Libye (17-19 janvier). Dans chacun de ces pays, Li Zhaoing a mission de signer des accords de coopération économique et technologique avec ses homologues. Aux petits soins pour l’Afrique depuis que ses besoins énergétiques se font dévorant, Pékin a déjà honoré le continent d’une tournée pétrolière du président Ju Jintao, en janvier 2004. Au moment où ses exportations massives en Occident sont prises dans un goulet d’étranglement, la Chine peut voir aussi l’Afrique comme un nouveau marché possible.

«Nous sommes prêts à travailler avec les nations africaines à travers les canaux bilatéraux et à travers le Forum Chine-Afrique, qui est un forum multilatéral, pour renforcer la coopération dans de nombreux domaines, notamment celui de l'exploration énergétique», explique Li Zhaoxing. Créé en 2000, le Forum Chine-Afrique rassemble chefs d'Etat et entrepreneurs pour multiplier les accords commerciaux et militaires, mais aussi les projets de développement renforcés par des coopérants. Sur son site internet, le forum affiche un credo chinois tout «de négociations équitables, de meilleure compréhension mutuelle, de recherche de consensus, d’amitié accrue et de promotion de la coopération». «Cette coopération aidera au développement de l'Afrique elle-même», affirme Li Zhaoxing. Riche en matières premières, le continent a en revanche besoin d’investissements étrangers et d’un partenariat diversifié. La montée en force d’une Chine sans états d’âme est une aubaine, un atout aussi qui fait monter les enchères.

Fin décembre, l’agence de presse Chine Nouvelle rappelait à sa manière le principe de non-ingérence cher à Pékin, en soulignant que «la Chine n'a jamais lié son aide à l'Afrique à des conditions politiques». C’est pourtant la première fois que le Sénégal recevra la visite d’un haut-fonctionnaire chinois. Il aura fallu pour cela que Dakar rompe avec Taiwan. «Nous avons repris les relations diplomatiques récemment et nous nous en réjouissons parce que, en tant que pays en développement, la Chine et le Sénégal partagent des valeurs et des intérêts communs pour le développement, ainsi que des défis communs», déclare le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Il indique aussi qu’au Liberia, Li Zhaoxing assistera à l'investiture de la banquière Ellen Johnson Sirleaf, nouvellement élue présidente.

Partenariat stratégique

Au Cap-Vert, où il commence sa visite, Li Zhaoxing sera face à l’Atlantique, sur un archipel où se croisent la plupart des grandes routes maritimes entre le Nord et le Sud. A Praia, il sera aussi de plain-pied dans l’univers lusophone africain dont le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a souhaité ouvrir les portes à la Chine, lors de sa venue au Portugal, fin 2005. A Lisbonne, le 10 décembre, la Chine et le Portugal ont en effet signé plusieurs accords portant notamment sur le tourisme, le transport, la technologie, la justice ou l'enseignement. Mais surtout, Wen Jiabao a élevé le Portugal au rang de «partenaire stratégique global», la Chine comptant notamment sur lui pour pénétrer le marché des pays lusophones d’Afrique (Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique). La Chine se félicite de sa porte d’entrée portugaise en Europe. Mais elle souhaite aussi que Lisbonne et Pékin «renforcent leur coopération économique avec les pays de langue portugaise en mettant à profit leurs avantages réciproques», à savoir les capitaux chinois et l’expertise africaine du Portugal.

Aux côtés du Brésil et de Timor-Est, les lusophones africains participent déjà depuis 2003 à un Forum économique et commercial avec le Portugal et la Chine. Ce Forum doit se réunir à nouveau cette année. Pékin est déjà bien ancré dans son fleuron africain, l’Angola. Moyennant deux milliards de dollars affectés au financement d’infrastructures dans les hydrocarbures, la Chine s’est hissée à la deuxième place des importateurs de pétrole angolais, derrière les Etats-Unis et devant la France. Le groupe chinois Sinopec a en outre obtenu une licence d'exploitation et les activités commerciales de la Chine en Angola ont fait un bond de 113% entre 2003 et 2004, atteignant 4,2 milliards d'euros.

Li Zhaoxing terminera sa tournée africaine dans une Libye qui était encore il y a peu l’un des «Etats voyous» fustigés par Washington. Les pétroliers américains viennent de faire un retour massif en Libye où la Chine ne manquera sûrement pas de relancer la concurrence, comme elle vient de le faire, avec succès, au Nigeria. Début janvier, en effet, la compagnie pétrolière chinoise China National Offshore Oil Corp (CNOOC) a investi près de 2,3 milliards de dollars dans un champ pétrolier offshore du Nigeria dont la société française Total détient 24% des parts, derrière la CNOOC qui vient de racheter 45% des parts du groupe nigérian South Atlantic Petroleum (Sapetro). Ce dernier en conserve seulement 15% et le Brésilien Braspetro, 16%. C’est un vrai succès pour Pékin, après sa vaine tentative de racheter le pétrolier américain Unocal Corp, l’année dernière. L’Américaine Chevron l’avait emporté malgré une offre moins avantageuse.

Avec le Nigeria, «CNOOC prend position en Afrique pour explorer d’autres possibilités sur le continent», explique sans ambages le directeur de la compagnie chinoise. Selon les experts occidentaux, «en 2004, le continent africain représentait 21% des approvisionnements de la Chine en pétrole». En retour, le pétrole africain compte pour près de 40% dans l’augmentation des échanges commerciaux entre la Chine et le continent. Ce dernier constitue un débouché en expansion pour des produits à haute valeur ajoutée, comme des machines-outils, des équipement électroniques et autre matériel technologique. Et en Afrique, Pékin mène l’offensive dans tous les secteurs. Ses entreprises sont dans le cuivre zambien aussi bien que dans les hôtels botswanais, dans le charbon et l’or sud-africains comme dans la téléphonie mobile kényane. En outre Pékin ne fait jamais la fine bouche, explorant des pays où les Occidentaux répugnent à investir.

Paria dans l’univers anglo-saxon, le Zimbabwe a ouvert ses plantations de tabac aux intérêts chinois. Au Soudan, où Washington veille au grain tout en dénonçant un génocide au Darfour, Pékin a de longue date soigné ses relations avec Khartoum où des entreprises chinoises sont en train de construire une raffinerie. L’agence Chine Nouvelle veut y voir un exemple du modèle de coopération chinois. «Les pays occidentaux extraient du pétrole d'Afrique depuis des années sans jamais avoir construit sur place des raffineries», assène un expert chinois, «cela contraste fortement avec ce que fait la Chine».


par Monique  Mas

Article publié le 11/01/2006 Dernière mise à jour le 12/01/2006 à 15:17 TU

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Annie Fave

Journaliste à RFI

«La Chine ne considère pas le faible pouvoir d'achat de l'Afrique comme un handicap»

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